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Au réveil, un peu plus tôt, cette atroce impression d’être emmuré à peine vivant dans ta chair blessée, enfoui à la fois profond et pourtant juste derrière tes paupières épaissies par le sang ou le pus, tu ne sais pas. Et dans ton cerveau lent encore (rampant, pour ainsi dire, comme resté sur le bitume et ne parvenant à te rejoindre qu’au prix d’un immense effort), la montée d’une eau sale qui s’infiltre partout : insensé, frénétique, bruyant souvenir de l’accident, chaos d’images et de mouvements affolant aussitôt ton cœur et les instruments auxquels on t’a relié pour tenter de te garder en vie. Tu n’es pas devenu sourd, au moins, tu les entends, les bip bip irréguliers. Tu me le raconteras plus tard, lors de ton premier séjour chez nous, à Paris. Nous communiquons dans une entre-langues, l’anglais, qui nous prive l’un et l’autre de nuances, mais à travers ton regard, certaines crispations de ton corps et tes expressions, tout passe de ton calvaire. À tel point que j’ai l’impression, tant d’années après, d’avoir été dans cette chambre d’hôpital avec toi. Que ce n’est pas toi, Noam, mon cousin d’Israël, mais moi, Marie, la Française pourtant alors si éloignée de vous tous, qui les distingue, les pas vifs et les commentaires.
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