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Les extraits ajoutés par HelenRipley

Je me lève de mon fauteuil situé près de la fenêtre donnant sur le jardin et récupère le dossier de Cassandre que j’ai laissé dans mon bureau (oui parce que maintenant j’ai un joli bureau attenant à ma chambre). Je dois me changer les idées et quoi de mieux que de découvrir pourquoi Thomas veut que je m’occupe de cette jeune fille.

Je retourne m’asseoir et ouvre la pochette qui contient la photo de la petite. Un seul coup d’œil me suffit pour avoir le maximum de renseignements. J’ai toujours autant mal au crâne à cause de l’omniscience fugace et je dois serrer les dents quelques instants en attendant que ça passe.

Voilà. C’est bon.

Alors, comme m’a dit Thomas, Cassandre a quatorze ans et elle est plutôt douée en équitation. Elle a déjà participé à plusieurs compétitions et a réussi à se classer dans le top trois à de nombreuses reprises. Elle est sérieuse, persévérante, honnête, gentille et veut consacrer sa vie à l’art équestre. Seul point noir au tableau, le manque de fonds de la famille. Ses parents sont divorcés et les fins de mois sont quelques fois difficiles. Le papa rechigne à payer la pension alimentaire et sa mère doit batailler régulièrement pour qu’il respecte ses obligations parentales.

Je n’ai jamais aimé ce genre de situation. Quand on a des gosses on assume sinon on réfléchit avant de les faire, point barre !

J’en suis là de mes réflexions quand j’entends Joshua entrer dans la pièce.

— Tu es déjà plongée dans le dossier de ta future protégée ? Me demande-t-il avant de se pencher et de m'embrasser dans le cou (il sait que ça me fait fondre).

— Oui, je voulais me rencarder sur elle et comprendre pourquoi elle avait besoin de moi.

— Tu as une piste ?

— Je ne vois qu’un problème financier, ça ne devrait pas être difficile à résoudre, n’importe qui pourrait s’en charger. Je ne comprends pas pourquoi Thomas m’a demandé de m’en occuper personnellement.

— Il a ses raisons j’imagine. Me répond-il tout en me massant les trapèzes.

— Oui sûrement… Je murmure, savourant la douceur de ses mains.

Je ferme les yeux et pose ma tête contre son torse. Il dépose un baiser sur mes cheveux avant de faire descendre ses mains sur mes seins qu’il caresse doucement.

— Tu sais comment ça va finir…

— J’ai ma petite idée, oui.

Je me lève, contourne le fauteuil et embrasse doucement mon homme. Le souvenir de notre dernière nuit me frappe d’un coup et mon baiser devient plus intense à mesure que l’envie monte en moi. Il n’en faut pas plus à Joshua pour m’entraîner vers le lit…

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— Personne suivante !

La file de gens devant moi avance de quelques centimètres.

Je lève les yeux de la brochure qu’un homme vient de me donner (« En route pour une nouvelle vie ! » !?) et jette un œil autour de moi.

Tiens, c’est marrant, on dirait la gare de King’s Cross !

— Personne suivante !

Mazette, ça fuse ici ! Et hop, encore quelques pas de grappillés ! D’ailleurs, j’suis là pour quoi moi au fait ?

— J’ai entendu dire qu’il restait pas mal de places pour l’Asie, balance un gamin d’environ vingt piges dans la file à côté de moi.

— L’Asie ? Je réponds.

— Ouais, rétorque-t-il en mâchant un chewing-gum.

— Euh, excusez-moi, on peut choisir la destination que l’on veut ?

— Vous débarquez vous ! Bien sûr qu’on peut choisir où on veut aller ! Bon après, ça dépend quand même de ce que vous avez foutu avant, mais…

— Personne suivante !

— Comment ça, ça dépend ?

— Ben si vous êtes comme le vieux, là, celui de la file sur vot’ gauche, y’a plus de risques qu’il se retrouve en Corée du Nord qu’au Canada. Faut dire que la dernière fois qu’il est descendu il a foutu un sacré bordel !

— Personne suivante !

— Un sacré bordel ? Mais de quoi vous parlez, c’est qui c’monsieur ?

— Ouh là ! Au temps pour moi, vous débarquez vraiment en fait ! J’vais laisser la nana du guichet vous expliquer, j’veux pas être mêlé à ça, moi.

Et là, il me plante ! Sans un mot d’explication il change de file et me laisse en carafe.

Bon, je vois l’ambiance…

— Personne suivante !

Yes, c’est bientôt mon tour !

