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Je me rappelle Bastien Terreno par exemple : au sein de l’équipage du traître Antonio, il incarnait un des personnages les plus notoires et les plus vaillants de cette Tempête de Shakespeare que nous adaptions pour les enfants. Il fallait juste éviter qu’il se retrouve en manque d’insuline, mais avec sa chemise blanche, sur laquelle sa mère avait cousu une anse marine à côté du blason de l’OM, et son jean coupé et frangé, et tant qu’il n’avait pas à dire trop de lignes de texte, car il était bègue, il endossait ce rôle en étant le plus habile pour hisser la voile, rouler les cordes. Je lui faisais ses piqûres discrètement, à midi, tout le monde savait mais il voulait être protégé des regards des autres. Un jour qu’il venait de sortir de scène, tandis que je roulais sa manche sur son petit bras de moussaillon, il m’a demandé : « Tu crois que c’est à quelle époque qu’ils ont inventé l’insuline ? – Je ne sais pas... Peut-être au début du vingtième siècle. Quand la médecine a fait es gros progrès. » Il m’a dit alors à l’oreille : « Sur ce bateau, je sais pas si j’aurais survécu. Il n’y aurait pas eu d’insuline, et je n’aurais pas pu y aller. »
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