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Toxoplasmes
Lancez une pièce.
Pile ? Relax.
Face ? Vous avez des parasites dans la cervelle.
Eh oui. La moitié d'entre nous se balade avec des Toxoplasma gondii. Mais ne vous ouvrez pas la boîte crânienne tout de suite.
Les toxoplasmes sont microscopiques. Le système immunitaire humain parvient généralement à leur botter le cul, de sorte que même si vous en avez, vous ne vous en apercevrez probablement jamais. En fait, les toxoplasmes ne tiennent pas à se trouver dans votre tête. Piégés à l'intérieur de votre crâne, assaillis par vos défenses immunitaires, ils ne peuvent même pas pondre leurs oeufs, ce qui représente un gros ganme over sur le plan de l'évolution.
Les toxoplasmes préféreraient vivre dans le système digestif de votre chat, où ils pourraient manger des croquettes et pondre tranquillement. Comme ça, quand minou déboucherait l'orchestre, leurs oeufs se retrouveraient par terre, prêts à sauter sur d'autres créatures de passage. Comme des rats, par exemple.
Un petit mot à propos des rats : ce sont ni plus ni moins que des convois de parasites, qu'ils transportent d'un lieu à un autre.
Dans mon boulot, on appelle ça un vecteur. Les rats voyagent partout dans le monde et ils se reproduisent comme des fous. Embarquer à bord du Rat Express est l'une des meilleures méthodes de propagation des maladies.
Quand les toxoplasmes se retrouvent dans un rat, ils se mettent à modifier le cerveau de leur hôte. Si un rat ordinaire croise quelque chose qui sent le chat, il panique et détale; les rats contaminés par les toxoplasmes, en revanche, aiment l'odeur des chats. La pisse de matou attise leur curiosité. Ils peuvent passer des heures à en rechercher la source.
Laquelle est invariablement un chat. Qui les bouffe.
Afficher en entierD'après les registres criminels de la Garde de Nuit, le secteur ne montrait aucun des signes habituels de la présence d'un prédateur. Aucun employé n'avait disparu sur le chemin de son bureau, aucun sans-abri n'avait brusquement été saisi d'une crise de violence psychotique. Mais chaque fois que le service de dératisation du New Jersey effectuait une nouvelle tournée, les rats réapparaissaient peu après, bien qu'il n'y ait pas des masses d'ordures à grignoter dans ce quartier désaffecté. La seule explication tenait à la présence d'un peep. Quand la Garde de Nuit eut analysé le sang d'un des rats, il s'avéra qu'il était de ma lignée, au deuxième degré.
Ça ne pouvait être que Sarah. En dehors d'elle et de Morgane, toutes les autres filles que j'avais jamais embrassées étaient déjà au frais (et Morgane, j'en étais convaincu, ne se cachait pas dans un vieux terminal de ferry à Hoboken).
Afficher en entier"Savais-tu que les examens te font suer comme un porc, Cal ?"
Afficher en entier"-Ok. Merci. Et, heu... à ce soir j'imagine.
Je souris.
-A ce soir.
Elle ne bougea pas tout de suite, puis frissonna.
-Waouh, le même malaise qu'après une histoire d'un soir, sans même s'être envoyés en l'air. A plus tard, mec.
La porte claqua derrière elle tandis que je restais planté sur place, à me demander ce qu'elle avait voulu dire par là. [...]"
Afficher en entier— Est-ce que ça ne veut pas dire que Sarah pourrait être davantage humaine que peep ? Après avoir pris ses pilules, elle a réclamé sa poupée d’Elvis… autrement dit, l’objet d’abomination que j’avais apporté. Elle a demandé à la voir.
Le docteur Prolix haussa un sourcil.
— Cal, tu n’es pas en train de t’imaginer que Sarah pourrait guérir un jour, j’espère ?
— Heu… non ?
— Que vous pourriez vous remettre ensemble ? Que tu pourrais de nouveau avoir une petite amie ? Une fille de ton âge, que tu ne risquerais pas de contaminer parce qu’elle porterait déjà la maladie ?
Je déglutis et secouai la tête. Je ne tenais pas à me reprendre en pleine figure son cours d’initiation aux peeps : un vrai peep ne se rétablit jamais.
Afficher en entierLe parasite a poussé à l’extrême cette stratégie de survie. Au fil des générations, il a évolué pour transformer l’esprit de ses victimes grâce à un interrupteur chimique dans les méandres du cerveau humain. Une fois cet interrupteur activé, nous détestons tout ce que nous aimions autrefois. Les peeps battent en retraite lorsqu’ils sont confrontés à leurs anciennes obsessions, ne supportent plus ceux qui leur étaient chers et fuient devant tout ce qui peut leur rappeler leur vie d’avant.
L’amour se change facilement en haine, apparemment. On appelle ça l’effet abomination.
C’est l’effet abomination qui chassait les peeps de leur village médiéval et les envoyait vivre dans la nature, où ils avaient moins de chances de se faire lyncher. Et la maladie se propageait ainsi géographiquement. Les peeps passaient d’abord dans la vallée suivante, puis dans le pays voisin et ainsi de suite, repoussés toujours plus loin par la haine de ce qui leur était familier.
Afficher en entierQuand la maladie s’était installée en elle, Sarah s’était accrochée à Elvis aussi longtemps qu’elle avait pu. Bien après qu’elle ait jeté ses livres, ses vêtements, effacé toutes les photos de son disque dur et brisé tous les miroirs de sa salle de bains, ses posters d’Elvis restaient punaisés à ses murs, froissés et lacérés à coups d’ongles par endroits, mais toujours présents. Alors que son esprit se transformait, Sarah cria plus d’une fois que ma vue lui était devenue intolérable, mais elle n’eut jamais le moindre mot contre le King.
Elle finit par s’enfuir, déterminée à disparaître dans la nuit, plutôt que de déchirer ces sourires narquois qu’elle ne supportait plus.
Afficher en entierElle avait commencé à descendre l’escalier, mais maintenant, l’abomination pesait sur son esprit. Les souvenirs d’Elvis que j’avais placés sur les marches remplirent leur office – Sarah broncha devant la cape à sequins, comme un cheval qui aperçoit un serpent à sonnette, et passa à travers la balustrade branlante.
Je me ruai au bord du balcon et regardai en bas. Elle gisait sur l’un des bancs, me jetant un regard noir.
— Tu n’as rien, Sarah ?
Le son de son propre nom l’arracha à son immobilité, et elle vola à travers le hall, ses pieds nus frôlant sans bruit le dos des bancs. Mais elle s’arrêta net en tombant nez à nez avec le poster du King en cuir noir. Un hurlement inhumain retentit à travers le terminal. C’était affreux, un truc à vous glacer le sang, comme les gémissements d’un matou abandonné qui se mettent soudain à ressembler à des vagissements de bébé.
Afficher en entierLes Archives ont deux devises. La première est:
Les secrets de la ville sont les nôtres.
Et la deuxième:
NON, NOUS N'AVONS PAS DE STYLO!
Vous n'avez qu'à apporter le vôtre. Vous en aurez besoin.
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