Je me mets sur la pointe des pieds et scrute la foule tout autour pour voir si je reconnais quelqu’un au milieu de tous ces visages anonymes.

La vache ! On se croirait un jour de soldes chez Macy’s ! On est en période de vacances scolaires ou quoi ? Tous ces gens ont décidé d’acheter leurs billets de train en même temps ? Y’a une promo dont je n’aurais pas entendu parler ? Impossible… J’suis la reine des ristournes, des ventes privées, des bons plans. Si y’avait eu des prix cassés j’l’aurais forcément su…

— Personne suivante !

Non parce que là, faut avouer que c’est bizarre… D’autant plus qu’aucun n’a l’air d’avoir de bagage…

— J’ai dit : Personne suivante !

Y’a un autre truc qui me chiffonne : qu’est-ce que je faisais avant d’arriver à King’s Cross ? Et puis d’ailleurs, qu’est-ce que je fais à King’s Cross ? C’est pas que je n’aime pas Londres mais je n’ai…

— Bon la rouquine, c’est quand vous voulez !

La dame derrière moi se racle la gorge tout en me donnant un léger coup dans le bas du dos. Je me retourne derechef.

— Pas la peine de pousser madame, y’aura des places pour tout le monde, au pire, vous prendrez le train suivant, lui dis-je gentiment mais fermement.

— Oh, je ne m’inquiète pas pour ça, répond-t-elle, par contre, si j’étais vous, je me dépêcherais.

— Me dépêcher de quoi ?

— Si ça ne vous embête pas trop, j’aimerais finir d’enregistrer tout ce petit monde avant le Jugement Dernier ! Alors soyez sympa et approchez-vous du comptoir s’il-vous-plaît !

Pas de doute, c’est à moi qu’on s’adresse. Je fais volte-face, confuse et gênée de voir des dizaines de regards posés sur moi. Certains zieutent leur montre ostensiblement en me faisant les gros yeux (c’est pas comme si j’avais six ans mais ça m’impressionne toujours) tandis que d’autres, comme la vieille dame là-bas, me regardent d’un air compatissant tout en m’encouragent d’un signe de la main.

Je m’approche donc de l’hôtesse et là, pouf, plus un bruit. C’est comme si un mur invisible s’était dressé entre nous et le reste de la foule. Pas un son ne filtre des autres guichets non plus. Je vois bien leurs lèvres remuer mais je n’entends rien de rien. Bizarre non ?

— Euh..., bonjour, je lance timidement.

— Oui c’est ça, bonjour. Bon, on a assez perdu de temps comme ça. Nom, prénom, région d’origine, profession.

— De quoi ?

— C’est facile : nom, prénom, région d’origine, profession.

— Ok… Euh… Je m’appelle Debbie Taylor et euh… en fait, je ne me souviens plus du reste, dis-je en sentant une boule d’angoisse se former dans ma gorge.

— Faites un petit effort m’dame, y’a du monde derrière vous.

— J’essaie…

— Bon, alors vous vous appelez Debbie Taylor… Vous avez apparemment dans les trente-cinq ans, origine caucasienne, vous avez un accent nord-américain, et vos fringues sont dans la tendance actuelle donc logiquement vous faisiez partie de la classe moyenne à riche.

— Comment ça, « faisiez » ?

— Et merde ! fulmine l’hôtesse en tapant du poing sur son bureau. C’est toujours sur moi que ça tombe ! Janice, viens prendre la relève s’teuplait ! beugle-t-elle à destination des autres bureaux qui sont derrière elle et que je n’avais pas encore remarqués. Désolée, me lance-t-elle ensuite, c’est pas contre vous mais je déteste m’occuper des nouveaux !

M’est avis qu’elle déteste tout simplement son job.

Là-dessus arrive la dénommée Janice, qui a l’air beaucoup plus cool que sa collègue, déjà, elle sourit, ça change.

— Bonjour et bienvenue, commence-t-elle en tapant quelques touches sur son clavier. Voilà votre dossier. Bon, rien de bien compliqué je vous rassure. C’est vrai que la première fois est toujours un peu difficile mais nous allons tout faire, vous et moi, pour que cela se passe le mieux possible.

— D’accord, je réponds, soulagée mais néanmoins perplexe.

— Alors, comme l’a indiqué ma consœur, vous arrivez d’Amérique du Nord. Laissez-moi juste le temps de vérifier un ou deux points et je pourrai éditer les formulaires.

Moins d’un quart de seconde plus tard une liasse de feuilles apparaît comme par magie sur le comptoir entre nous deux.

