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Il y avait trop longtemps qu’il faisait ça et il lui arrivait d’oublier qui il était. Cela l’effrayait de penser que sa vie en tant que quelqu’un d’autre empiétait sur celle de mari et père et sur les journées qu’il passait dans une belle maison au cœur d’un quartier où les voisins tondaient leur pelouse et nettoyaient leur parterres de fleurs.
Afficher en entier– Est-ce que c’est moi qui deviens mauvais, Hermansson ? Ou bien la réalité qui est de plus en plus compliquée ?
Afficher en entierTous les gardiens du dépôt de Kronoberg, à Stockholm, avaient lu le dossier de l’un des détenus les plus dangereux de Suède et avaient en outre entendu leurs collègues raconter que, dix jours plus tôt, alors qu’il venait d’être arrêté dans une salle de billard sur Sankt Eriksgatan, il avait, entre le fourgon de police et l’ascenseur, craché au visage de l’un d’eux avant de le menacer de deux balles dans la peau, la prochaine fois qu’ils se rencontreraient.
Afficher en entierIl avait peur d’un homme allongé sur le sol avec trois grands trous dans la tête, du succès qu’il avait connu dans une salle de conférences de Varsovie, de nuits dans une cellule exiguë et d’un arrêt de mort qui serait encore plus implacable derrière les barreaux, de la voix glaciale de Zofia, des corps fiévreux de ses enfants et de ne plus savoir ce qui distinguait la vérité du mensonge. Il évita le regard du garde jusqu’à ce que le tremblement de ses jambes se calme et qu’il ose avancer lentement vers la porte qui était entrouverte, tout au fond d’un beau couloir. Encore une fois.
Afficher en entierCelui d’en face, dans la cellule 4, ce junkie qui vole pour continuer à s’offrir sa dope et se fait quinze maisons de banlieue en une seule nuit, répète avec conviction : Je ne fais jamais de mal aux enfants, je ferme toujours la porte de leur chambre et n’y prends jamais rien, au moins, c’est son foutu mantra, son réflexe de survie, sa morale bien à lui censée lui permettre de se sentir mieux dans sa peau, en tout cas, et d’éviter le mépris de soi.
Piet savait, comme tout le monde, que celui de la 4 avait depuis longtemps pissé sur cette morale et qu’il volait désormais tout ce qu’il y avait à voler dans les chambres des enfants, quand le besoin d’une nouvelle dose était plus fort que son amour-propre.
Et l’autre, un peu plus loin, cellule 8, reconnu coupable de voies de fait répétées, s’était fabriqué une autre morale de façade, au moyen d’un autre mantra, pour faire face au dégoût de soi : Je frappe jamais les femmes, juste les hommes, je frapperais jamais une femme, quoi qu’il arrive.
Piet savait, comme tout le monde, que celui de la 8 avait depuis longtemps distingué ses paroles de ses actes, lui aussi, et frappait maintenant les femmes : désormais il tapait sur tous ceux et toutes celles qui croisaient son chemin.
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