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Personne n’ignore qu’Épictète fut esclave, Marc Aurèle empereur, Cicéron avocat, Montaigne maire de Bordeaux et Spinoza polisseur de lentilles. Certains savent que Bachelard fut employé des Postes et Howard Becker pianiste de jazz. Mais saviez-vous que Pascal avait été entrepreneur de transports publics – le premier à imaginer, avec le « carrosse à cinq sous », des transports collectifs intra-urbains ? Que Plutarque fut prêtre d’Apollon et Diderot courtier d’art – il vendit des toiles de maîtres flamands à Catherine de Russie ? Pour certains, ces métiers furent des « expériences » plus que des vocations – du passage de Simone Weil comme ouvrière-fraiseuse chez Renault à la mission diplomatique de Bergson aux États-Unis.

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“Comment savoir quand on a raison ?”

L’art de couper les cheveux en quatre

Quand peut-on se fier à son jugement ? Selon les circonstances, il existe plusieurs manières de répondre à cette question. Nous vous en proposons quatre, classées par ordre croissant de rigueur et à employer sans modération – même quand vous avez tort !

J’insiste pour que mon enfant n’abandonne pas ses études. Aux élections européennes, je m’apprête à voter pour un parti auquel je n’ai jamais donné ma voix. Je vais peut-être accepter une proposition d’emploi, où j’aurais un moins bon salaire mais des missions plus intéressantes. Je voudrais emménager en couple – ou, au contraire, divorcer. J’aspire à quitter la ville pour vivre à la campagne. Je n’ai pas aimé Dune 2, pas plus que le dernier Goncourt. Il m’est arrivé de sentir que des personnes que j’avais connues étaient en train de mourir ou de sortir de mon corps. Mais sur tous ces sujets et bien d’autres, je conserve quelques doutes : comment savoir si j’ai raison ?

« Avoir raison » peut s’entendre ici de deux manières différentes :

– Cela peut signifier que ce que j’affirme est justifié, est vrai.

– Mais cela peut aussi vouloir dire que j’ai de bonnes raisons de croire ce que je crois ou de penser ce que je pense, indépendamment du fait que ce soit vrai ou non.

La seconde condition étant beaucoup plus facile à satisfaire que la première, c’est par elle qu’on peut commencer. Elle se décline à son tour en deux réponses.

Réponse n° 1 : « Je sais que j’ai raison, parce que beaucoup de gens pensent ou font comme moi ! »

C’est l’approche conformiste. Dans les discussions animées, les scènes de ménage, l’argument revient souvent : « Mais enfin, regarde les autres, personne ne fait comme toi ! Personne ne trempe une tartine de camembert dans son café au petit déjeuner ! » Cet argument n’est pas incontestable. L’écrasante majorité des gens mangent de la viande ou passent trop de temps sur leur portable, et pourtant, ce n’est pas forcément une bonne chose. Néanmoins, une telle approche est défendue par René Descartes dans son Discours de la méthode (1637), car la première maxime de sa morale provisoire consiste à « obéir aux lois...

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