— Voilà ! Vous vous appelez Debbie Taylor, vous avez vingt-huit ans...

Et l’autre garce qui disait que j’en faisais trente-cinq ! Qu’elle aille se refaire ses racines, tiens !

— Vous avez apparemment une expérience en Communication. C’est bien ça, c’est un marché porteur.

— Vous plaisantez ? Le peu dont je me souvienne c’est que je galère pour trouver du boulot. Vous êtes une agence de placement à l’international c’est ça ?

— Si on veut oui, en un sens, mais…

— Ah ben alors ça tombe bien que vous me répondiez ça, parce que j’ai toujours voulu partir faire du bénévolat en Inde. Vous savez, là-bas, la pauvreté est à un point tel que ce sont des enfants qui…

— Oui, nous savons tout ça. Et non, nous ne pouvons pas vous envoyer un Inde pour le moment, peut-être une prochaine fois. Donc, je récapitule, femme blanche de moins de trente ans, nord-américaine, éduquée, classe moyenne à riche. Ok.

Elle attrape la pile de feuillets, me tend un stylo et m’indique les endroits à parapher et à signer.

Et là, j’ai comme un doute…

— Dites, c’est sympa tout ça, non, vraiment, mais pourquoi faut que j’signe cette paperasse ?

— Et bien ce sont les documents inhérents à votre nouvelle affectation.

— Ma nouvelle affecta… quoi ?

Janice me regarde, ferme les yeux tout en prenant une longue, très longue inspiration, puis les rouvre, expire et me fixe, avec un mélange d’énervement et de résignation dans le regard.

Oui, j’ai cet effet-là sur les gens…

— Excusez-moi, j’ai oublié de vous dire l’essentiel… Il est impératif que vous signiez ces documents afin que l’on puisse vous attribuer votre « nouveau » vous…

— Mon « nouveau » moi ? Qu’est-ce qui cloche avec l’ancien ?

— Faites-vous une raison mon p’tit, me répond-t-elle avec un sourire plein de tendresse. Vous êtes morte et nous venons de mettre à jour votre dossier. Il est temps de penser à la suite. Harold, au bureau 412 vous en dira plus dans un instant… Personne suivante !

Je suis quoi ???

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Extrait du Chapitre XVII "A une poignée de secondes près…"

Park Avenue South et 31st Street, 2ème sous-sol.

Jack n’avait pas prévu cela. Tout à sa proie, il n’avait été ni attentif ni aussi méticuleux qu’il n’aurait dû l’être, il n’avait pas anticipé l’imprévu… Alors qu’il finissait d’injecter le contenu de la seringue dans la veine jugulaire de sa victime, un homme situé à quelques pas de là sur sa droite l’interpella :

— Monsieur, je peux savoir ce que vous faîtes ?

Il laissa le corps de la femme s’affaisser en douceur sur l’asphalte, rangea d’un geste discret la seringue dans sa poche gauche et se retourna arborant un sourire innocent.

— Bonjour, ne vous inquiétez pas, tout va bien, ma femme fait juste un petit malaise.

— Je me mêle peut-être de ce qui ne me regarde pas mais je vous ai vu, et elle aussi ! ça m’étonnerait que ce soit votre femme vu sa réaction lorsque vous avez surgi juste derrière elle !

Voyant l’intrus sortir son téléphone portable d’une des poches intérieures de sa veste, Jack n’eut pas d’autre choix…

Il se rapprocha de l’homme tout en lui parlant, le distrayant alors qu’il le voyait composer le numéro à trois chiffres qui risquait de mettre fin à sa « carrière ».

— Ecoutez-moi monsieur, je vous assure, c’est ma femme, Carrie, je lui ai juste fait peur, voilà tout…

— Mais bien sûr, et le truc que vous avez fait à sa gorge, hein ? C’était aussi pour lui faire peur ?

— Qu’avez-vous vu exactement ?

Tout en lui parlant, Jack rajusta ses gants de cuir noirs et s’approcha jusqu’à n’être qu’à moins d’un mètre de sa cible. C’est à ce moment qu’il entendit une voix féminine sortir du téléphone.

— Police, j’écoute, quel est la nature de votre appel ?

L’homme essaya de reculer, mais Jack le saisit par le col.

— Aidez-moi ! Cria l’homme qui venait de comprendre qu’il aurait mieux fait de ne pas intervenir.

Le téléphone tomba à terre et la voix demanda :

— Où êtes-vous monsieur ? Monsieur ? Monsieur, vous m’entendez ? Dites-moi où vous êtes !

