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Les extraits ajoutés par Asman

Il me tendit une main couverte de bijoux en se parant d'un sourire poli. L'usage aurait voulu que je la lui serre mais je n'en fis rien.

— Je suis Ben Saraid'Kuol, ravi de vous rencontrer.

Kuol était le suffixe qui le désignait comme le dauphin de Drakartha. Son père, lui, était titré Kali, ce qui voulait dire roi en Drakarthais.

Je fixais sa main pendant une minute sans répondre avant de plonger mon regard dans le sien. Je le sondai à la recherche de quelque chose qui pourrait me convaincre de ne pas lui sauter à la gorge, mais je n'y vis que le sang des victimes qu'il avait fait couler ces quinze dernières années. N'y tenant plus, je le poussai contre le mur derrière lui et plaquai mon avant-bras sous son cou. Il ne tenta rien pour se dégager. J'avais conscience que ce n'était pas sage de chercher des poux à un Taabien aussi puissant, mais je m'en contrefichais, il était venu de lui-même sur mon territoire à ses risques et périls.

— Kuol, hein ? ricanai-je. Que ce soit bien clair entre nous : je ne vous fais pas confiance. Votre réputation vous précède, Taabien, et je sais à quoi m'attendre de votre part. Je pense que Kiara fait une grosse erreur en vous autorisant à rester ici. Vous n'êtes qu'un monstre et je ne vois pas comment cela pourrait changer.

Son visage perdit toute trace de couleur. Je le libérai, m'attendant à ce qu'il ait une réaction violente, mais il ne bougea pas. J'en fus presque déçue. S'il avait levé la main sur moi, j'aurais eu une bonne raison de le tuer, ou au moins, de lui refaire le portrait à ma façon. Je n'avais jamais été une grande artiste.

— Mais je ne vous ferais rien sans son approbation, ajoutai-je.

— Elle ne vous la donnera jamais.

— Pensez-vous ? Un seul faux pas, même minuscule, et votre cas sera directement envoyé au Conseil qui se fichera de savoir qui sont vos parents. Et je m'occuperais personnellement de votre mise à mort lorsque le jugement sera prononcé, vous pouvez me croire.

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Le sang battant à mes tempes, je me terrais dans un coin de la pièce obscure en me traînant par les mains. Les ongles écorchés, glissant dans mon propre sang, je réussis à atteindre mon but, alors que chaque centimètre de mon corps me faisait souffrir le martyre. Peut-être allais-je mourir ? J'aurais voulu que ce soit le cas. J'aurais voulu que mon calvaire s'achève enfin et que je puisse retrouver ma mère, mon frère et mon père dans l'au-delà, là où ils m’attendaient depuis un certain temps. La mort était la seule chose en laquelle je pouvais encore croire, ici, dans cette pièce mal éclairée devenue mon enfer personnel. Je n'avais rien d'autre à quoi me rattacher, qu'à l'idée de cette délivrance, mais hélas j'étais toujours vivante, même après tous les coups que j'avais reçu et tout le sang que j'avais perdu. Mon bourreau se débrouillait toujours pour me garder en vie, malgré tout le mal qu'il me faisait. J'espérais qu'un jour il devienne négligent, et que mon cœur s'arrête de battre sans qu'il ne puisse rien y faire.

Même mon sire ne pouvait rien contre la mort.

Je fixais des yeux la traînée de sang que j'avais faite en rampant jusqu'ici. Dans l'obscurité, il prenait une teinte noire comme du goudron. Et ce n'était pas tout, car déjà une nouvelle flaque se formait sous moi, depuis mon dos, le sang s'écoulant des lacérations qui ne se refermaient pas. Les marques ne partiraient jamais. Elles étaient trop profondes.

Bientôt, il reviendrait et se chargerait de me soigner, mais pour l'instant, il me laissait un répit, le temps qu'il se nourrisse. Ce liquide noir qui s'échappait de mon corps était bien trop enivrant, bien trop… alléchant. S'il ne m'en prenait qu'une goutte de trop, ce serait fini pour moi.

