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e cœur d’Ellyn eut un raté. Une flambée de jalousie l’envahit. Elle se raidit, serra les lèvres jusqu’à les mordre, mais n’émit pas un son. Si Liam guettait ses réactions, il en serait pour ses frais, pensa-t-elle, ravie d’avoir réussi à se contrôler. Elle se contraint à ne pas appuyer sur l’accélérateur et maintint une vitesse normale. Vivement sa Mini Austin et son indépendance ! se dit-elle, à la fois furieuse contre elle-même - sa jalousie était ri-di-cu-le - et pestant contre Liam. Pourquoi avait-il encore le pouvoir de lui inspirer un tel sentiment ? Ce n’était pas juste !
Il lui suffisait de réapparaître après une longue éclipse, et hop ! elle se jetait dans ses bras. Si elle avait eu le courage de fuir le mariage-circus des Travers, ce n’était quand même pas pour laisser son ex-amant reprendre les rênes et le contrôle de sa vie privée !
Si seulement tout était fini entre eux ! Mais elle le voulait, le désirait, l’aimait toujours, à un point que c’en était désespérant. Il pouvait encore la faire pleurer, gémir et souffrir à son gré. Au fond de son cœur, elle n’en était pas vraiment étonnée.
Car autant voir les choses en face : si elle n’avait pas eu vent des rumeurs qui couraient sur Liam et Odelia, sur le sérieux de leur liaison, elle n’aurait jamais entretenu de relation suivie avec Chauncey. Et d’ailleurs, s’était-elle vraiment laissé entraîner ? Elle avait beau jouer à la victime, la vérité était un peu plus compliquée qu’il n’y paraissait : car elle s’était bel et bien servie des Travers ! Elle les avait utilisés comme un dérivatif à la torture que lui causait la vision du couple Liam-Odelia.
Elle prit un virage sur les chapeaux de roues, et les pneus crissèrent sur l’asphalte. Instinctivement, elle jeta un coup d’œil dans le rétroviseur. Liam, détendu, souriant, bavardait toujours au téléphone.
Dépitée, elle alluma la radio. Un journaliste commentait une déclaration que venait de faire l’épouse du Procureur de New York. Horrifiée, elle apprit qu’elle venait d’être transportée d’urgence à l’hôpital pour y être opérée d’une péritonite. Le chirurgien n’était pas encore sorti du bloc opératoire. Chauncey se morfondait dans la salle d’attente. Bien entendu, le nom de l’hôpital était tenu secret.
Ellyn faillit s’effondrer sur le volant. La voix menaçante de Chauncey résonnait encore à ses oreilles : « Ce mariage aura lieu que tu le veuilles ou non. » Son imagination, qu’elle avait toujours eu très fertile, s’enflamma.
Les Travers disposaient des moyens les plus sophistiqués pour mettre leur plan à exécution : gardes du corps musclés, détectives sans scrupule, technologie de pointe… ! Ils pouvaient lui en faire voir de toutes les couleurs. Elle se voyait déjà arrêtée, droguée, internée dans un asile psychiatrique. On la maintenait de force dans un état de profonde léthargie, ou bien on la torturait jusqu’à ce qu’elle accepte d’épouser Chauncey.
Ellyn avait les mains moites et la sueur au front lorsqu’elle arriva enfin en vue de sa Mini Austin. A côté de la luxueuse Bentley, celle-ci avait l’air d’une épave.
Et l’état de sa propriétaire n’était guère plus brillant, les tempes en feu, le cœur brûlant de jalousie, la gorge nouée et l’estomac tordu par l’anxiété, elle se sentait au bord de la nausée.
Mais pas question d’implorer l’aide de Liam. Il eût été capable de faire semblant d’être gentil pour mieux la piéger. Peut-être même avait-il l’intention de la jeter aux pieds des Travers, pieds et poings liés, avec un bâillon pour étouffer ses cris... Qui sait ?
Elle sortit de la voiture, les jambes flageolantes. En proie à une affreuse migraine, elle ne savait plus très bien où elle en était. Liam se glissa derrière le volant, la scruta d’un œil impassible, comme un médecin qui examine son patient, avant d’émettre son diagnostic :
-Tu n’as pas l’air en forme, Ellyn.
-Tu te trompes : j’ai une pêche d’enfer !
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