D’un coup de talon Jack écrasa le portable.

***

La préposée au standard du 911 entendit un énorme craquement suivit d’un signal strident puis plus rien… Son interlocuteur n’était pas resté en ligne assez longtemps pour permettre sa localisation, de plus, il s’agissait d’un téléphone mobile. Tout ce que son ordinateur lui indiquait était le numéro du portable ainsi qu’une zone couvrant plusieurs rues dans le secteur de Park Avenue South…. Elle avait trop peu d’éléments pour avertir qui que ce soit… cependant elle en informa immédiatement son supérieur et lui fit écouter l’enregistrement de l’appel.

***

Jack le regarda froidement dans les yeux.

— Vous aviez raison mon brave monsieur, vous n’auriez pas dû vous mêlez de ce qui ne vous regardait pas…

Il ferma sa main et lui assena un coup de poing dans la pomme d’Adam. L’homme s’écroula, sa respiration était difficile, il essaya de tousser et de parler mais son larynx ayant été broyé, il n’avait aucune chance d’y arriver.

En dépit de la douleur il essaya de garder les yeux ouverts. Il vit son agresseur le contourner et sentit son corps glisser sur le revêtement du parking. La peur le tétanisa lorsqu’il réalisa ce qui allait se passer, sa vessie se vida malgré lui, et l’urine chaude coula doucement, laissant une trace bien visible sur le devant de son pantalon.

Une fois caché entre deux voitures, Jack fit ce qu’il avait à faire. Cela ne le retarderait que de cinq minutes environ sur son planning, rien de bien grave en somme.

Il se redressa et fracassa le crâne du pauvre homme à coups de pieds, s’acharnant sur lui avec vigueur. Il entendit les os craquer plusieurs fois… Le corps gisant sur le sol ne bougeait et ne respirait plus. Pour faire bonne mesure, il continua tout de même à taper encore deux ou trois fois puis, sentant la sueur couler dans ses yeux, il l’essuya d’un mouvement sec à l’aide de la manche de sa veste. Le crâne de l’homme était un vrai puzzle à présent, et si Jack l’avait voulu, il aurait pu voir la matière cérébrale de sa victime au milieu des fragments d’os. Mais il n’en avait cure… Il enjamba le cadavre, et rejoignit l’objet de sa convoitise.

***

Deux étages au-dessus un agent de sécurité crut qu’il avait des hallucinations. Les écrans de contrôle qui diffusaient les images des différentes parties des sous-sols ainsi que du hall de l’immeuble et des cages d’escaliers venaient de lui offrir un spectacle qu’il aurait préféré ne jamais avoir vu.

L’agent en question, Mr. Jeffrey Anders, âgé de près de soixante ans, avait les cheveux blancs, son visage noir était flétri par une vie difficile associée à une consommation abusive d’alcool et ses yeux étaient comme recouvert d’un voile fin, signe d’une légère cataracte. Enfin, c’est ce que son médecin lui avait dit, mais il n’avait pas les moyens de payer l’opération, les mutuelles étant également trop chères pour lui.

Sous le choc des images qu’il venait de voir, Jeffrey appela aussitôt son collègue via la radio portative qu’il avait toujours à portée de main.

— Je crois qu’on a un gros problème ! Hurla-t-il dans sa radio.

— Eh mec, pourquoi tu cries comme ça, j’suis pas sourd ! Lui répondit une voix nasillarde.

— Marcus ?

— Ouais, c’est quoi le problème ?

— Je viens de voir un mec attaquer quelqu’un, je crois qu’il l’a buté !

— Tu crois ou t’en es sûr Jef’ la picole ?

— J’en suis sûr ! Je viens de le voir sur l’écran du deuxième sous-sol. Attends, le type bouge… Tu es où toi ?

— Je suis au premier étage, répondit-il (Marcus était de la même génération que Jeffrey et tous deux étaient proches de la retraite). Une alarme incendie s’est déclenchée dans les escaliers, c’est encore un gars qui était en train de griller une clope !

— Le mec, on dirait qu’il porte quelqu’un… ouais, c’est bien ça ! Il balance le corps dans le coffre d’une bagnole !

— Putain, je descends tout de suite ! répondit Marcus, tout en dévalant les escaliers aussi vite que le lui permettaient ses genoux aux ménisques usés. Dans sa précipitation, il ne pensa même pas à prendre l’ascenseur…

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prologue

New York, 5ème avenue, matin du 29 août 2008.

Voilà, elle y était.

