Les extraits ajoutés par fleur31
Allah nous a offert la paix. Je suis joyeux. Mais la panique s'insinue ensuite, telle une douche froide sur mon cœur. N'est-ce pas plutôt ça qui nous sépare ? Allah. Le dieu chrétien. La guerre, les déportations - elles sont nées de ce clivage.
Afficher en entier- Je ne suis qu'une petite pièce dans un grand puzzle, dis-je calmement. On m'a chargé de faire un travail. Je ne l'ai pas réclamé, mais je n'ai pas non plus remis en cause sa logique. Refuser aurait équivalu à signer mon arrêt de mort. Moi aussi, je me suis interrogé. Mais c'est la guerre. Ton peuple s'est allié avec l'ennemi. À cet instant même, sur les fronts du Nord et de l'ouest, des soldats turcs se battent et meurent pour préserver notre pays. Que voudrais-tu qu'on fasse ? Les Arméniens ne peuvent pas tout avoir. Peut-être que cela vaut mieux que nos peuples se séparent. Peut-être qu'on n'a jamais été faits pour vivre ensemble.
- Les Arméniens de ma ville ne se sont jamais alliés à personne, réplique-t-elle doucement, sans émotion. Nous ne connaissons aucun Russe. Nous ne représentons un danger ni pour toi ni pour aucun autre Turc. Et pourtant on nous traite comme des chiens, voire pire encore. Avant notre départ de Harput, j'ai vu une foule brûler une vieillarde. Les gens riaient et applaudissaient. Les femmes, les hommes, les enfants - tout le monde. Même nos voisins. Commettre des meurtres, voilà ce que vous avez fait, et ce que vous continuez à faire. C'est monstrueux. Il n'y a aucune logique derrière ça.
Afficher en entier- Ces souvenirs qui me reviennent après avoir été occultés si longtemps, ils sont aussi acérés qu'une dague. Je sens le sable sur ma figure. Je respire l'odeur de la mort. Mais c'est surtout toi que je vois. Je me dis que certaines choses - la beauté et l'amour - transcendent tout.
Afficher en entierJe devrais être enterré ici, et Coco avec moi. Je devrais m'appeler numéro trente-cinq. Je devrais être pleuré comme je pleure ces anonymes pour qui leurs familles ne savent ni où ni comment se recueillir. Je devrais être oublié dans le fond de la fond de la brousse africaine pour mériter l'inattention réparatrice.
Je reste une erreur, un cas particulier qui ne vaut rien par lui-même, qui ne sert qu'à confirmer la règle, à mettre en valeur une horrible généralité. Voilà ma tâche...
Je dois rester avec l'âme des disparus puisque j'en ai pris l'engagement. Je suis mort avec eux et si je suis revenu, c'est pour raconter la manière dont nous sommes morts.
Afficher en entier
