Vous utilisez un bloqueur de publicité

Cher Lecteur,

Nous avons détecté que vous utilisez un bloqueur de publicités (AdBlock) pendant votre navigation sur notre site. Bien que nous comprenions les raisons qui peuvent vous pousser à utiliser ces outils, nous tenons à préciser que notre plateforme se finance principalement grâce à des publicités.

Ces publicités, soigneusement sélectionnées, sont principalement axées sur la littérature et l'art. Elles ne sont pas intrusives et peuvent même vous offrir des opportunités intéressantes dans ces domaines. En bloquant ces publicités, vous limitez nos ressources et risquez de manquer des offres pertinentes.

Afin de pouvoir continuer à naviguer et profiter de nos contenus, nous vous demandons de bien vouloir désactiver votre bloqueur de publicités pour notre site. Cela nous permettra de continuer à vous fournir un contenu de qualité et vous de rester connecté aux dernières nouvelles et tendances de la littérature et de l'art.

Pour continuer à accéder à notre contenu, veuillez désactiver votre bloqueur de publicités et cliquer sur le bouton ci-dessous pour recharger la page.

Recharger la page

Nous vous remercions pour votre compréhension et votre soutien.

Cordialement,

L'équipe BookNode

P.S : Si vous souhaitez profiter d'une navigation sans publicité, nous vous proposons notre option Premium. Avec cette offre, vous pourrez parcourir notre contenu de manière illimitée, sans aucune publicité. Pour découvrir plus sur notre offre Premium et prendre un abonnement, cliquez ici.

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Ajouter un extrait


Liste des extraits

Extrait ajouté par Bibounine 2023-11-16T20:10:19+01:00

Le samedi soir, on sortait entre copains, c’était sacré, même si le lendemain certains se levaient aux aurores. On se frayait un chemin dans les rues où se côtoyaient les étals de légumes et de fruits gorgés de soleil, de fritures en tous genres aux effluves délicieux et nauséeux, de gâteaux de miel graisseux, de monticules d’épices aux couleurs profondes, promesses de tagines et de couscous enchanteurs ; on traînait autour des terrasses bondées où des parties de cartes endiablées, arrosées à l’anisette tenaient en haleine ; on traversait les places sur lesquelles les enfants engageaient des batailles de pignols

1

à coups de noyaux d’abricot ; puis on finissait avec le beau monde rue d’Arzew.

Cependant ce soir avait une saveur différente : Jacques avait seize ans et la fête commençait à peine. La bande au complet déboucha sur le patio noir de gens. Tout Oran se pressait là pour voir et se faire voir, pour profiter de la fraîcheur nocturne qui ne tarderait pas, une fois que les murs se libéreraient de la chaleur accumulée et qu’une brise salutaire s’inviterait. Le rideau se levait sur un spectacle au rite immuable. Les filles, maquillées à outrance, paradaient dans leurs robes choisies après avoir vidé les armoires ; les garçons, cheveux gominés, pantalons ajustés, échangeaient un signe en rusant, car on n’abordait pas une gazelle sans croiser la prunelle noire d’un père, d’un frère, d’une ancêtre, attentifs au comportement de « cette dévergondée » qui avait souri au fils Semoun « ce vaurien juste bon à l’inciter à la débauche ! »

Ahmed saisit le bras de Jacques et, escorté par les ricanements des copains, l’entraîna dans une ruelle jusqu’à une porte entrouverte sur un corridor orné de lumières tamisées.

— Bon anniversaire ! On s’est cotisés, même ton oncle a payé. T’as une heure.

Ils lui adressèrent des gestes obscènes et le poussèrent dans l’entrée.

— Beau gosse, t’as peur de quoi ?

Une femme, enroulée dans une gaze transparente rose brodée de fil doré, l’attira à l’intérieur. Un parfum épicé, sucré, affolant se dissipait dans son sillage.

À chaque pas, les grelots autour de ses chevilles cliquetaient. Il s’immobilisa, troublé ; elle l’entoura de son voile et l’invita à la suivre.

— Courage, vieux, courage ! entendit-il à travers une explosion de rires.

Il aurait aimé les voir à sa place ! Il se retourna, cherchant du renfort. Hilares, ils lui assénaient des insanités. Impossible de reculer !

Lorsqu’il ressortit, une heure tapante plus tard, ils bondirent sur lui.

— C’était comment ? On a payé, on veut savoir.

Il sourit, hébété, sans répondre jusqu’à ce que Jojo le secoue. Jacques afficha un air déçu :

— C’était…

— Quoi ? T’as pas assuré ?

— Pour qui tu me prends ? Elle m’a dit que j’étais son plus beau coup !

Ils le charrièrent, elle débitait sûrement ce baratin à tous ses clients. Il devait tout leur raconter, surtout les détails salaces ! D’après ce qu’ils avaient vu, il y avait de quoi se nourrir :

— Un gros cul rebondi, un ventre enveloppé, dit Jojo...