La façade était imposante et masquait le soleil. La circulation était intense en cette heure de la matinée et la chaleur commençait à grimper, Emma sentait déjà son chemisier coller dans son dos, sous sa veste de tailleur et il n’était que 8h40 du matin.

- Quelle idée d’avoir mis une veste par une chaleur pareille…, maugréa-t-elle, mais ce n’était pas tous les jours que l’on pouvait rencontrer le directeur en chef de la direction artistique du New York Times, Mr. Carl Walson.

Mr. Walson, homme autant respecté que craint, avait la cinquantaine et occupait ce poste depuis une quinzaine d’années environ. Il était réputé pour être difficile à convaincre et n’aimait pas donner leur chance aux jeunes talents. Voilà qui avait de quoi calmer les ambitions des centaines de dessinateurs fraîchement sortis de l’University of Art de la Grosse Pomme, ou de tout autre établissement d’Arts graphiques, chaque année.

Ces derniers, en attendant de décrocher le poste de leur rêve, devaient se contenter de petits boulots, passant de serveurs à illustrateurs pour des fanzines ou trainant leur book à différents entretiens, infructueux pour la majorité d’entre eux…

Mais Emma voulait tenter le coup. Cela faisait maintenant plusieurs semaines qu’elle était sortie de la fac et après quinze jours de vacances passées auprès des siens où elle avait rassemblé et trier ses meilleurs croquis, elle avait bien l’intention de se faire connaître… ou du moins, reconnaître, par ses pairs.

C’est pourquoi elle se tenait là, devant ce bâtiment imposant sur la 5ème avenue. Elle leva la tête et son regard s’attarda sur le nom du building… « The New York Times »… Son cœur se gonfla de bonheur d’un coup, ses yeux s’embuèrent, ces quatre mots représentaient l’aboutissement de tant d’années d’études, de centaines de dessins, d’un nombre incalculable d’heures passées à croquer, dessiner, gommer, s’énerver lorsqu’elle n’arrivait pas au résultat souhaité… et de joie, enfin, lorsqu’elle avait obtenu son diplôme à la fin de son cursus universitaire (dixième de sa promo, ce n’était pas rien) et elle avait l’intention de batailler dur pour que tout ce travail soit enfin récompensé.

La cacophonie ambiante de la rue la tira de ses rêveries, les taxis klaxonnaient, les automobilistes s’invectivaient, les piétons slalomaient entre les véhicules bloqués et sur le trottoir cela n’était pas mieux, les passants croisaient Emma, la frôlaient, la bousculaient pour certains, pressés de rejoindre leur bureau, leur rendez-vous professionnel ou autre, mais elle n’en avait cure, son rêve était peut être en train de se réaliser…

Il lui restait une vingtaine de minutes avant son entretien (elle détestait être en retard et avait tendance à arriver quinze à trente minutes avant tout rendez-vous), elle avisa un vendeur de bagels et se dirigea vers son stand. Ce dernier n’avait rien d’exceptionnel. Surmonté d’un grand parasol de couleur bleu, il était composé sur sa gauche d’un présentoir où l’on apercevait derrière une petite vitrine, tout un assortiment de bagels aux parfums variés, quelques bretzels, différentes boissons ayant toute un taux plus ou moins élevé en caféine et en sucre ainsi que quelques rares bouteilles d’eau minérale, un distributeur de serviettes, de pailles, de vrai ou de faux sucre, ainsi que de bâtonnets en bois en guise de cuillère. Sur la droite du stand se trouvaient les bacs à friture où le vendeur plongeait régulièrement la pâte à frire et vérifiait rapidement la cuisson entre deux clients. Ce dernier, âgé d’environ 45 ans, avait revêtu comme chaque jour, son uniforme composé d’un grand tablier où l’on pouvait lire imprimé en rouge sur fond blanc : « Les meilleurs bagels de NY City vous attendent ici ! » et d’un calot bleu posé de guingois sur le sommet de son crâne qu’il avait chauve.

La file d’attente faisant une dizaine de mètres (heure de pointe oblige), Emma prit son mal en patience et vérifia pour la énième fois qu’elle avait son book ainsi que ses lettres de références (que ses différents professeurs de l’université lui avaient écrites ainsi qu’un certains nombre d’amis influents de ses parents) et elle espérait que cela ferait suffisamment bonne impression auprès d’une maison d’édition ou de presse pour décrocher son premier emploi et ainsi lancer sa carrière.

