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Le jour où j’ai perdu mon passeport, écrira Zweig, j’ai découvert qu’en perdant son pays, on perd plus qu’un coin de terre entouré de frontières.
Afficher en entier(1914) C'est de Romain Rolland que viendra le retour à la sagesse. Réfugié en Suisse, d'où il fait entendre clairement son hostilité au conflit et, ainsi qu'il l'écrit, sa "haine de la haine", il publie un pamphlet qui est un appel international à la paix et porte en titre ce credo qui met volontairement son auteur hors la loi de sa patrie : Au-dessus de la mêlée. Zweig lit l'ouvrage à Vienne, dédicacé de la main de Romain Rolland - la censure de François-Joseph, par un de ces miracles que Zweig imputera aux maladresses de la bureaucratie, l'a laissé passer. "Je suis plus fidèle que vous à notre Europe, cher Stefan Zweig, lui écrit Rolland en français, et je ne dit adieu à aucun de nos amis." de cette lettre qui accompagne le précieux volume, Zweig dira qu'elle fut un des grands instants de bonheur de sa vie, "comme une colombe blanche, sortie de l'arche de la bestialité hurlante."
Afficher en entierLe joueur d'échecs
Voici son dernier trésor. Cadeau posthume à ses lecteurs, ce n'est pas un roman inachevé, mais une nouvelle, admirablement ciselée, chef d'œuvre de concision dramatique auquel on serait bien en peine de changer un accent ou une virgule.
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Exceptionnellement ancrée dans l'histoire contemporaine, cette nouvelle est encore une fois prémonitoire. L'auteur y plaide, à travers ce face-à-face entre deux cerveaux, contre les procédés de déshumanisation nazis, les tortures et la volonté de détruire. Avant même que l'on ne connaisse, jusque dans leurs pires détails, les camps de concentration et leurs atrocités, Zweig écrit pour protester, au nom de l'humain.
Afficher en entier"Sa profonde compréhension pour la détresse intime, écrira Friderike Zweig défendant sa mémoire, repose sur une capacité inépuisable de vibrer à l'unisson, sur une totale implication de soi-même et, par voie de conséquence, sur une extrême vulnérabilité."
Afficher en entierIl y a chez lui une compassion innée, et une incomparable intuition des souffrances.
Afficher en entierC'est dans ce profond malaise autrichien qu'il conçoit et rédige son Fouché : le portrait de l'homme politique "tel qu'il ne devrait pas être". S'il est allé chercher en France le prototype du Prince selon Machiavel, dirigeant rusé, calculateur et inusable, alors qu'il aurait pu écrire un Metternich, personnage familier à son premier public, c'est que Fouché détient le record de longévité au pouvoir, et de souplesse dans l'art de le garder.
Afficher en entierdésormais les personnages de ses livres, pièces de théâtre, biographies ou nouvelles, lui ressemblent. Tous jusqu'à Erasme et Marie-Stuart, en passant par Jérémie et par le Kekesfalva de la Pitié dangereuse, seront des vaincus, des humiliés de la vie. C'est de leur côté qu'il se range, à rebours du destin brillant et pur des vainqueurs. Ces anti-héros zweiguiens, forts de leur fragilité et capables de dépasser en conscience les préjugés contemporains, il les a choisis et il les aime parce qu'il retrouve en eux ses blessures à peine conscientes, ses faiblesses et ses peurs. Il admirera toujours ces perdants qui savent assumer leurs souffrances et portent sur la vie un regard sceptique.
Afficher en entierSeules les grandes souffrances amendent l'âme, selon Zweig, le bonheur l'endurcit.
Afficher en entierA force d'invoquer les muses, de faire appel dans ses rêves aux démons féminins, elles vont finir par lui répondre mais, comme dans ses livres, elles ne lui porteront ni bonheur ni chance.
Afficher en entier"Je crois qu'il lui était indifférent qu'il fût viennois, juif de l'Empire austro-hongrois, européen convaincu et citoyen du monde - un pacifiste obstiné, un sage se tenant au-dessus de la mêlée en des temps de grands bouleversements et de conflits mondiaux. Ce qu'il ressentait, loin du champ souvent si rébarbatif de l'érudition, c'était cette atmosphère de mélancolie attachante, cette prose au diapason de la douleur des gens, et puis cette étrange douceur qui émane des mots de l'écrivain, une douceur qui a un pouvoir de consolation."
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