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QT, pour une mythographie du quotidien
Techniquement, Quentin Tarantino appartient incontestablement à la génération dite "X", dont il partage l'âge et ta familiarité avec la culture de masse actuelle, mais en réalité, son regard d'artiste se porte beaucoup plus loin dans le temps, embrassant la période qui va des années quarante aux années soixante-dix, le cinéma, la musique et les histoires pulp de papa et même de grand-papa. Le profil d'un véritable post-moderne s'en dégage, un croisement intéressant d'ancien et de nouveau, un cinéaste d'un millésime exceptionnel, avec un faible pour les courts-circuits temporels, qui s'immerge dans l'ère contemporaine mais réutilise la vieille, l'éternelle panoplie et lui rend hommage tout en cherchant à lui redonner du lustre et à lui conférer une nouvelle essence. C'est un metteur en scène novateur mais aussi quelqu'un qui fait l'éloge du passé et dont l'ambition profonde est de se réconcilier avec la tradition. Au même titre que des artistes du pop'art américain tels que Jim Dine, Claes Oldenburg ou Robert Raushenberg, Tarantino essaie d'élever à la dignité artistique les objets quelconques de la vie quotidienne et les icônes de la consommation de masse. La serveuse, sosie de Marilyn Monroe, qui figure dans une des scènes de Pulp Fiction [Id. 1994], rappelle de manière irrésistible la Marilyn revue et corrigée par Andy Warhol dans ses célèbres toiles. De même, le répertoire fétichiste d'aliments hyperréalistes qui apparaît dans les sculptures d'Oldenburg s'apparente à l'obsession tarantinienne des plats de junk food, le hamburger d'un quart de livre ou le pancake servi au petit-déjeuner avec du sirop d'érable.
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