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Extrait ajouté par feedesneige 2016-04-10T17:45:18+02:00

CHAPITRE PREMIER

— Je voudrais parler à Miss Arlington… Miss Blanche Arlington, dis-je à la standardiste. Elle habite à… voyons… Kaneohe Bay.

J’ai bafouillé un tantinet en prononçant ce nom hawaïen.

La téléphoniste s’empresse de me répondre :

— Vous pouvez raccrocher, monsieur Boyd. Je vous rappelle dans un instant.

J’obéis donc et jette, en attendant, un coup d’œil circulaire sur la pièce. En somme une lanaï – au sens propre : véranda – ne me paraît pas bien différente de la traditionnelle chambre d’hôtel, à cela près, peut-être, qu’elle communique directement avec une piscine.

Lorsque la réceptionniste m’a annoncé tout à l’heure : « Lanaï A 2 », je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander comment elle s’appelait, cette naïade, ce qui m’a valu, entre parenthèses, de légers désagréments.

Décidément, Hawaï est un pays qui sort de l’ordinaire. D’ailleurs toutes les contrées, où, quand on vous parle de « lit », il faut comprendre « guirlande de fleurs », ont forcément un certain cachet d’originalité.

Je sais bien qu’ici une danseuse de Houla ne crie jamais « houla ! » pour appeler sa maman à la rescousse, mais, à part ça, je me figurais que c’était comme partout, lorsqu’il s’agissait, pour une vahiné, d’accueillir un ipo. (C’est le nom qu’on donne aux soupirants, même quand ils ne vendent pas de la viande de cheval.)

Vous remarquerez aussi, en passant, qu’au bout de trois heures à peine de séjour à Honolulu, je commence déjà à me défendre pas mal dans la langue du cru !

Le téléphone sonne sur ces entrefaites. Je décroche le récepteur.

— Allô ! fait une voix féminine qu’on devine légèrement émue.

— Vous êtes bien Blanche Arlington ?

— Oui, elle-même. Qui est à l’appareil ?

— Boyd ; Danny Boyd. Je suppose qu’Emerson Reid vous a parlé de moi…

— Mais certainement… (Sa voix me paraît très lointaine.) Il m’a câblé que vous alliez arriver.

— Quand peut-on se voir ?

— Attendez… (Elle réfléchit un instant.) Pouvez-vous venir chez moi ?

— Très volontiers. À quelle heure ?

Elle ne répond pas tout de suite. J’ai vaguement l’impression qu’elle doit alors discuter de ce rendez-vous avec quelqu’un ; mais je n’entends rien ; je sens seulement cette bizarre torpeur qu’on éprouve quand, à l’autre bout du fil, votre correspondant couvre avec la main l’embouchure de son appareil. Puis, brusquement, je l’entends déclarer :

— Vers huit heures et demie, ce serait parfait. On pourrait boire un verre, si vous le voulez bien…

— Épatant ! Moi, je suis descendu au Hawaïian Village Hôtel. Combien de temps me faut-il, pour aller chez vous ?

— Est-ce que vous avez une voiture à vous, ou est-ce que vous allez prendre un taxi ?

— À l’aéroport, j’ai loué une voiture sans chauffeur. Pourquoi ? Ça n’est pas la même chose ?

— Non, pas tout à fait. Vous allez être obligé de prendre la route du col de Pali. Elle est assez mauvaise. Surtout n’allez pas trop vite, monsieur Boyd ; ça peut être dangereux !

— Entendu. J’y veillerai… Alors, combien de temps ça va me prendre, ce trajet ?

— Une bonne heure, au minimum.

— D’accord. Vous avez eu d’autres nouvelles de nos amis communs ?

— Ah ! oui, alors ! fait-elle d’une voix étranglée. Mais, ajoute-t-elle, il vaut mieux ne parler de tout ça que lorsqu’on se verra, tout à l’heure…

— Comme vous voudrez… Est-ce que c’est dur à trouver votre maison ?

— Non. Il n’y a pas tellement de maisons, d’ailleurs, de ce côté-ci de l’île. C’est auprès de la baie, à cinq kilomètres environ par la nationale, un bungalow peint en blanc, assez en retrait de la route. Il y a un énorme hibiscus rouge à l’entrée de la propriété, près du portail.

— Je me débrouillerai bien. Merci beaucoup.

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