Les extraits ajoutés par Dominique-44
"Nos observations sur des prisonniers républicains ont montré les relations intimes entre marxisme et infériorité mentale.
Le marxisme est un gène logé dans le cerveau qui détruit peu à peu intelligence, piété religieuse, installe à la place une forme de folie dégénérative.
On observe une volonté de détruire les valeurs d'ordre et d'obéissance.
On observe une obsession maladive à crier à tout bout de champ "la propriété c'est le vol", à vouloir mettre en commun terres, usines, femmes, enfants.
Il faut éradiquer le gène rouge qui se transmet de père en fils et de mère en fille.
Arriba España !
(Applaudissements - Arriba España !)
Ces femmes rouges qui ne vont pas à l'église
Ces rojas enfoncées dans le péché "
Afficher en entierFin de nuit au bar du Sheraton à Ankara, au bar du Hilton à Amsterdam, au bar de l'Excelsior à Genève. Les conversations avec les derniers noctambules se font erratiques. Toutes les fins de nuit, dans les grands hôtels et les bars à la mode du monde entier, se ressemblent.
Que peut-on faire de neuf, quand il y a déjà eu
tout ça, voyez-vous,
quand on a déjà vécu tout ça, que reste-t-il,
oui, non, je sais, mais quand on est,
vous comprenez, quand on est déjà allé partout, qu'on a déjà tout joué, ou presque,
bien sûr, d'autres musiciens,
bien sûr, je voulais dire ceux qui m'enchantent, me transportent, me,
je suis d'accord, mais comment dire, c'est difficile à exprimer, je ne sais pas, j'ai parfois l'impression de,
pas d'avoir fait le tour, bien sûr, quelle prétention, mais si vous voulez,
je vous donne un exemple, vous voyez, là, ce passage-là du Nocturne en ré bémol majeur de Chopin, ti tata ti tati, j'ai calculé combien de fois je suis, comment dire, passé devant,
combien de fois, plusieurs milliers de fois, à ce stade, on peut se demander,
mais vous avez raison, il reste encore tellement, pourtant,
où ne suis-je pas allé, cela commence à pouvoir se compter,
je veux dire des endroits comme ici, où l'on peut jouer dans une belle salle pleine qui vous attend, je ne peux pas aller dans des, dans des déserts, dans des steppes, vous voyez ce que je veux dire,
vous, moi, combien de fois, comme ce soir, un verre à la main, comme ça, parfois, je m'interroge, je sens en moi comme une,
j'ai envie de dire une lassitude, ce n'est pas le mot, mais,
que pourrais-je faire que je n'aie déjà fait,
je ne vais pas sauter en parachute ou,
vous comprenez, il me vient cette idée absurde que,
vous avez déjà ressenti cela, comme une,
je ne sais pas, c'est tellement mystérieux, tout ça, tellement délicat, j'ai parfois l'impression d'avoir atteint quelque chose,
oui, c'est ça, comme un plafond, un plafond de verre, quelque chose d'indépassable, pourtant je continue, pourtant,
ça continue, et pourquoi pas, il y a toujours des surprises, il faut les provoquer, aller au-devant, c'est ce que je fais, je m'expose, je me mets en danger, autrefois je n'y pensais pas,
autrefois, ce n'est pas si loin, bien sûr, mais j'ai commencé si tôt, en fin de compte, pas très longtemps après ma naissance, vous voyez, alors,
oui, vous avez sans doute raison, je ne suis pas bon juge, bien sûr, bien sûr, vous avez raison,
oui, j'entends bien,
oui, vous avez raison,
bien sûr,
bien sûr.
Des moments de doute, comme ça, comme aujourd'hui, comme ce soir, surtout la nuit, quand je me retrouve
seul
c'est tellement magique, la nuit,
tellement
fragile
j'allais dire
tragique, oui, tragique,
tellement
immense,
tellement
déchirant,
on a peur
de ne pas arriver au bout,
on y est tellement
tellement
balloté
dans l'immense
il y vient tellement
de
de sentiments terribles,
et en même temps,
par moments,
tellement de paix,
le jour, le matin,
rapetisse tout,
tout se rétracte,
tout redevient
limité,
mesuré,
étriqué,
je n'aime pas le matin, voyez-vous,
il déçoit,
alors je saute par-dessus,
ou plutôt par-dessous comme,
comme sous une vague,
pour traverser sans en être,
sans en être, comment dire, blessé,
je ne sais pas comment on vit quand il n'y a plus de jour pendant un temps si long, peut-être cela manque,
pourrions-nous vivre
dans un infini, un monde non bordé,
sans cadre aucun,
je ne sais pas,
le doute, la nuit, c'est terrifiant,
terrifiant.
