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Marcel Jouhandeau fait sa vérité chaque jour. Cette vérité, il s'étonne parfois qu'elle ne coïncide pas avec celles des autres : mais c'est que les autres n'ont pas, comme lui, cette disponibilité de chaque minute, de chaque sensation, de chaque fragment réfléchi ou vu. Comme Joubert -qui ne dissimulait pas ses secrets intimes- il se déplace du quotidien au métaphysique avec la souplesse et l'élégance d'un corps silencieux -et ce corps de son écriture. Il veut nous persuader de son innocence : c'est elle, jointe à son souci de vérité, qui scandalise, nous dit-il, la petite société où il vit. Mais nous voyons plutôt que le coupable est chez lui cette qualité vague et précise qu'on appelle le naturel. Qu'est-ce que le naturel . Jouhandeau en répond pour nous. Voici la suite de ses aventures : entre autres son emménagement à Rueil-Malmaison, un reportage de Match, la mort de sa chienne Lorette, les réactions provoquées par la publication de son livre L’École des Filles, et toujours, bien entendu, ses rapports avec Élise et Céline.
Marcel Jouhandeau fait sa vérité chaque jour. Cette vérité, il s'étonne parfois qu'elle ne coïncide pas avec celles des autres : mais c'est que les autres n'ont pas, comme lui, cette disponibilité de chaque minute, de chaque sensation, de chaque fragment réfléchi ou vu. Comme Joubert -qui ne dissimulait pas ses secrets intimes- il se déplace du quotidien au métaphysique avec la souplesse et l'élégance d'un corps silencieux -et ce corps de son écriture. Il veut nous persuader de son innocence : c'est elle, jointe à son souci de vérité, qui scandalise, nous dit-il, la petite société où il vit. Mais nous voyons plutôt que le coupable est chez lui cette qualité vague et précise qu'on appelle le naturel. Qu'est-ce que le naturel . Jouhandeau en répond pour nous. Voici la suite de ses aventures : entre autres son emménagement à Rueil-Malmaison, un reportage de Match, la mort de sa chienne Lorette, les réactions provoquées par la publication de son livre L’École des Filles, et toujours, bien entendu, ses rapports avec Élise et Céline.
Ce nouveau Journaliers ouvre la période allant du 22 août 1969 jusqu'au 6 octobre 1970. Il y est surtout question de l'un des événements les plus bouleversants de la vie du mémorialiste : les formalités d'adoption du petit Marc, le fils de Céline, âge maintenant de sept ans, ont abouti après des démarches longues et difficiles. "Mon dévouement à Marc est une sorte de messianisme", écrit entre autres Jouhandeau. Et encore : "Marc est né dans ma vie, comme le Christ dans l'Histoire de Dieu." L'enfant -génialement doué- est mieux que la chair de l'écrivain qui note jour après jour ses réflexions, toutes plus étonnantes les unes que les autres. Entre le vieil homme resté scrupuleusement lucide, amoureux et cruel malgré ses quatre-vingt-cinq ans et le petit garçon se nouent d'étranges relations de complicité passionnées qui les isolent tous les deux : Élise et le monde extérieur n'en sont que les témoins exilés.
Ce nouveau Journaliers ouvre la période allant du 22 août 1969 jusqu'au 6 octobre 1970. Il y est surtout question de l'un des événements les plus bouleversants de la vie du mémorialiste : les formalités d'adoption du petit Marc, le fils de Céline, âge maintenant de sept ans, ont abouti après des démarches longues et difficiles. "Mon dévouement à Marc est une sorte de messianisme", écrit entre autres Jouhandeau. Et encore : "Marc est né dans ma vie, comme le Christ dans l'Histoire de Dieu." L'enfant -génialement doué- est mieux que la chair de l'écrivain qui note jour après jour ses réflexions, toutes plus étonnantes les unes que les autres. Entre le vieil homme resté scrupuleusement lucide, amoureux et cruel malgré ses quatre-vingt-cinq ans et le petit garçon se nouent d'étranges relations de complicité passionnées qui les isolent tous les deux : Élise et le monde extérieur n'en sont que les témoins exilés.
Sur les instance du professeur Caroli, Élise atteinte d'artérite entre à la clinique Ambroise-Paré de Neuilly pour y être opérée d'urgence le 10 octobre 1970. Ramenée à Rueil en novembre, elle y meurt le 16 mars suivant, à 22 heures. À travers un tel événement qui bouleverse sa vie de fond en comble, Jouhandeau poursuit dans son Journal l'analyse implacable de ses rapports avec l'extraordinaire Élise, épousée en 1929 contre sa volonté. Rapports de force où la haine pourrait, à la limite, être interprétée comme la forme austère et paradoxale d'un amour inhumain. Car le moraliste ressent l'agonie et la disparition de sa compagne au plus profond de son âme étrange. Il en observe chaque étape avec une exactitude d'entomologiste. Toujours aussi scrupuleux et lucide, il continue à aimer la vie. Le petit Marc lui apporte tendresse et originalité. Des amis fervents l'entourent. Il évoque la figure des garçons qu'il a aimés, qu'il aimera peut-être encore. Le miracle, chez ce grand écrivain, c'est de savoir diaboliquement saisir le bonheur tombé au fond des ténèbres pour constamment le refondre en un avenir passionné.
Sur les instance du professeur Caroli, Élise atteinte d'artérite entre à la clinique Ambroise-Paré de Neuilly pour y être opérée d'urgence le 10 octobre 1970. Ramenée à Rueil en novembre, elle y meurt le 16 mars suivant, à 22 heures. À travers un tel événement qui bouleverse sa vie de fond en comble, Jouhandeau poursuit dans son Journal l'analyse implacable de ses rapports avec l'extraordinaire Élise, épousée en 1929 contre sa volonté. Rapports de force où la haine pourrait, à la limite, être interprétée comme la forme austère et paradoxale d'un amour inhumain. Car le moraliste ressent l'agonie et la disparition de sa compagne au plus profond de son âme étrange. Il en observe chaque étape avec une exactitude d'entomologiste. Toujours aussi scrupuleux et lucide, il continue à aimer la vie. Le petit Marc lui apporte tendresse et originalité. Des amis fervents l'entourent. Il évoque la figure des garçons qu'il a aimés, qu'il aimera peut-être encore. Le miracle, chez ce grand écrivain, c'est de savoir diaboliquement saisir le bonheur tombé au fond des ténèbres pour constamment le refondre en un avenir passionné.
Dans ce vingt-septième Journaliers, Marcel Jouhandeau a quatre-vingt-cinq ans. Il veille toujours avec tendresse et admiration sur le petit Marc.
Il vit un roman d'amour, le dernier, avec un jeune homme de vingt-six ans. Il pense à Dieu, lit Saint-Simon et les historiens romains, note des traits, des anecdotes, avec son art d'écrire qui est souvent l'art de surprendre.
Dans ce vingt-septième Journaliers, Marcel Jouhandeau a quatre-vingt-cinq ans. Il veille toujours avec tendresse et admiration sur le petit Marc.
Il vit un roman d'amour, le dernier, avec un jeune homme de vingt-six ans. Il pense à Dieu, lit Saint-Simon et les historiens romains, note des traits, des anecdotes, avec son art d'écrire qui est souvent l'art de surprendre.