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J’ai été contactée, comme je vous l’ai raconté précédemment, pour écrire ce livre, mais je ne vous ai pas donné la date. C’était le 21 janvier. Je viens de mettre le point final le 9 septembre, après presque neuf mois. J’espère que vous avez passé un aussi bon moment comme ce fut le cas pour moi. Je ne pensais vraiment pas être capable d’écrire, même avec le talent d’Alexandre Fillon, ma plume. La naissance d’un livre, c’est juste magique ! Je me suis piquée au jeu. Pas le jeu de la vie, mais celui de l’écriture. Croyez-moi, ça a été incroyablement compliqué et difficile d’essayer de vous faire partager mes expériences, ma vie, le plus honnêtement possible, sans tabou, ni filtre. Cela a été un immense bonheur, même si j’y ai passé des nuits et des journées entières pour ne pas vous décevoir et vous communiquer ma joie de vivre, même si je n’ai pas la prétention d’être écrivain. Parler comme je le fais si souvent – et parfois mes amis n’en peuvent plus –, c’est très facile. Mais écrire est un art, alors je vous remercie mille fois de m’avoir « écoutée »– tellement j’y ai mis de ma voix– et de m’avoir lue. Si seulement, à travers mes aventures, j’ai pu vous donner le sourire et vous permettre de vous évader un peu alors, grâce à vous, je serai « encore » comblée
Afficher en entierComme je vous l’ai dit, je suis fille de marchande, j’ai traîné sur les brocantes et les salons depuis ma naissance, j’en ai
organisé pendant plus de quarante ans. Maintenant, j’appartiens à la grande famille des Puces de Saint-Ouen. Imaginez, nous sommes plus de mille deux cents, c’est le plus grand marché d’antiquités d’Europe. Je tiens des boutiques dans le Marché Biron, 85, rue des Rosiers à Saint-Ouen. Je m’y suis installée pour plusieurs raisons. D’abord, grâce à Medhy, son directeur, et à Éloïse, la propriétaire. Ils gèrent leur marché de la même manière que moi à l’époque où j’organisais mes salons, avec professionnalisme, partage et joie de vivre. Il faut quand même que je vous raconte une petite anecdote, avant tout. Comme vous le savez maintenant, j’ai monté il y a fort longtemps une société de gardiennage, et je « garde » depuis plus de vingt-deux ans le Marché Biron. J’apprends il y a environ cinq ans que les nouveaux dirigeants voulaient me virer. N’ayant pas de réponse à mes courriers, je décide d’aller à leur rencontre un vendredi matin, au moment des journées marchandes. Comme à mon habitude, en arrivant, je fais un câlin à Couli qui gardait le marché et qui travaille pour moi depuis toujours. Je lui demande avec ma grosse voix qui porte : « Dis, mon cœur, il est où l’enf… qui veut me virer ? » Devinez quoi, il était à deux mètres de moi ! Je ne me suis pas démontée, je lui ai dit : « Enchantée, Caroline
Margeridon, Alerte Sécurité Privée. » Il m’a tendu la main et, de ce jour-là, nous ne nous sommes plus jamais quittés.
Medhy est entré dans mon cœur et n’en sortira jamais. Le Marché Biron possède deux allées, c’est donc facile pour nous
retrouver. Il y a là des marchands que je connais depuis toute petite et que je considère comme faisant partie des meilleurs de notre profession. À Biron, pas de copies, pour moi c’est la base de notre métier, et pas de neuf ! La mentalité est aussi très importante, nous sommes tous solidaires, nous nous aimons vraiment. À part deux ou trois que je déteste, je vous l’avoue
Afficher en entier« Affaire conclue » a pas mal changé ma vie. La notoriété physique, c’est étonnant. Un jour, vous vous retrouvez invitée
sur des plateaux de télévision, chez Michel Drucker, Stéphane Bern ou encore à « Fort Boyard », parce que vous participez
à une émission quotidienne à 16 h 15 qui a démarré à 200 000 téléspectateurs et en est aujourd’hui à 2 millions et demi. Soit plus de 20 % de parts de marché, du jamais-vu à cette heure-ci ! Sans compter les rediffusions la nuit et les replays. D’une émission par jour, on est passé à deux, puis une troisième, « La vie des objets », sur l’univers de la restauration, qui a suscité de nouvelles vocations pour les jeunes. J’en suis très heureuse, la sauvegarde de notre patrimoine, c’est aussi et surtout les restaurateurs d’art. Sans compter « La chasse aux objets », où nous allons chiner deux objets chez les gens dans toute la France et la Belgique. Les objets et le vendeur viennent ensuite sur le plateau. Les deux acheteurs se retrouvent tour à tour devant Sophie et l’un de nos commissaires-priseurs qui doit estimer les objets en question. L’idée étant que l’expert donne un tout petit prix, que nous coachions le vendeur pour qu’il devienne un « super vendeur » et qu’il fasse le plus gros coefficient multiplicateur en fonction de l’expertise, pour gagner le plus d’argent contre un autre vendeur, qu’il fasse la plus « grosse culbute ». La fameuse phrase qui nous fait tant rire, avec Sophie. Cela demande d’être stratège. Je suis la moins stratège de l’équipe : sur quinze émissions, j’en ai perdu au moins onze ! Il y a aussi les fameux cinq primes annuels à thème pour lesquels on se rend dans des lieux incroyables, spectaculaires ou improbables, des châteaux, des musées ou même un aéroport. On est sept acheteurs et non plus cinq comme dans nos quotidiennes, on achète treize objets spectaculaires ou insolites qui atteignent souvent des prix de dingues. Comme les gants que Lady Di portait quand elle était petite, la fameuse machine à écrire de Daniel Picouly dessinée par Ettore Sottsass pour Olivetti, celle que vous voyez sur la couverture de ce livre.