Vous n'allez pas me laisser tout seul, vous n'allez pas,
non,
oui, je vais rentrer, oui, ne vous inquiétez pas,
juste,
non, je vais, vous ne savez pas où, un endroit encore ouvert pour, non, oui, bien sûr,
ne me laissez pas seul,
je comprends, oui,
une peur d'enfant, voyez-vous,
non, raisonnable, oui,
ne vous inquiétez pas, ce sera juste,
je rentre, oui, c'est promis, si vous saviez ce que,
quelques minutes encore, oui, merci, vous êtes un ami, un véritable ami, oui, je vous comprends, après je rentre, c'est promis, merci,
merci pour tout,
merci.
Afficher en entierChaque concert est un saut dans le vide les yeux fermés. C’est comme ça que je les aime, les concerts. Du hors-piste. Pas question de remettre ses pas dans des traces antérieures. Tout réinventer à chaque fois. Pour laisser advenir l‘instant magique. Celui qu’on n’attendait pas. Le concert est une recréation, une récréation sans fin. C’est une lutte contre l’ennui qui menace. Contre l’angoisse qui menace. Une quête, une expérience existentielle, quasi mystique. Après, quelque chose meurt, qui avait tendu le corps à se rompre. Quelque chose prend fin, qui n’aura plus jamais lieu. C’est alors une lente remontée vers la surface, on tâte ses membres comme après une chute qui les a, une fraction de seconde, endoloris. Tout est là. Tout est bien là. Le corps a résisté, il est vivant, il est entier. Il va falloir renouer avec le rituel de fin de concert : se lever, saluer, sortir, rentrer, saluer, sortir. Et prolonger la nuit jusqu’à l’aube pour garder l’ivresse.
Afficher en entierSamson faisait tout en grand, jouait dix soirs de suite, dilapidait son argent, usait ses forces, épuisait ses amis, surmenait les techniciens, terrifiait les producteurs de disques et les organisateurs de concerts. Il buvait pas mal. Fumer, n’en parlons pas. La vie est intense, tragique, drôle, dérisoire, il faut mordre dedans par tous les côtés à la fois, il faut tout vivre, ne rien rater, malmener sa vie de trop l’aimer. Il dit : j’ai horreur de la mesure. La mesure, c’est profondément anti-musical.
La vie est torrentielle. La vie est sans mesure. Qu’est-ce que c’est que cette histoire de raisonnable. Comme si la vie était raisonnable. Vous plaisantez.
Il ne sait pas ce que veut dire être fatigué. Il ne sait pas ce que veut dire se reposer. Il est toujours à son maximum. Il y a quelque chose d’effrayant dans cette énergie. Il ne veut pas perdre une miette de l’existence. Il lui faut tout essayer, tout connaître. La mort est sa compagne. Il vit avec le désespoir de la mort en lui. Il se damnerait pour quelques bravos. Rien ni personne n’a prise sur lui.
Que voulez-vous que je fasse de cette modération dont vous me rebattez les oreilles. Vous voulez ma mort, c’est ça ? M’enfermer dans un petit quotidien mesuré ? Dans une cage ? Peut-on aimer avec modération ? Jouer avec modération ? Vivre avec modération est le contraire de vivre. C’est donner les clefs à la mort pour qu’elle prenne le contrôle. Qu’elle étende sa grande toile noire. C’est accepter son emprise. Devenir son esclave. Vous trouvez que c’est vivre, ça, Claude ?
