Les extraits ajoutés par MaggieCapelan
Sophia regarda autour d’elle et respira un grand coup pour calmer les battements désordonnés de son cœur. Personne. La mer était relativement calme et il faisait un temps magnifique. Idéal pour ce qu’elle s’apprêtait à faire…
— C’est parti pour le Plan B, dit-elle à voix haute.
Elle calcula qu’elle était environ à un kilomètre du rivage le plus proche. Au loin, comme pour lui faire un clin d’œil, Santa Monica, sa plage immense, sa grande roue, et sa promenade brillaient, tels des joyaux précieux. C’était l’heure ! Il fallait y aller. Elle allait y arriver. C’était sa seule chance !
Elle ferma les yeux quelques secondes, adressant une prière muette, et, déterminée, s’assit sur son paddle en pleine mer. Puis, elle sortit sa combinaison de rechange de son grand sac étanche. Elle enleva sa perruque rousse, puis, retira la combinaison qu’elle portait et la découpa avec son couteau suisse. Pour parfaire l’illusion d’une attaque, elle tira dessus et la déchira. Ensuite, elle sortit son second sac étanche, plus petit que le premier et y rajouta sa perruque. Il contenait déjà une tenue de ville de rechange, sa tapcard, son portefeuille et un pass magnétique de l’hôtel. Elle prit soin de laisser ses papiers d’identité, au nom de Sophia Flamand, avec sa carte bleue avec laquelle elle avait réservé le paddle, une heure et demie plus tôt, dans le grand sac étanche, avec sa seconde tapcard et la clé magnétique de sa chambre. Puis, elle enfila sa deuxième combinaison, mit ses palmes, son masque et son tuba et ouvrit une petite boîte remplie de sang, qu’elle avait au préalable emportée avec elle. Elle en badigeonna sa combinaison déchirée et versa le reste dans le grand sac et sur le paddle. Enfin prête, elle se mit à l’eau et jeta la combinaison et le sac à la mer. Elle devait faire vite ! À partir de maintenant, elle était en danger. Elle fonça vers le rivage en priant pour que les requins soient assez loin pour qu’elle ait le temps de l’atteindre.
Afficher en entier— Il sera capable de le supporter. Aie confiance. Il t’est destiné. Et tu lui es destinée. Il a besoin de toi. Ouvre-lui ton cœur. C’est la seule façon pour vous d’être heureux. C’est aussi la seule façon, pour que naisse la prochaine génération de gardiennes et de gardiens. Des temps nouveaux arrivent. A mesure que les hommes détruisent la nature, il naît de plus en plus de gardiens et de gardiennes, partout dans le monde, pour la protéger. C’est le principe de l’équilibre. Le principe fondamental de la nature. Celui qui régit toute vie. Et nous aurons besoin de tous, si les humains veulent survivre. Chacun, chacune va découvrir qu'ils ne sont pas là par hasard. Chacun à une place dans ce monde. Parfois très loin de leur lieu de naissance, comme toi.
Emera ouvrit la bouche choquée.
— Je ne peux avoir d’enfants. Pas avec mon passé.
La vieille awà alë sourit de nouveau.
— Oublie tout ce que tu sais. C’est la nature qui choisit de donner des enfants aux femmes. Bien sûr, l’acte d’amour et de procréation est indispensable à la naissance de toute vie. Mais, certaines femmes ne sont pas faites pour enfanter. La nature leur réserve d’autres missions. C’est cruel, je sais. Mais la nature se doit parfois d’être cruelle pour survivre. Celles qui le comprennent s’élèvent et ont une vie épanouie. Celles qui la combattent se détruisent et détruisent tout sur leur passage. Ta mission est de guérir mais aussi de porter les enfants de Tomas. Elle leva quatre doigts. Tu es une mère. C’est le message que t’a transmis la jeune jaguar. Et c’est ce qu’elle a reconnu en toi. Sache que c’est votre fille, à Tomas et toi, qui me succèdera.
— Et rappelle-toi, l’échange de savoirs est un acte de soins pour la communauté, pour la forêt, pour le lien entre les générations. Lorsque tu guéris un animal, tu guéris aussi la nature et la terre où il ou elle va choisir d’installer son territoire.
Afficher en entierLa nuit était tombée sur Playa Chiquita et une pluie fine battait les vitres de la clinique du GC. A l’intérieur, Tomas et Emera étaient au chevet de la jeune jaguar, qu’ils avaient opérée le matin même. Son état avait commencé à se détériorer en milieu d’après-midi et Tomas avait rappelé Emera pour l’assister.
— Son état m’inquiète, Tomas, elle s’agite et elle ouvre la gueule comme si elle voulait crier. Elle a très mal, je pense, et sa température augmente d’heures en heures.
— Nous ne pouvons pas augmenter la dose d’analgésique, Emera. Je suis au maximum. Nous ne pouvons pas faire plus. Juste prier pour que son organisme tienne le coup. Nous savions que c’était une intervention risquée.