Je n'avais plus rien dans ce monde où les ténèbres m'empêchaient de discerner mon propre corps. J'avais perdu ma famille, mes amis, ma maison, tout ce qui avait eu de l'importance pour moi un jour. À une époque, j'avais cru que quelqu'un, n'importe qui, viendrait me sauver. Un prince à la chevelure blonde sur son cheval blanc, sorti tout droit des contes de fées que me lisait maman lorsque j'étais enfant. Mais ça faisait maintenant plus d'une année que j'étais sa captive et la seule personne dans mon monde de douleur était ce monstre qui venait jouer avec mon corps tous les soirs.

Respirer était douloureux.

Une lueur attira mon attention dans la pénombre de la pièce lorsque je remuais pour essayer de trouver une position moins douloureuse, sans succès. Un collier reflétait la faible lumière qui s'échappait par la porte restée entrouverte. Un modeste bijou. Rien qu'une fine chaîne au bout de laquelle était rattaché un pendentif en argent représentant un cheval dressé sur ses pattes arrière. C'était un bijou que j'avais trouvé sur une brocante lors d'un voyage avec mes parents, des siècles auparavant. Ce collier me faisait autrefois rêver de voyages aux quatre coins du monde, mais aujourd'hui j'ignorais si je pourrais un jour revoir la lumière du soleil.

Je ne savais pas ce qui avait pu advenir du reste de mes affaires. La robe achetée pour le solstice d'hiver, le bracelet que m'avaient offert mes parents pour mes treize ans, la barrette avec laquelle j'avais attaché mes cheveux il y a si longtemps. Je les avais perdus. Tous. Peut-être que mon sire ne connaissait pas l'existence de ce collier, bien que je n'eusse jamais pris la peine de le lui cacher. Je me traînai jusqu'à lui et le pris dans mes mains tremblantes.

Ce simple geste failli m'achever, mais mon sire ne m'aurait jamais laissé revoir ce collier s'il l'avait aperçu. Il voulait me rendre folle, il voulait me déposséder de mon âme, que je perde tout espoir, que je souffre mille morts. Et là, seulement là, quand il aurait brisé mon esprit, il me tuerait.

Le martèlement de ses pas retentit dans le couloir. Il ne faisait rien pour être discret, il était chez lui. Je me précipitais dans mon coin en serrant le bijou contre mon cœur. Les blessures de mon dos se firent plus douloureuses, si c'était encore possible, quand je me collai contre le mur pour me fondre dans les ombres.

Je ne voulais pas qu'il revienne, je ne voulais pas qu'il me touche à nouveau. Mon corps se mit à trembler et des larmes ruisselèrent sur mon visage. Je fermai les yeux, espérant faire disparaître tout ce qui était autour de moi.

Je me revis dans ma chambre, assise sur mon lit à lire un livre et soudain, je n'étais plus dans cette pièce sombre, mais chez moi. Ma mère préparait à manger dans la cuisine, mes petites sœurs jouaient dans le salon, mon beau-père reviendrait bientôt du travail et embrasserait maman dans le cou, en lui murmurant qu'il l'aimait, comme il le faisait tous les soirs, et nous dînerions tous ensemble en nous racontant nos journées respectives. Puis maman endormirait ma plus petite sœur dans la chambre à coté de la mienne, mon beau-père fumerait son cigare devant la cheminée, puis irait se coucher avant de retourner travailler le lendemain. Et je m'endormirais dans mon lit, sous mes couvertures, bien au chaud, ma peluche me protégeant des monstres sous mon lit.

Mon sire ouvrit la porte et cette vision fila loin de moi. Le monstre n'était pas sous mon lit, il était face à moi. Le monde n’existait plus autrement que par lui. Le monde était effrayant et douloureux et je n'avais plus d'ours en peluche pour me protéger du noir. Il se glissa dans la pièce, suivant la piste de mon sang qui baignait le sol de sa teinte vermeille. Son éclat de rire résonna dans la pièce, dans ma tête, puis tout ne fut plus qu'un brouillard confus remplit de tourments. Emprisonnée dans l'étau de ses mains, je me réveillai en hurlant.

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