Les extraits ajoutés par Estero
Combien de fois, depuis sa dernière aventure amoureuse, avait-elle pensé à ne plus vouloir vivre ?Elle ne comptait plus.
Elle prenait de plus en plus conscience que sa place dans cet univers avait fait un bon petit bout de chemin, et que ses réflexions innocentes d’alors, n’étaient plus qu’un cri de désespoir face à l’adversité.
Elle avait brûlé les dix dernières années sans s’en rendre compte, dans ce monde qui ne s’arrêtait jamais de tourner.
Elle s’en sortait bien, malgré tout, lorsqu’elle regardait ce que la vie offrait à d’autres, mais elle s’en sortait seule.
Elle aurait voulu se sentir grandie, plus forte, plus aimante; il lui semblait qu’elle n’avait pas réussi.
Son constat n’était pas amer, elle se regardait en face, elle avait gagné en lucidité en osant se regarder dans le miroir de son passé récent, et même si elle ne comprenait pas tout, et même si elle refusait cette suite d’événements qui la chagrinaient, elle ne pouvait pas s’empêcher de trouver des moments heureux, impossibles à garder, qui fuyaient quand elle voulait les conserver; tous “ses petits riens” que chacun aurait pu appeler “ses petits bonheurs”.
Elle restait simple, attentive à tout son entourage, elle regardait comment s’agençait ce monde si subtil et se demandait encore et toujours, pourquoi elle était là, à se poser toutes ces questions existentielles.
Afficher en entierC’était un jour idéal, sans vent, le ciel se dégageait doucement des brumes d’humidité en légers voiles à peine gris, transparents, juste pour laisser passer les rayons du soleil levant.
Fernand avait conduit doucement sa vieille bagnole, il chantonnait tout au long du chemin et Adeline regardait défiler les reliefs sans réfléchir.
— Tu m’emmènes où Papa ?
— Sur les hauteurs au-dessus de Saint Antonin, tu sais là où j’aime m’asseoir quand le jour se lève.
— Très bien, je ne serais pas fatiguée !
— Je t’emmène au spectacle, ce sera mon premier cadeau pour tes dix huit années qui m’ont donné tant de joies. Le dernier jour de ton enfance et un sera un beau souvenir pour nous deux, et oui surprise !
— Oh mais tu n’as pas oublié petit Papa d’amour !!!
— Mais comment veux-tu que j’oublie celle qui fait
Afficher en entierIl avait une sagesse ancestrale chevillée au corps, les modes de vie d’aujourd’hui semblaient ne pas l’affecter, et j’aimais l’entendre parler de son univers. Il ne portait pas attention à son apparence. Il me disait alors que ses habits n’avaient aucune importance, ils le protégeaient du froid ou du chaud, et comme il ne sortait pas dans la belle société, il s’en fichait totalement qu’on le trouve élégant. C’est vrai que parfois il aurait pu mettre la bonne veste qui va avec le temps qu'il fait, mais avant tout il sortait pour se sentir vivre, et ses vêtements n’étaient pas faits pour être vus, il n’allait pas à la fête du village en bas. Chaud ou froid, rien ne l’atteignait, il était dans la nature comme on est chez soi, ou dans son jardin. Depuis plusieurs jours, il avait toujours cette redingote épaisse, tissée avec de la laine, une veste paysanne à cinq boutons ronds et usés, et comme il aimait dire il se sentait bien dedans, il y faisait chaud, et elle coupait efficacement le vent. Il venait de fermer le dernier bouton de son col, pour mieux se protéger du vent du nord qui se levait entre les collines. On sentait que le temps allait changer.
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