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- Comment allez-vous, docteur ? dit Max sans quitter sa place.
- Ah ! ne m'en parlez pas ! s'écria le docteur ; ici je me dissous ; je vais tomber en poussière comme une bête empaillée restée trop longtemps dans un musée. J'ai de la moisissure dans les narines, des toiles d'araignée dans la cervelle. Il me semble que j'ai l'âge des pyramides et que la mort a oublié de me faucher !
- Vous n'êtes pas poli, savez-vous, dit madame Dumont en souriant.
- Poli ! est-ce qu'on est poli sur le radeau de la Méduse ? reprit le docteur en haussant les épaules. Nous sommes des compagnons d'infortune ; gémissons ensemble.
- Pauvre docteur ! dit Max, vous ne connaissez pas encore la résignation.
- La résignation ! s'écria le jeune homme en faisant un bond sur son fauteuil, est-ce qu'on se résigne à mourir d'inanition ? On se ronge les poings plutôt. Songez donc qu'il y a six mois j'étais à Paris, c'est-à-dire en pleine vie, en pleine lumière ; et maintenant je suis scellé tout vivant dans une tombe. Je me débats. Vous, vous êtes momifiés.
Afficher en entierLucienne avait hâte d’être seule pour méditer, avec toute la puissance de pensée dont elle était capable, sur le projet qu'elle venait de concevoir, afin d'en rendre l'exécution possible.
Dans cette lutte qu'elle entreprenait contre la vérité, elle devait prévoir, comme un général à la veille d'une bataille, tous les pièges et tous les dangers que pouvait lui susciter l'ennemi. Son mensonge devait être invulnérable.
Elle ne se coucha pas. Toute la nuit, elle marcha fiévreusement dans sa chambre, inventant, combinant, perfectionnant le plan de ce combat, dans lequel elle voulait à tout prix triompher.
Quand elle sortit le matin, furtivement, par la porte donnant sur la falaise, elle était armée de toutes pièces, et il lui semblait impossible qu'elle fût vaincue.
Afficher en entierC’était dans un salon, à l’entresol, rue de Châteaudun, le soir, vers la fin de juillet.
La lueur, adoucie par un globe recouvert d’une dentelle en papier bleu, d’une lampe en porcelaine chinoise, éclairait les cheveux et le front d’une jeune femme qui lisait. Agenouillée sur un pouf de soie, elle s’appuyait des deux coudes à la table, plongeant une main dans ses cheveux, et de l’autre main feuilletant un livre ouvert devant elle.
Elle était vêtue d’un long peignoir blanc négligemment agrafé ; un peigne garni de turquoises relevait à demi ses cheveux d’un blond ardent, très en désordre ; une de ses mules, tombée de son pied, gisait sur le tapis. Il était visible que, rendue paresseuse par la chaleur, elle ne s’était pas habillée de la journée.
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