Ajouter un extrait
Liste des extraits
Le temps passe, je n'ai pas l'impression de me rapprocher de la fin. On dirait même que ça vient de commencer.
Afficher en entierJ'ai combattu le ridicule en alignant les verres de scotch sans glace.
Afficher en entier« On s’appelle, me dit le régisseur général en me faisant la bise. On boit un pot ensemble un de ces quatre ».
Mais je ne suis pas ce genre de type qui appelle pour boire un verre quand il connaît à peine. Je me demande s’il en existe des qui appellent. Moi, personne ne m’a jamais appelé.
Afficher en entierUn comptoir en L, je m'installe le long du pied de la lettre, dont la jambe est garnie d'hommes au teint rubicond. Une femme obèse avec deux chiots sort des toilettes, me pique mon tabouret et me paye un demi de Foster's. Elle me trouve un peu jeune pour venir ici tout seul, je lui dis que c'est la première fois, que je suis nouveau à Montpellier. Quand elle lâche la poignée d'une laisse, je m'accroupis pour la lui ramasser et ses babines transpirent l'envie de me déguster quoi, je vous le demande. Les hommes compatissent, lancent au patron : «Yoyo, redonne un verre au garçon.» Une heure plus tard, la grosse dame a enfin compris qu'elle n'est pas mon genre - vous n'êtes pas mon genre de femme. Elle semble irritée, s'attaque à ma tignasse de cheveux crépus. Elle me dit que j'ai l'air d'un vieux brocoli. Trois nouveaux demis gratis. Puis elle m'interroge sur mon avenir, ce que je compte faire de ma vie. Les hommes se taisent, ils attendent avec elle. Je voudrais répliquer une blague en forme de remerciement pour les bières, et ils se taperaient tous sur les cuisses, sauf elle, qui aurait envie de partir en courant. «J'aspire à devenir producteur exécutif de cinéma.» Ma réponse ne déclenche l'hilarité que de la grosse dame. Elle n'arrête plus de se gondoler. «Tu crois que tu vas te faire embaucher dans le cinéma avec cette dégaine ?» Les hommes retournent à leurs histoires. Maintenant, elle s'en prend à la coupe de mes vêtements, et c'est moi qui ai envie de m'enfuir. Deux jours seulement après avoir quitté le cocon familial, me voici au bistrot à me faire insulter par une vieille truie perdue et à solliciter l'estime d'une bande d'ivrognes, si mes parents savaient ça. «Bon, on ne va pas dormir ici», me secoue un dénommé Pascal. J'ai bu dix ou vingt verres et ne débourse que quatre euros.
Afficher en entier
