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Était-ce la mort dont j’étais le ciel cette nuit ? je ne me voyais pas, se dit Gradiva. Aucune face ne m’était révélée. Qui mourait sans nom sans sexe, allongé sur le dos dans un coin élevé d’une ville aux eaux vertes ? L’être était allongé comme cela, sur le dos, comme il est allongé : il se prête à la répétition. La tête était posée sur les pavés gluants dans l’angle sud-est du tableau. La langue venait d’en haut et du centre. Ainsi. J’épouse ; courbée je l’aborde, je suis. Aussitôt je ne suis pas. L’ailleurs enfin m’est donné, avec le nom, avec le sexe de l’être appelé, avec le moïse et dedans l’enfant né ; avec le désir joué, la bouche refermée, les eaux noires écoulées. Cet être que je n’étais pas, et que personne n’était parce que ce ne pouvait être que moi mais je n’avais personne pour me dire nom. Qui m’embrasse ? Ma langue dans le moïse, sauvée des eaux.
Le temps est venu d’interroger : quels rapports y a-t-il entre mes langues ? entre toutes nos langues ? Tu m’as croisée. Nos langues se sont croisées. Nous connaissons les terreurs, les doutes, les trous noirs et les trous blancs, les présences éternelles, les puissances primordiales, les premières eaux et les dernières. Au croisement de nos langues il nous est venu un troisième corps, là où il n’y a pas de loi. "
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