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Premier chapitre
Toutes les tombes de ma vie sont nées de la Tombe de mon père. Jamais revu la Tombe depuis cinquante ans.
En 2007 je n’avais jamais relu Tombe. Ce livre partage le sort de quelques-uns des livres qui me font peur. Il me semble qu’ils contiennent ou détiennent des secrets, ou qu’y demeurent des êtres au secret. Comme si j’avais peur de la mort ou du mort. Ou pire encore : comme si je craignais de découvrir que la chose, ou l’être redouté, ne soit pas mort ou morte. Mais que couve sous la cendre quelque feu. Ces livres inquiétants mènent leur silence et leur présence dans ma bibliothèque derrière mon dos sous leurs noms qu’ils ont très fort. Je les tiens consciemment à distance. Au premier rang de ces menaçants il y a Le Prénom de Dieu, le livre d’avant tous mes livres. Le Prédécesseur. C’est aussi le premier « livre » – la première « Chose » crainte, venue à moi comme d’un étranger intérieur, messager des puissances incontrôlables qui rôdent dans nos profondeurs – et c’était aussi la preuve m’effrayant que j’étais peut-être tombée en folittérature. Ce Prénom de Dieu, chuchoté avec tremblement à Jacques Derrida et qui fut pour lui inaugural et ineffaçable comme un coup. Il l’appelait l’olni (objet littéraire non identifié). Un jour de 1998, il le relit et m’en reparle longuement. J’ai fui. Je ne voulus rien en savoir. – Tu sais qu’il y a tout… disait-il. – Non, non, je ne sais rien. Et je m’y tins, et je m’y tiens. Tombe a hérité du Prénom de Dieu. Ce sont des « Choses » explosives, à retardement.
Ce 15 août 2007, j’ai relu Tombe. Une tombe incroyablement vivante. Je ne pouvais pas faire autrement. J’écris ces lignes le 30 août. J’oublie, je suis en train d’oublier. Tombe, livre, ciseaux, inconscient : ça s’ouvre et ça se ferme.
N.B. Je ne suis jamais revenue sur Tombe. Tombe est revenu. Tombe repart. Tombe est animé par l’esprit de revenance.
Il y eut un premier pas de retour une nuit, entre deux continents, un qui-va-là ? murmuré de loin par Frédéric-Yves Jeannet. « Qu’est-ce que cette chose, Tombe ? » m’écrivait-il, où l’on retrouve
Afficher en entier" Par chance, je venais de retrouver tombe, comme on retrouve terre, la tombe de mon père, c’est-à-dire mon père tombé et relevé au cimetière Saint-Eugène à
Alger, par le printemps 2006, lorsque René me proposa de faire reparaître Tombe. Je note que René a l’avantage incalculable d’avancer sous protection d’un tel prénom, surtout s’agissant de quelqu’un comme moi, que le signifiant impressionne et imprime. Ressusciter
Tombe! "
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