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Le car scolaire était encore à deux arrêts de là. Malcolm Cobb se représenta le véhicule trapu et jaune rempli d’enfants turbulents. Il songea à l’enivrante pulsion vitale de leurs jeunes énergies et en ressentit dans son propre corps une poussée d’adrénaline. Sa bouche était sèche, et un violent frisson le parcourut en un éclair, de sa nuque à son bas-ventre.
L’esprit en alerte, il était assailli de sensations très vives. Il y avait l’éclat aveuglant et lancinant du soleil, le frémissement du moteur de la voiture qui tournait au ralenti, la brume de pollution qui flottait comme une nuée de moucherons dans l’air glacé.
Le moment était venu d’une ultime récapitulation. Il se repassa mentalement le film de l’opération. Tout était prêt.
Les préparations avaient été absorbantes et épuisantes. Pendant des jours et des jours, il avait utilisé chaque heure de liberté pour observer l’enfant. Il avait noté la moindre de ses habitudes et de ses attitudes. Programmé l’instant de sa « capture » dans ses moindres détails.
Comme toujours, l’abject travail de Cobb avait constitué l’obstacle principal. Dans ces moments où il avait le plus besoin de se concentrer sur sa stratégie, un nouveau problème ne manquait jamais de surgir. Il haïssait toutes ces maudites visites et intrusions. Détestait toutes ces tâches et responsabilités triviales que lui imposait son répugnant gagne-pain. Il n’était rien de plus qu’un rafistoleur de pièces abîmées, un simple mécano dont les journées se passaient à patauger dans la plus infecte saleté.
Mais bientôt tout cela serait derrière lui. Une fois ceci accompli, il serait libre de retrouver sa vraie vocation.
Plus qu’un arrêt. Ce son aigu de klaxon était comme un signal, un appel convenu. Cobb céda à son injonction. Il relâcha la pression de son pied ankylosé sur la pédale de frein et laissa la voiture rouler vers le prochain tournant. Déjà sa propre pulsion vitale était unie par un lien subtil à cet enfant qu’il ne voyait pas encore.
Il revit en pensée le garçon descendre du car. Tourner la tête d’un côté et de l’autre. Il se remémora avec délectation la démarche légère de l’enfant, son teint éclatant de santé, cette vigueur sans limites qu’il s’approprierait bientôt.
Encore deux minutes.
En général il avait le sentiment que les secondes étaient autant de promesses non tenues, d’instants volés. Mais maintenant le passage du temps lui paraissait un bien léger sacrifice. Il baissa les yeux sur son bras gauche, anémié et sans force. Distingua le reflet grotesque de son visage dans le pare-brise, aussi informe qu’une boule de pâte malaxée.
C’était la seule voie du salut. Il prendrait ce dont il avait besoin et guérirait.
Afficher en entierLe problème avec sa tronche, c'est qu'elle était bien trop particulière, qu'elle avait l'air bien trop louche. C'était le genre de tête auquel le responsable de la distribution pense immédiatement pour un rôle de tueur en série.
Afficher en entierIl avait lutté pour refouler le hurlement de panique qui était monté dans sa gorge. Il s'était mordu la langue et avait gouté la saveur métallique de son propre sang.
Afficher en entierL'esprit en alerte , il était assailli de sensations très vives. Il y avait l'éclat aveuglant et lancinant du soleil, le frémissement du moteur de la voiture qui tournait au ralenti, la brume de pollution qui flottait comme une nuée de moucherons dans l'air glacé.
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