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Nous en étions là. Moi, je faisais mes 150 abdos rituels. Mes pieds étaient coincés sous le canapé pour faire levier et je tenais une barre d’haltères de 2 kilos derrière ma tête comme une auréole de fer. La Donna était contre le mur, dans son justaucorps noir, et faisait des mouvements de danse. J’avais un ventre qu’on pouvait croire pavé de six pierres. La Donna était si souple que, debout et sans plier les genoux, elle pouvait passer la tête entre ses jambes et s’embrasser le cul. Ce qui était très agréable, pour elle comme pour moi. À 28 ans, elle était employée de banque et soi-disant chanteuse, moi j’étais un vendeur en porte-à-porte de 30 ans. Bref, nous commencions à tourner tous les deux en rond du matin au soir.
J’aimais regarder la télé pendant ma gym – n’importe quelle redif de sitcoms avec Lucy ou Fonzie faisait l’affaire. Mais ça, c’était impossible quand La Donna était dans les parages. Elle avait besoin de silence pour se tenir sur un pied et tirer l’autre par-dessus son épaule jusqu’à ce que le talon lui touche la nuque. Évidemment, j’aurais pu faire ma muscu en son absence. Mais voilà qu’il y a six semaines, un dimanche matin, une fois ses exercices terminés, La Donna s’est approchée de moi, en pleine séance d’abdos, et elle a commencé à me prendre la tête comme si je n’en branlais pas une. N’oublions pas qu’il y a eu des Papous, en Nouvelle-Guinée, qui sont restés accroupis devant une piste d’atterrissage et ont patienté là sagement pendant plus de trente-cinq ans parce qu’un beau jour un avion s’est posé et a largué de la bouffe. Six semaines, ce n’était pas si long. En attendant, si je voulais me faire du fric, je pouvais essayer les foires de chaque État de ce pays et me faire rouler sur le bide par un camion de 2 tonnes.
La Donna passa à côté de moi en se rendant à la salle de bains, avec ses deux petits bouts de fesses qui débordaient de son body. Mon ventre demanda grâce et je fus incapable de faire un abdo de plus. Je restai allongé sur le dos, fixant la bibliothèque, à l’autre bout de la pièce, que je voyais la tête en bas.
Je la suivis dans la salle de bains. Elle était penchée sur le lavabo. Je me débarrassai de mon short de sport et filai sous la douche.
— Bébé, tu viens ?
Elle leva vers moi un visage de loup-garou écumant et cracha du dentifrice dans le lavabo.
— Faut que je bosse un peu.
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