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Les commentaires de yehni

Commentaire ajouté par yehni 2026-03-27T08:49:16+01:00
Lu aussi

"La Rosa Perdida" de Christopher Laquieze commence avec un incipit de qualité qui accroche tout de suite le lecteur.

Il veut comprendre les causes qui ont abouti à cette conséquence funeste. Un fils qui fait pendre sa mère, on ne lit pas ça tous les jours.

Mais l'auteur le tient en haleine en le ramenant longtemps en arrière. Bien avant la naissance du fils. Aux origines de la ville qui abrite l'histoire, puis à la rencontre des parents.

Quand Mario Ordoñez débarque à San Jacinto Del Rio, le bourg, comme tout le pays, est sous la poigne de fer d'Isidro Gálvez et de ses sbires.

Le dictateur est arrivé au pouvoir suite à un coup d'état qu'il n'a même pas orchestré. Il a su être là au bon endroit au bon moment pour s'emparer du siège laissé vacant. Une fois installé, c'est par l'oppression, la répression, l'endoctrinement et la terreur qu'il règne.

L'auteur décrit bien cette atmosphère d'exécutions sommaires, de disparitions inexpliquées, de fouilles systématiques, de détentions arbitraires, qui contraste avec la douceur et la légèreté de l'amour naissant entre Mario et Sofia Maria.

La pendaison du début est là comme une épée de Damoclès sur leur relation. On sait qu'ils auront un fils. On sait qu'on va arriver à ça, mais quand est-ce que tout va basculer ?

On se demande aussi comment Sofia est passée de vendeuses de fruits à vendeuses de corps en transformant sa maison en un lupanar très prisé baptisé "La Rosa Perdida".

Même si j'ai été un peu surprise par les incursions du livre dans le fantastique, c'est un premier roman très réussi dans lequel on est vite happé.

L'écriture est belle et on n'a pas envie de lâcher le livre. Il dit souvent beaucoup avec peu de mots. Et il m'a fallu relire plusieurs fois certaines phrases pour m'imprégner de toutes leurs facettes.

"Ils recommencèrent. Le même homme. Les mêmes questions. Puis un autre. Et encore un autre. Chaque voix s’infiltrait dans ses souvenirs, les retournait, les reclassait et parfois, ils déboutonnaient leurs braguettes." La phrase s'arrête là.

Mais elle en dit tellement.

À la fin du livre cet extrait du discours d'un général qui a bel et bien existé a été une belle claque:

« D’abord nous tuerons tous les subversifs, ensuite leurs collaborateurs, ensuite leurs sympathisants, puis ceux qui demeurent indifférents et, enfin, nous tuerons les indécis. »

Face aux régimes totalitaires l'indécision ou l'indifférence ne sont d'aucun salut. La dictature est un monstre gourmand qui ne se satisfait pas de quelques bouchées.

Peut-on donc en vouloir à ceux qui se déterminent, même maladroitement ?

Ceux qui décident d'agir et qui commettent des erreurs dans leur souci de libérer le peuple ?

Dans une lutte pour la liberté, certaines vies valent-elles plus que d'autres ?

Autant de questions qui vous restent à la fin de la lecture.

Et on ne peut s'empêcher de se demander si, dans les mêmes conditions, nous aurions pliés l'échine et baissés la tête, ou été comptés au nombre des révolutionnaires.

La Rosa perdida m'a fait penser à "La commode aux tiroirs de couleurs" de Olivia Ruiz. La dictature. Les rebelles. Les sacrifices. La douleur.

Si vous avez aimé, n'hésitez pas à lire La Rosa Perdida.

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