— Non ! Nous n’allons pas baisser les bras maintenant et la laisser mourir. Prie, si tu veux ! Et, laisse-moi faire. Je vais tenter un soin énergétique.
— Tu es folle ! Elle est quasi réveillée. Si elle a un mouvement brusque de peur ou de douleur, elle va te blesser.
— Je prends le risque. Je ne la laisserais pas mourir. Si l’on ne fait rien, c’est ce qui va arriver, elle est de plus en plus faible. Ôte-toi de là ! Nous devons faire vite.
Tomas Arias ouvrit la bouche pour protester mais Emera le repoussa de côté, sans ménagement. Elle se mit à parler à la jeune jaguar qui entrouvrit les yeux au son de sa voix. Ses yeux jaunes, fiévreux et pleins de douleurs, accrochèrent un bref instant le regard de la jeune femme, avant de se refermer.
— Ecoute ma voix, elle hésita comme si elle réfléchissait, puis reprit, Diköl. Tu es l’eau, tu es la vie, tu es la joie, tu es la lumière. Tu dois guérir pour retourner vivre libre dans la jungle. Ton territoire t’attend ; la forêt aussi, pour que tu veilles sur elle. Permets-moi de te transmettre mon énergie pour te guérir. Laisse-moi poser mes mains sur toi pour faire tomber ta fièvre et apaiser ta douleur.
La jeune jaguar rouvrit les yeux et plongea son regard fauve et fiévreux, dans celui de la jeune vétérinaire. Emera soutint son regard et, comme par magie, Tomas la vit incliner la tête comme en signe d’acquiescement, puis refermer les yeux. Emera inclina la tête également pour la remercier de sa confiance et imposa ses mains sur son corps, à l'endroit de ses blessures. Presque immédiatement, la jeune jaguar se détendit. Emera ferma les yeux et fit passer son énergie, l’énergie de la terre et de l’eau dans ses mains. Elle visualisa les nœuds de douleur, les dénoua mentalement et y insuffla lentement de l’apaisement et la guérison. Quand elle sentit que les nœuds étaient apaisés, elle posa ses mains au-dessus de sa tête, visualisa la fièvre et l’infection et imagina une source d’eau pure et fraîche qui se répandait en pluie fine et rafraîchissante sur la tête de sa petite protégée. Elle se projeta dans la forêt tropicale et avança avec elle vers une immense cascade d’eau pure. Elles y entrèrent ensemble et s’immergèrent plusieurs fois dans l’eau fraîche et revigorante. A chaque plongeon, Diköl entrouvrait les yeux et ouvrait la gueule, quelques instants, comme pour goûter les bienfaits de l’eau. Elles s’immergèrent à nouveau ensemble dans le bassin de la cascade, pour ne faire plus qu’un avec l’eau régénératrice. Puis, elles jaillirent d’un même mouvement de la cascade, ruisselantes d’eau. Diköl étira ses longs membres souples, fit bouger son épaule blessée et sa patte désormais guérie et plongea de nouveau son regard d’or dans les yeux d’Emera. Puis, elle se ramassa sur elle-même, bondit, et disparut en un instant dans la forêt, de nouveau libre et sauvage.
Tomas la regardait faire, sans un mot, émerveillé et bouche bée. Depuis le début du soin, le silence dans la salle d'opération s’était fait plus léger. L’énergie dans la pièce changeait peu à peu de couleur. De lourde et sombre, elle se transforma en une lueur dorée, fraîche et apaisante. Emera maintint son soin pendant de très longues minutes. Peu à peu, la jeune jaguar se détendit et son masque de douleur commença à disparaître. D’abord sa tête, puis son épaule, puis son corps, et pour finir sa patte blessée. Tout son corps s’affaissa en se détendant.
Afficher en entierUn frisson la traverse et elle voit comme un voile noir tomber devant ses yeux. Elle sent le danger. Son odeur glaciale. Elle est face à face avec lui. Et une certitude s'impose alors à son esprit d'adolescente d'à peine quinze ans. Pas une panique violente. Non. Une lucidité glacée. Elle est perdue.
Pourtant, elle ne crie toujours pas. Elle a déjà compris que ce n’est pas un endroit où l’on crie. Surtout pas. Cet endroit se nourrit de la peur, et de la terreur des autres pense-t-elle. Si elle crie, ils viendront et lui feront du mal. Alors, elle s’assoit lentement sur le bord du lit. Ses mains tremblent, et elle les cache dans son dos pour qu’on ne les voie pas. Mais qui pourrait les voir ? Il n'y a personne autour d'elle. Elle sait que dans cette chambre, dans ce lieu inconnu, il n'y a plus personne pour elle. Elle ne pleure pas. Pas encore.
Afficher en entierLorsque tu guéris un animal, tu guéris aussi la terre où il va choisir d'installer son territoire.
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