Elle avait bien pensé rejoindre une agence de publicités, certaines l’avaient d’ailleurs contactée à ce sujet, mais la perspective de faire des maquettes publicitaires pendant trente ans la décourageait d’avance. Emma voulait croquer la vie réelle pas la société de consommation, elle voulait représenter les gens dans leur vie de tous les jours (ou pour être plus exacte, dans leurs mauvais jours) et c’est pourquoi elle avait envisagé de devenir dessinatrice spécialisée en matière judiciaire.

Plusieurs clients ayant été servis, la file d’attente avança de deux ou trois mètres, Emma suivit le mouvement, plus par réflexe que consciemment.

Comme elle l’avait expliqué à ses parents lors de ses vacances chez eux, elle voulait croquer les audiences pénales et travailler dans un journal pour illustrer les articles des journalistes des différents quotidiens.

C’est pourquoi, au cours de ses études, elle avait assisté à plusieurs audiences afin de s’imprégner de l’ambiance et des lieux, d’étudier les différents angles de lumière suivant l’heure de la journée et avait fait plusieurs esquisses qui, elle devait le reconnaître, étaient plus que correctes.

- Mam’zelle ?

Les affaires qu’elle avait vues au tribunal lui revenaient en mémoire, il y avait cet homme, d’une vingtaine d’années environ…

- Mam’zelle, si vous commandez pas, vous sortez de la file, c’est pas plus compliqué qu’ça ! fit le vendeur de bagels.

Emma leva les yeux et sortie de ses rêveries assez brusquement. Elle releva la tête, la bouche ouverte et les yeux dans le vague… « Côté sexy, je peux repasser », réalisa-t-elle soudainement. Elle reprit aussitôt contenance.

- Excusez-moi, euh… oui, bonjour, je voudrais un bagel fourré fraise et un grand café noir s’il vous plaît, répondit-elle.

- Une fraise et un grand noir pour la d’moiselle, ça fera sept dollars cinquante ma p’tite… serviette ?

- Je vous demande pardon ? répondit-elle surprise.

- Sept dollars et cinquante cents Mam’zelle… et vous voulez une serviette pour pas tâcher vot’ tailleur ?

- Euh oui, pardon. Elle sorti un billet de dix, prit sa monnaie, sa commande, deux sachets de sucre roux en poudre et sortie de la file.

Il en fallu de peu pour qu’elle n’heurte un homme d’une quarantaine d’années, tellement pressé qu’il ne regardait pas où il allait (typiquement le genre de personne qui vous rentrait dedans et qui après vous demandait de vous excuser).

- Vous pourriez pas faire attention non ! C’est un monde ça ! Eructa-t-il, la bouche tordue et le visage congestionné par la colère, tout en effectuant un pas de côté pour éviter d’être éclaboussé par le café brulant.

- Excusez-moi mais vous ne regardiez pas devant vous non plus ! répliqua-t-elle piquée au vif.

- C’est ça, ça va être de ma faute en plus ! J’ai un rendez-vous extrêmement urgent et je n’ai pas le temps d’écouter les balivernes d’une bonne femme !

Et, sur ce, il tourna les talons et s’éloigna, disparaissant rapidement au milieu de la cohue matinale.

- Passez une bonne journée vous aussi ! cria-t-elle à son dos.

Les quelques personnes qui avaient été témoins de la scène sourirent de la réaction d’Emma, d’autres déploraient le manque d’éducation de certains messieurs.

Elle sourit, respira un grand coup et murmura « aaah… New York… ! », puis elle alla s’assoir sur un banc qui faisait face à la porte du building.

Elle croqua avec gourmandise dans son bagel tout en vérifiant sa montre d’un œil. 8h50, plus que dix minutes et elle serait fixée.

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Il y a plus de trente ans, j'ai commencé à tendre l'oreille vers les douleurs les plus intimes de l'âme humaine et à m'en rapprocher. La connaissance que j'en ai retirée, j'ai tenté de la transmettre aussi bien à l'intérieur de la salle d'audience qu'en dehors de ses murs. Dans des plaidoiries, mais aussi dans des débats, des interviews et des conférences, j'ai tenté d'apporter un regard plus pointu sur les motivations obscures de nos frères criminels. J'ai alors été confronté à des résistances tenaces.

Les gens s'adonnent si facilement aux préjugés. Il n'est pas simple de prendre de la distance par rapport aux innombrables clichés. Ce sont des proies faciles, mais hélais, elles sont bien fades. Elles offrent bel et bien un point d'appui, mais elles ferment en même temps la porte qui pourrait mener à une prise de conscience plus profonde et à une meilleure compréhension.