— Aussi moelleux que les cornes de gazelle de ta mère, poursuivit Jacques.

— Insulte pas ma mère… et ses nichons, tu les as touchés ? T’en avais plein les mains ?... Et le bas ? T’as visité le bas ? …

— Les gars, il se redressa indigné, pour qui vous me prenez ? Vous imaginez même pas ! C’était chaud, c’était… J’y s’rais resté des heures.

Sûr que ce fut trop rapide, mais il ne leur dirait pas : à peine le temps d’ôter son voile qu’il explosa dans un plaisir bref, frustrant ; heureusement elle l’aida,

ça repartit aussi sec. Cette fois, il la pénétra, une chaleur inouïe l’irradia. Deux secondes plus tard c’était fini. « Pour une première, c’est pas mal, approuva-telle avant de se laver sans complexe pendant qu’il observait avec voracité les seins énormes, les mamelons larges, bruns aux tétons rétractés, le ventre rebondi masquant la touffe noire, exubérante. “Avec toi mon biquet, c’était le septième ciel, et presque du premier coup, tu te rends compte !” Comment s’en passer maintenant qu’il y avait goûté ?

— Tu la reverras ? » demanda Manu du haut de ses 1,30 m. Les autres se moquèrent.

— Il s’est tapé une pute, pas une amoureuse.

On casquait pour chaque minute avec elle, mais ça en valait la peine !

Esméralda, il n’y avait pas de plus beau nom ! Ahmed s’amusait de l’attitude de son ami, une heure plus tôt blanc-bec maladroit et maintenant homme à l’allure virile, qui ne pensait qu’à une chose : recommencer. Jacques n’avait effectivement qu’une idée en tête : s’il avait su, il aurait économisé de l’argent pour fréquenter le bordel avant. Il aurait tenu plus longtemps. Monsieur Marcel

« oubliait » des revues dans l’arrière-boutique et ne semblait pas surpris qu’elles disparaissent. Quand Jacques se masturbait en les feuilletant, ça se terminait trop vite. Le désir vous saisissait, vous envahissait, se déchargeait, soulageant et décevant. Mais avec elle, c’était incomparable. Une vraie femme, avec un vrai corps qui remplissait les mains ! Si je garde 2 francs chaque semaine, j’y retourne dans deux mois !

— Ça suffit, les gars ; on s’en jette un ? C’est moi qui paye.

— Chiche, on fonce jusqu’à Canastel !

Afficher en entier
Extrait ajouté par Bibounine 2023-11-16T20:04:48+01:00

L’enveloppe était posée sur la table de la cuisine. Large, élégante, au papier

épais granulé de couleur crème, on ne pouvait l’ignorer. Elle ne contenait ni facture ni relance. Juliette s’assit devant et touilla le café à l’odeur de réchauffé.

Malgré les persiennes closes, la chaleur était écrasante et le ventilateur ne fonctionnait plus. Elle saisit la lettre et la tint dans ses doigts crispés sans l’ouvrir. Au dos, aucune adresse, mais Juliette n’en avait pas besoin pour savoir qui la lui envoyait. Elle n’était pas près d’oublier cette écriture.

Elle déplia un grand mouchoir à carreaux pour s’éponger le front. D’habitude,

Jacques réparait le ventilateur ; mais aujourd’hui, c’était son jour, alors elle ne lui demanderait rien. Elle adorait ce front large et intelligent, celui de sa famille, et cette fossette au milieu du menton, si charmeuse. « Tatie, donne-moi trois francs, s’il te plaît, merci ma tantine, la meilleure des tantines ». Qui résistait à sa moue ? Elle s’appuya sur la table recouverte d’une toile cirée au fond gris semé de grosses marguerites. La pièce nécessitait un coup de neuf. La peinture s’écaillait au plafond, de l’eau suintait des tuyaux marquant le mur de traces de rouille et les meubles beigeasses se refermaient uniquement quand on claquait portes et tiroirs avec vigueur. Tous les matins à l’aube elle lavait les sols.

Pourtant l’appartement paraissait négligé. Peut-être l’année prochaine.

Elle considéra la lettre d’un air craintif. Elle avait envisagé de la jeter à la poubelle sans la lire. Cela n’aurait servi à rien. D’autres seraient arrivées. Le moment que Juliette redoutait depuis longtemps survenait, et elle aurait tout donné pour le repousser encore. Pas maintenant, pas déjà ! Juliette se leva avec peine, les jambes chancelantes, but un verre d’eau, l’enfonça au fond de la poche de son tablier noué autour de la taille et frotta de plus belle la gazinière ;

continuer la journée comme si elle n’était pas arrivée, comme si rien ne troublait le rythme de son travail. Se remplir la tête, ne plus y penser…

Afficher en entier