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Tout lieu pouvait devenir prison si on s'y laissait enfermer.
Afficher en entier... Au début de l’après-midi, des soldats vinrent chercher quinze d’entre nous. Ils nous enchaînèrent par les poignets deux par deux et nous amenèrent près d’un camion rouge. Nous nous y hissâmes péniblement et prîmes place sur les banquettes de bois. On nous fit traverser la ville avant de nous déposer devant un grand bâtiment de pierre. Nous entrâmes dans une grande pièce rectangulaire, aussi sale que le commissariat. Les murs ternes, passés il y a bien longtemps à la chaux, avaient un reflet vert sous l’ampoule nue qui pendait du plafond. On nous retira les chaînes et les prisonniers se rangèrent en file. Je me mis en bout de ligne.
Tous les prisonniers baissaient la tête, les bras ballants le long du corps. Le sergent de garde, qui s’imposait par sa carrure, aboya une question au premier prisonnier. Celui-ci chuchota une réponse, ce qui lui valut un revers de main sur la bouche. Une autre question, une autre réponse timide, une autre gifle, plus forte encore. La bouche du prisonnier se mit à saigner et il laissa échapper un gémissement. Le sergent le houspilla sévèrement avant de passer au prisonnier suivant.
D’autres questions suivirent. D’autres gifles aussi. Le second prisonnier tenta de mettre son bras en avant pour se protéger des coups mais ne fit qu’augmenter la colère du policier qui frappa plus fort encore.
Il s’arrêta devant chaque prisonnier, assenant à chacun questions et coups. Plus il avançait, plus sa colère montait, et j’étais le dernier. J’essayais désespérément de retenir les humbles paroles des Turcs...
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