La porte d'accès à cet univers fut, pour moi, la carrière d'avocat. Cette brillante profession m'a offert le privilège de progresser à côté des auteurs et victimes de meurtres en entretenant avec eux un dialogue direct. Cette expérience est si enrichissante que j'ai voulu la partager avec d'autres. En partie par gratitude envers ce qu'il m'a été donné de recevoir, mais aussi pour éviter que ce bagage précieux ne se perde : j'ai décidé de coucher tout cela sur le papier.

En plus du privilège d'être avocat pénaliste, j'ai aussi pu vivre une seconde aventure professionnelle. Durant mes études, je n'ai pas seulement eu la chance de pouvoir étudier le droit, mais aussi celle d'apprendre la criminologie. Cette formation est évidemment un point de départ brillant et prometteur pour un avocat pénaliste. C'est une science très vaste et très ouverte. C'est une science qui contient diverses disciplines.

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Chroniques d'une croqueuse, prologue

New York, 5ème avenue, matin du 29 août 2008.

Voilà, elle y était.

La façade était imposante et masquait le soleil. La circulation était intense en cette heure de la matinée et la chaleur commençait à grimper, Emma sentait déjà son chemisier coller dans son dos, sous sa veste de tailleur et il n’était que 8h40 du matin.

- Quelle idée d’avoir mis une veste par une chaleur pareille…, maugréa-t-elle, mais ce n’était pas tous les jours que l’on pouvait rencontrer le directeur en chef de la direction artistique du New York Times, Mr. Carl Walson.

Mr. Walson, homme autant respecté que craint, avait la cinquantaine et occupait ce poste depuis une quinzaine d’années environ. Il était réputé pour être difficile à convaincre et n’aimait pas donner leur chance aux jeunes talents. Voilà qui avait de quoi calmer les ambitions des centaines de dessinateurs fraîchement sortis de l’University of Art de la Grosse Pomme, ou de tout autre établissement d’Arts graphiques, chaque année.

Ces derniers, en attendant de décrocher le poste de leur rêve, devaient se contenter de petits boulots, passant de serveurs à illustrateurs pour des fanzines ou trainant leur book à différents entretiens, infructueux pour la majorité d’entre eux…

Mais Emma voulait tenter le coup. Cela faisait maintenant plusieurs semaines qu’elle était sortie de la fac et après quinze jours de vacances passées auprès des siens où elle avait rassemblé et trier ses meilleurs croquis, elle avait bien l’intention de se faire connaître… ou du moins, reconnaître, par ses pairs.

C’est pourquoi elle se tenait là, devant ce bâtiment imposant sur la 5ème avenue. Elle leva la tête et son regard s’attarda sur le nom du building… « The New York Times »… Son cœur se gonfla de bonheur d’un coup, ses yeux s’embuèrent, ces quatre mots représentaient l’aboutissement de tant d’années d’études, de centaines de dessins, d’un nombre incalculable d’heures passées à croquer, dessiner, gommer, s’énerver lorsqu’elle n’arrivait pas au résultat souhaité… et de joie, enfin, lorsqu’elle avait obtenu son diplôme à la fin de son cursus universitaire (dixième de sa promo, ce n’était pas rien) et elle avait l’intention de batailler dur pour que tout ce travail soit enfin récompensé.

La cacophonie ambiante de la rue la tira de ses rêveries, les taxis klaxonnaient, les automobilistes s’invectivaient, les piétons slalomaient entre les véhicules bloqués et sur le trottoir cela n’était pas mieux, les passants croisaient Emma, la frôlaient, la bousculaient pour certains, pressés de rejoindre leur bureau, leur rendez-vous professionnel ou autre, mais elle n’en avait cure, son rêve était peut être en train de se réaliser…

Il lui restait une vingtaine de minutes avant son entretien (elle détestait être en retard et avait tendance à arriver quinze à trente minutes avant tout rendez-vous), elle avisa un vendeur de bagels et se dirigea vers son stand. Ce dernier n’avait rien d’exceptionnel. Surmonté d’un grand parasol de couleur bleu, il était composé sur sa gauche d’un présentoir où l’on apercevait derrière une petite vitrine, tout un assortiment de bagels aux parfums variés, quelques bretzels, différentes boissons ayant toute un taux plus ou moins élevé en caféine et en sucre ainsi que quelques rares bouteilles d’eau minérale, un distributeur de serviettes, de pailles, de vrai ou de faux sucre, ainsi que de bâtonnets en bois en guise de cuillère. Sur la droite du stand se trouvaient les bacs à friture où le vendeur plongeait régulièrement la pâte à frire et vérifiait rapidement la cuisson entre deux clients. Ce dernier, âgé d’environ 45 ans, avait revêtu comme chaque jour, son uniforme composé d’un grand tablier où l’on pouvait lire imprimé en rouge sur fond blanc : « Les meilleurs bagels de NY City vous attendent ici ! » et d’un calot bleu posé de guingois sur le sommet de son crâne qu’il avait chauve.