Afficher en entierUn avion se pose sur une piste de l’aéroport d’Orly. On arrime la passerelle. Deux femmes sortent, descendent, puis apparaît un homme, manteau sombre, lunettes de soleil et gants noirs, qui reste un moment immobile sur la plate-forme. Il cherche quelqu’un des yeux. Gros plan sur la main gantée qui pianote discrètement sur la rambarde. C’est lui. C’est Samson François. On le verra ensuite dans l’aérogare, suivi par un volumineux chariot à bagages. Il parle à la caméra de Claude Santelli pour la télévision. Sa voix est douce, affable, sa diction rapide et un peu précieuse. On a parfois du mal à saisir ce qu’il dit. Il ne sourit pas. Il a un petit rire saccadé derrière lequel il se cache comme un adolescent mal à l’aise.
En 1966, Samson François a quarante-deux ans. Il est au faîte d'une gloire devenue populaire. Il va sur les plateaux de télévision, il joue à deux pianos avec Darry Cowl, il est invité à l’Olympia par Bruno Coquatrix. Photographié dans Jours de France, diva du petit écran, il est le Johnny du piano romantique, il donne sans compter et le public l’adore. C’est comme ça qu’il l’aime, le public, Samson, divers, électrique.
Il arrive du Panama pour un récital le soir-même à Paris, au Théâtre des Champs-Elysées. Il part ensuite à Tunis. Puis Marseille, Montpellier, Bordeaux, Paris à nouveau. Suivront plusieurs concerts en Angleterre. Retour à Paris avant une tournée de deux mois au Japon. Il rentrera par la Corée, puis par la Chine, l’Afrique du Sud et l’Afrique portugaise.
On est pris de vertige.
Milliers de kilomètres à travers le monde, taxis, gares, trains, taxis, bateaux, taxis, aéroports, avions, taxis. Milliers de kilomètres à travers un monde qui bouge, lui aussi, un monde secoué de soubresauts en cette année 1966 : émeutes raciales aux Etats-Unis, naissance des Black Panthers, mort de cinq mille soldats américains au Vietnam, tremblement de terre à Tachkent qui jette dehors trois cent mille personnes, Révolution culturelle en Chine et diffusion du petit Livre rouge, premiers essais nucléaires français sur l’atoll de Mururoa.
Afficher en entierRose regardait attendrie et inquiète cet enfant prodigieux qu'elle ne voyait pas grandir. Leur relation fut de plus en plus tendue, l'orage éclatait pour un rien, le lit pas fait, le désordre dans la cuisine, et cette habitude de se lever très tard, jamais avant midi. Car la nuit, Samson ne dormait pas. Il lisait et il écrivait. Des poèmes, des nouvelles et des fragments inspirés par la nuit dans lesquels son esprit exalté jetait sur le papier ses doutes, ses angoisses, la face nocturne de son caractère. Il avait découvert la littérature, Baudelaire et Edgar Poe, les Surréalistes. Il était imprégné des poèmes du Gaspard de la nuit d'Aloysius Bertrand, où surgissent des démons, des elfes, des vagabonds, des brigands, sur fond de château hanté dans la nuit, dans un fantastique médiéval revisité par le Romantisme. Ce fut un nouveau sujet de disputes avec Rose, qui ne supportait pas que sa lumière reste allumée toute la nuit et qu'il ne se lève jamais avant midi.
Afficher en entierÀ sept ans, Samson donna donc son premier concert, sérieux comme un pape, engoncé dans sa chemise empesée boutonnée jusqu'au col, le dos droit, les mains souples. Il était arrivé sur scène en apnée, les jambes tremblantes. Passé ce moment terrible qui l'avait tétanisé, ses mains s'étaient affermies, il avait commencé dans un brouillard, il ne se souvenait plus de rien, mais ses doigts avaient retrouvé le chemin des notes, le parcours compliqué sur les touches. Il avait eu peur plusieurs fois dans l'exécution du morceau, avait raté quelques notes, n'en était pas mort. Il était revenu sur terre, il n'était pas très content de lui, mais on l'applaudissait, il tenait d'une main le bois du piano à hauteur du clavier, s'inclinait, se relevait, s'inclinait à nouveau, se redressait, on lui servait une boisson suave, son cœur tapait encore un peu fort, il était bien, des larmes lui montaient d'être si bien, d'avoir eu peur et d'être allé jusqu'au bout. Tous ces yeux brillants dans l'obscurité lui disaient qu'ils l'aimaient.
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