Afficher en entierOn me dit souvent : « Tu donnes beaucoup. » C’est tellement plus kiffant pour moi que de recevoir. J’ai eu la chance
d’organiser les plus beaux salons de Paris pendant trente-cinq ans, de faire des catalogues pour présenter la marchandise
de mes exposants. Cela m’a permis d’apprendre pratiquement toutes les époques et tous les styles, d’étudier le
comportement des centaines de milliers de visiteurs qui sont venus arpenter mes salons dont j’étais si fière, et d’avoir pu
échanger avec trois générations de marchands à la passion insatiable. Je partais recruter mes exposants dans une grande
partie de l’Europe : 70 % de Français, 30 % d’étrangers participaient à mes salons. J’avais besoin de connaître leur
mentalité, leur déontologie, c’était aussi important que leur marchandise. On ne met pas un loup dans ma bergerie. Tous
les matins, j’allais leur faire un câlin, et tous les soirs, j’allais voir s’ils avaient bien travaillé. Je n’ai jamais eu de réflexion
désobligeante s’ils n’avaient pas fait un bon chiffre d’affaires et qu’ils étaient angoissés de ne pas rentrer dans leurs frais.
Tout était évident, on avançait ensemble, dans la même direction. Je recadrais les grincheux, avachis dans leur fauteuil à
mâchouiller leur cigare et qui pensaient que le client n’était pas roi. Je refaisais la déco des stands qui me paraissaient
illisibles. Je rédigeais les dossiers de presse, je prenais les photos. J’étais un chef de meute bienveillant. Je mettais les
marchands en avant, avec leur portrait et leur bio dans mes catalogues, je trouvais légitime de les présenter et de raconter leur parcours. J’avais une boutique bureau. Je ne pouvais m’empêcher de leur vendre tout ce que j’avais chiné car j’exposais aussi dans mes salons, mais je ne parlais jamais de moi. Cinq salons par an et dix brocantes. Cinq jours
d’installation, dix jours ouvrables, quatre jours de remballage. Plus de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires à trois personnes, aidée par Mamie Jo, mon bras droit, ma tête pensante, comme j’aimais si souvent l’appeler. Elle m’a supportée trente-deux ans, je ne sais toujours pas comment elle a réussi, je l’en remercie. Et Lulu, la jolie Lucile, qui avec son sourire et son éducation savait parfaitement contenir la mauvaise humeur de certains. Elle avait remplacé Pétrus, mon fidèle assistant, qui lui aussi a eu bien du courage. On était une machine de guerre. Tous les marchands savaient qu’il ne fallait pas m’emmerder. Le respect appelle le respect. Personne ne s’est jamais rebellé contre moi. Cette période m’a permis d’être un gros pot-au-feu dans le monde des affaires
Afficher en entierJ’ai toujours eu très peur de la drogue. Je suis de la génération LSD, j’ai vu des copains mourir ou se griller le cerveau. Je suis antidrogue. Dans le 16e, la drogue, on en trouvait à la sortie de l’école. À mes enfants et à tous leurs copains – il faut savoir que la moitié des enfants du quartier passaient leur vie chez nous – j’imposais le pipi test. Au début, je leur faisais croire que c’était pour la cigarette, ils avaient 11 ans, c’était facile. Ils faisaient tous pipi dans des petits verres, après dans des saladiers, car ils avaient grandi ! Sur le pipi test, il y avait cinq barres, une pour le shit, la cocaïne, les amphétamines…
Si le test était positif, les copains étaient blacklistés de chez moi pendant un mois. Je me souviens de celui, il se reconnaîtra, que j’ai retrouvé sur le palier, avec sa compote Andros. Il parlait à mes bébés à travers la porte, il lui restait quatre jours à purger, le pauvre ! Ce gamin a tellement eu peur que je le dise à son père qu’il a arrêté, c’est une grande fierté pour moi
Afficher en entierDans une de ces fameuses poubelles j’avais trouvé un mannequin en bois, avec le piétement et la tête en bois noirci, en
parfait état. C’est drôle, j’en ai acheté un semblable dans notre émission « Affaire conclue » il y a peu de temps. Je vendais tout à 1 franc, 2 francs. J’obligeais les clients à me faire des chèques, pour moi c’était de l’argent. Je voulais être une adulte. Pour avoir un chéquier, il faut avoir dix-huit ans et surtout un compte en banque. Je me retrouvais avec des piles de chèques, et très souvent l’équivalent en espèces car ça faisait beaucoup rire mes « clients » qui, attendris, me payaient deux fois la somme demandée, j’étais hyper fière. Les chèques, je les donnais à ma mère au lieu de les mettre dans ma tirelire en forme de cochon
Afficher en entierJ’ai fait ma première vente, j’avais 5 ans. On habitait à Saint-Cloud, comme je vous le disais plus haut. Quand on descendait le chien avec mes sœurs, j’adorais faire les poubelles, j’avais découvert que les gens y jetaient des objets incroyables. Il y avait vraiment de tout ! Des fauteuils club en parfait état, des vases impeccables, des tableaux non percés… C’est drôle, aujourd’hui, 20 % des vendeurs d’« Affaire conclue » nous avouent avoir trouvé leur objet dans les encombrants.
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