La file d’attente faisant une dizaine de mètres (heure de pointe oblige), Emma prit son mal en patience et vérifia pour la énième fois qu’elle avait son book ainsi que ses lettres de références (que ses différents professeurs de l’université lui avaient écrites ainsi qu’un certains nombre d’amis influents de ses parents) et elle espérait que cela ferait suffisamment bonne impression auprès d’une maison d’édition ou de presse pour décrocher son premier emploi et ainsi lancer sa carrière.

Elle avait bien pensé rejoindre une agence de publicités, certaines l’avaient d’ailleurs contactée à ce sujet, mais la perspective de faire des maquettes publicitaires pendant trente ans la décourageait d’avance. Emma voulait croquer la vie réelle pas la société de consommation, elle voulait représenter les gens dans leur vie de tous les jours (ou pour être plus exacte, dans leurs mauvais jours) et c’est pourquoi elle avait envisagé de devenir dessinatrice spécialisée en matière judiciaire.

Plusieurs clients ayant été servis, la file d’attente avança de deux ou trois mètres, Emma suivit le mouvement, plus par réflexe que consciemment.

Comme elle l’avait expliqué à ses parents lors de ses vacances chez eux, elle voulait croquer les audiences pénales et travailler dans un journal pour illustrer les articles des journalistes des différents quotidiens.

C’est pourquoi, au cours de ses études, elle avait assisté à plusieurs audiences afin de s’imprégner de l’ambiance et des lieux, d’étudier les différents angles de lumière suivant l’heure de la journée et avait fait plusieurs esquisses qui, elle devait le reconnaître, étaient plus que correctes.

- Mam’zelle ?

Les affaires qu’elle avait vues au tribunal lui revenaient en mémoire, il y avait cet homme, d’une vingtaine d’années environ…

- Mam’zelle, si vous commandez pas, vous sortez de la file, c’est pas plus compliqué qu’ça ! fit le vendeur de bagels.

Emma leva les yeux et sortie de ses rêveries assez brusquement. Elle releva la tête, la bouche ouverte et les yeux dans le vague… « Côté sexy, je peux repasser », réalisa-t-elle soudainement. Elle reprit aussitôt contenance.

- Excusez-moi, euh… oui, bonjour, je voudrais un bagel fourré fraise et un grand café noir s’il vous plaît, répondit-elle.

- Une fraise et un grand noir pour la d’moiselle, ça fera sept dollars cinquante ma p’tite… serviette ?

- Je vous demande pardon ? répondit-elle surprise.

- Sept dollars et cinquante cents Mam’zelle… et vous voulez une serviette pour pas tâcher vot’ tailleur ?

- Euh oui, pardon. Elle sorti un billet de dix, prit sa monnaie, sa commande, deux sachets de sucre roux en poudre et sortie de la file.

Il en fallu de peu pour qu’elle n’heurte un homme d’une quarantaine d’années, tellement pressé qu’il ne regardait pas où il allait (typiquement le genre de personne qui vous rentrait dedans et qui après vous demandait de vous excuser).

- Vous pourriez pas faire attention non ! C’est un monde ça ! Eructa-t-il, la bouche tordue et le visage congestionné par la colère, tout en effectuant un pas de côté pour éviter d’être éclaboussé par le café brulant.

- Excusez-moi mais vous ne regardiez pas devant vous non plus ! répliqua-t-elle piquée au vif.

- C’est ça, ça va être de ma faute en plus ! J’ai un rendez-vous extrêmement urgent et je n’ai pas le temps d’écouter les balivernes d’une bonne femme !

Et, sur ce, il tourna les talons et s’éloigna, disparaissant rapidement au milieu de la cohue matinale.

- Passez une bonne journée vous aussi ! cria-t-elle à son dos.

Les quelques personnes qui avaient été témoins de la scène sourirent de la réaction d’Emma, d’autres déploraient le manque d’éducation de certains messieurs.

Elle sourit, respira un grand coup et murmura « aaah… New York… ! », puis elle alla s’assoir sur un banc qui faisait face à la porte du building.

Elle croqua avec gourmandise dans son bagel tout en vérifiant sa montre d’un œil. 8h50, plus que dix minutes et elle serait fixée.

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