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Extrait

Extrait ajouté par JaneEyreBronte 2024-02-05T02:37:10+01:00

On me dit souvent : « Tu donnes beaucoup. » C’est tellement plus kiffant pour moi que de recevoir. J’ai eu la chance

d’organiser les plus beaux salons de Paris pendant trente-cinq ans, de faire des catalogues pour présenter la marchandise

de mes exposants. Cela m’a permis d’apprendre pratiquement toutes les époques et tous les styles, d’étudier le

comportement des centaines de milliers de visiteurs qui sont venus arpenter mes salons dont j’étais si fière, et d’avoir pu

échanger avec trois générations de marchands à la passion insatiable. Je partais recruter mes exposants dans une grande

partie de l’Europe : 70 % de Français, 30 % d’étrangers participaient à mes salons. J’avais besoin de connaître leur

mentalité, leur déontologie, c’était aussi important que leur marchandise. On ne met pas un loup dans ma bergerie. Tous

les matins, j’allais leur faire un câlin, et tous les soirs, j’allais voir s’ils avaient bien travaillé. Je n’ai jamais eu de réflexion

désobligeante s’ils n’avaient pas fait un bon chiffre d’affaires et qu’ils étaient angoissés de ne pas rentrer dans leurs frais.

Tout était évident, on avançait ensemble, dans la même direction. Je recadrais les grincheux, avachis dans leur fauteuil à

mâchouiller leur cigare et qui pensaient que le client n’était pas roi. Je refaisais la déco des stands qui me paraissaient

illisibles. Je rédigeais les dossiers de presse, je prenais les photos. J’étais un chef de meute bienveillant. Je mettais les

marchands en avant, avec leur portrait et leur bio dans mes catalogues, je trouvais légitime de les présenter et de raconter leur parcours. J’avais une boutique bureau. Je ne pouvais m’empêcher de leur vendre tout ce que j’avais chiné car j’exposais aussi dans mes salons, mais je ne parlais jamais de moi. Cinq salons par an et dix brocantes. Cinq jours

d’installation, dix jours ouvrables, quatre jours de remballage. Plus de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires à trois personnes, aidée par Mamie Jo, mon bras droit, ma tête pensante, comme j’aimais si souvent l’appeler. Elle m’a supportée trente-deux ans, je ne sais toujours pas comment elle a réussi, je l’en remercie. Et Lulu, la jolie Lucile, qui avec son sourire et son éducation savait parfaitement contenir la mauvaise humeur de certains. Elle avait remplacé Pétrus, mon fidèle assistant, qui lui aussi a eu bien du courage. On était une machine de guerre. Tous les marchands savaient qu’il ne fallait pas m’emmerder. Le respect appelle le respect. Personne ne s’est jamais rebellé contre moi. Cette période m’a permis d’être un gros pot-au-feu dans le monde des affaires

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