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On ne se débarrasse pas du réalisme socialiste en disant que c’est du non-art. Ce n’est pas non plus le triomphe du kitsch populaire sur l’avant-garde, encore moins la seule lubie d’un dictateur inculte. Le réalisme socialiste est la forme réfléchie, ordonnée (on est à l’époque, partout en Europe, du retour à l’ordre) du triomphe de l’artiste : l’organisation de toute la vie de la société selon une forme artistique unique qui précisément fait la synthèse de l’avant-garde et du kitsch. A ceci près que l’artiste suprême ne s’appelle plus Malevitch, Rodchenko ou Lissistzky, mais Staline œuvre d’art totale.
L’archéologie de Boris Groys n’a pas seulement le mérite d’éclairer le passé. Elle explique le présent, notamment pourquoi aujourd’hui encore, dans l’URSS de la glasnost et de la perestroïka, l’avant-garde et le réalisme socialiste restent également tabous et également refusés par le peuple, toujours pris l’une comme l’autre dans le même cauchemar. Elle explique pourquoi l’art contemporain soviétique, tellement à la mode, a pu si facilement, si rapidement, même derrière un rideau de fer et dans l’isolement quasi complet, inventer sa propre version du postmodernisme ; avec toutefois une lourde hypothèque du passé : puisque l’artiste éprouve toujours le besoin de se mesurer au pouvoir des politiques, même dans la dérision.
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