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– Où tu en es ?
– Comme toujours. Et toi ?
– Je ne sais pas trop. J’ai envie de faire autre chose. Je pensais que je serais plus tranquille ici. Former des gens, prendre un peu de recul. Mais ça ne peut pas se programmer. On fait des projets… pour rien.
– Mais ça te plaît.
– Non, ça ne me plaît pas. Je voulais autre chose.
– Et tu t’en es pas rendu compte avant ?
– Je m’en suis rendu compte la première année. Mais je pensais que je pourrais changer. Parfois, il y a des interstices par où tu peux te faufiler, faire autre chose.
– Attraper les méchants ?
Afficher en entierIls arrivent tous en même temps. Jury est avec Guyot et le fait entrer dans son bureau.
– Tu vas mettre tout ça en bon ordre, Núñez. Tu t’occupes des dépositions.
La grimace de contrariété est impossible à réprimer, ce qui déplaît à Jury.
– Quoi ?
– Je voulais justement vous parler à ce sujet.
– Qu’est-ce qui se passe ?
– Pour ce travail, le meilleur c’est Romero.
– C’est vrai.
– Si vous voulez bien, moi je peux faire quelque chose sur la balistique. Je l’ai étudiée.
– C’est l’affaire des types de la balistique.
– Oui, mais je peux vérifier si tout est correct, superviser.
Afficher en entierToute la matinée à attendre qu’ils reviennent. À leur retard, il se doute qu’il y a quelque chose d’autre. Cela le rend nerveux. Jury, Velasco et Rodríguez peuvent profiter de l’air frais, de la rue. Lui est coincé à sa table, il compte les minutes.
Il a dû s’occuper d’une vieille parce que Romero était aux toilettes. Il a fait son possible pour interrompre la litanie de plaintes et de lamentations, mais il n’y a pas eu moyen. La vieille sortait des papiers de son sac, les dépliait, les lissait de la paume de la main sur le comptoir de l’accueil.
Afficher en entierParfois, c’est Núñez qui prend les dépositions. Mais il s’impatiente, interrompt, voudrait pouvoir écrire pendant que l’autre parle. Romero lui a déjà dit que c’était impossible. Jury lui a confié quelques dépositions ce dernier mois et il veut bien faire. Vite et bien. Il se vexe chaque fois que Romero s’approche pour lui faire une remarque.
Afficher en entierQuatre bancs de bois mordus par des couteaux qui ont gravé des noms, des dates, des traces. Les gens ne s’appuient jamais contre le dossier. Dans les hôpitaux et les commissariats, les bancs ne permettent pas le repos.
Au fond à gauche, trois tables métalliques vertes où les papiers s’empilent, se tachent, vieillissent. Toutes avec une épaisse plaque de verre sur le métal. Des coins argentés tenus par des vis foirées.
Afficher en entierLa sirène brise quelque chose dans le ciel. Un costaud souriant ouvre la porte du véhicule et en sort promptement. Il s’approche pour voir, soupire et remonte au volant pour reculer en laissant la porte arrière ouverte. Le commissaire Jury le salue d’un geste de la main, le costaud lève les bras et se retourne pour se mêler aux gens. Velasco s’énerve et les curieux reculent.
Afficher en entierGuyot se dirige vers la porte. Quand il passe près des gens, le long des manteaux, des vestes, des chaussures, quelqu’un se tourne et le met face à ce qu’il ne voulait pas voir.
Le trou, parfait, sur la poitrine, un doigt posé encore sur l’arme, les yeux intacts, immenses, la paume de la main gauche à plat dans une position étrange. Quelques mètres plus loin, des taches successives reproduisent la trace d’une botte.
Afficher en entierSur le pont, un barrage de contrôle des papiers et une longue file de voitures. Des fenêtres des véhicules sortent des bras qui font des gestes de colère, inquiets, violents. Les insultes fusent, répétées comme un refrain. Les avertisseurs explosent, petit incendie qui se déclenche au-dessus du fleuve.
Afficher en entier– Pour quoi faire ?
– Pour qu’on en parle !
– C’est un suicide.
– Étiologie douteuse.
– Suicide, je te dis.
– Une balle dans la poitrine en pleine rue, ça ne te suffit pas ?
– Ce ne sera pas publié.
– Vas-y. Tu jettes un œil et après on voit.
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