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Un
Tu es seul. Aucune source de lumière ne parvient à tes yeux et pourtant tu sais exactement où tu te trouves et la direction que tu dois prendre. Tes pas ne font aucun bruit. Tu ne respires pas. Tu es seul.
Depuis toujours tu le sais, mais tu viens d’en avoir la confirmation.
Tu ne regrettes rien, sinon de n’avoir trouvé cet endroit un peu plus tôt afin de t’épargner tous les efforts mis à ne plus être seul. Tu peux te détendre à présent, relâcher tous tes muscles endoloris par cette manie que tu avais d’essayer de communiquer avec ce qui t’entoure.
Ton corps est léger. Te voilà arrivé. Ton pied gauche s’est arrêté au bord de l’abîme, tes orteils contemplent le vide infini qui s’étend devant toi.
Ton périple s’achève, ta misère se termine. L’obscurité, le silence, la solitude : tout ce à quoi tu aspires, tu le sais juste sous toi.
Tu veux tomber. C’est la chose que tu désires le plus au monde, là, maintenant, chuter. Et pourtant tu doutes tout à coup. Tu es pris de vertige. Tu n’es plus certain de vouloir tomber, mais le sol glisse sous tes pieds. Tu tentes en vain de reculer, puis de t’agripper au rebord, mais il se désagrège. Tu retournes au néant. Tu as peur. Ce que tu désires le plus à cet instant, c’est de ne plus tomber, de trouver un sol quelque part et de pouvoir t’étendre sur celui-ci pour contempler l’infini au-dessus de toi.
Il est trop tard. Tu tombes.
Afficher en entier"—Vous savez ce qui ne va pas dans le monde ? commence Marc. C'est que tout le monde fait semblant. D'être gentil, d'être aimable, d'être civilisé et décent, quand au fond tout le monde a juste envie de baiser et manger et puis baiser encore et puis dormir. Les plus cons, ceux qui réussissent le mieux à cacher ça, bah, ce sont ceux qui deviennent nos politiciens et nos banquiers et qui grimpent là-haut. Si tout le monde arrêtait juste une fucking seconde de faire semblant ! Si on déconstruisait un peu tout ce qui est construit socialement, tu vois ? Tout ce qui est, simplement parce qu'il le faut bien pour vivre en société. J'sais pas, vieux, mais il me semble, que, merde, il y aurait plein de trucs qui tomberaient, tu vois ? Pourquoi, par exemple, est-ce qu'on ne peut pas tomber amoureux d'une fille de quinze ans ? Et pourquoi ne pourrait-elle pas nous aimer en retour ? Trop jeune, oui, trop jeune pour savoir. Pourtant ce n'est pas en vieillissant qu'on en sait plus ; s'il y a une chose, c'est qu'on en sait moins sur l'amour, le vrai, et tout le reste. J'en ai marre de me faire chier à essayer de trouver le métier que je veux faire plus tard ! Et si je n'avais pas envie de travailler ? Et si, moi, tout ce que je voulais, c'était boire puis fumer et puis me perdre jusqu'à ce que je meure affaissé sur un comptoir de bar crasseux ? Je ne veux pas graduer. Je veux avoir dix-sept ans pour toujours et ne jamais mourir, voilà ce que je veux être plus tard, t'écriras ça dans ton calisse d'album des finissants, Nadine Grenier."
Afficher en entier"Regarde-les attendre l'autobus au coin de la rue, à se geler les couilles au froid pour être transportés comme de vulgaires cochons à l'abattoir, entassés les uns par-dessus les autres, au travail où ils écoulent les années de leur vie à faire quelque chose pour quelqu'un d'autre afin de vivre deux jours par semaine et deux semaines par année dans le confort de leur indifférence tranquille, biens enfoncés dans leur fauteuil devant cette télévision gigantesque pour laquelle ils se sont endettés et pour laquelle ils travaillent en ce moment, pour elle, pour la voiture dans le garage, pour le garage lui-même, pour la maison, pour l'enfant qu'ils ont, pour celui qu'ils vont avoir, pour la nouvelle laveuse à chargement frontal qu'ils ont achetée au rabais et pour toutes les choses qu'ils ont sans trop savoir pourquoi. Nous, les damnés, ne faisons que traverser leur univers pour s'en moquer."
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