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La chute des taux de croissance, la montée des inégalités et de la pauvreté, l'incohérence des évolutions monétaires sont des phénomènes bien réels, et de nature économique. Ils ne font cependant que refléter des déterminants culturels et anthropologiques beaucoup plus profonds. Le déclin éducatif américain, le choc malthusien produit en Europe par l'arrivée des classes creuses à l'âge adulte, l'émergence d'une stratification culturelle inégalitaire, l'affaissement des croyances collectives - parmi lesquelles la nation – définissent ensemble bien plus qu'une crise économique : une crise de civilisation.
Mais l'idée d'une contrainte économique agissant "de l'extérieur" sur les États-Unis, le Japon, l'Allemagne ou la France, baptisée mondialisation, n'est qu'une illusion. Le sentiment d'impuissance qui paralyse les gouvernements ne sera surmonté que si renaît l'idée de nation.
Afficher en entierL'Expansion
Tonique refus mondialiste
Les économistes ne lisent pas assez les démographes et les anthropologues. Le degré d'adhésion des classes dirigeantes d'une nation au libre-échangisme est inversement proportionnel à l'évolution de leur niveau culturel : plus celui-ci baisse, plus les thèses mondialistes prospèrent. Non seulement l'ouverture des frontières commerciales s'est plutôt traduite par un tassement de la croissance mondiale, mais elle a en plus favorisé un retour spectaculaire des inégalités au sein des nations développées. La construction européenne façon Maastricht exprime un saut irréaliste dans l'idéologie, fruit combiné d'une utopie monétaire qui nie l'existence des diversités nationales et d'une utopie libre-échangiste, masque emprunté par une élite malthusienne pour défendre son idéal inégalitaire.
Voilà, schématiquement résumée, la pensée tonique et tonitruante d'Emmanuel Todd, aussi féroce pour Jacques Delors que pour Jacques Chirac, aussi remonté contre Paul Krugman, l'économiste à la mode outre-Atlantique, qu'irrespectueux pour The Economist, trop anglais pour avoir le droit de tirer le premier sur les Français. Même si l'on ne partage pas sa conviction que rien ne s'explique en économie sans le recours à l'analyse des structures familiales, on appréciera la lecture de ce pamphlet. Quant à le critiquer sur le fond, on s'en gardera bien, de peur de passer pour un de ces pseudo-intellectuels français dont l'emprise idéologique sur la société vaudrait celle des dirigeants brejnéviens sur l'ex-URSS.
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