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Charles s’était rembruni. Il tourna son visage vers la rue et parut réfléchir. De son côté, Pierre-Louis imaginait le domaine de Cyprien Joubert. Il avait souvent entendu parler des Chênes, un immense mas situé dans la partie la moins escarpée du cirque, à mi-pente d’un vallon où courent le Lignon et les plus vigoureuses sources. On disait que les bâtiments au nombre de cinq étaient disposés en carré au milieu de vastes cours, le tout entouré de hauts murs. La représentation que le jeune garçon en avait était proche de celle d’une demeure seigneuriale avec tours et donjons, douves et ponts-levis.
Afficher en entierPierre-Louis effectua un brusque mouvement du torse afin de lui faire enlever la main de son épaule. Malgré son jeune âge il avait saisi ce que sous-entendait le paysan et une colère sourdait en lui. Il avait envie de refuser mais il savait que dans ce cas sa famille risquait de n’avoir bientôt plus de toit. Joubert était bien capable de mettre ses menaces à exécution. L’existence serait alors bien pire qu’elle n’était. Et même s’il ne le faisait pas, les soucis de son père seraient toujours présents.
Afficher en entierAu petit matin du 10 mai 1925, le jeune Pierre-Louis prit le chemin des Chênes, accompagné de son père Charles. Quand ils quittèrent Boissailles, le soleil était en train de se lever et éclairait timidement un monde que le jeune garçon n’osait pas regarder une dernière fois. Il marchait d’une bonne allure. Il voulait prouver qu’il était un homme et qu’un trajet de vingt kilomètres ne lui faisait pas peur. En effet, qu’aurait importé la distance si ce n’avait été celle qui allait le séparer de Boissailles pendant une année ! Pourtant, combien il avait été content à l’idée de partir aux Chênes ! Il s’en glorifiait encore l’avant-veille !
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