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L'honorable Weissmüller, informé de mes virées au Crazy Rabbit en petit short, aurait certainement levé les bras au ciel et conclu à un appel au viol, vu l'ardeur du tempérament local, mais aux purs tout est pur, et je savais bien que, devant le halo d'irresponsabilité nimbant ma séraphique personne et son short, le plus infâme ivrogne ne pouvait que la considérer comme un intermédiaire entre Henry Miller, Sissi, la Joconde, Montherlant et un vieux copain de régiment égaré parmi la crapule, dont la fréquentation, si elle ne m'apportait pas un chouïa de lumière sur l'éclipse de mon frère, me devint si coutumière que j'en oubliai d'accorder à l'humeur de mes hôtes le minimum de respect requis par ma foutue bonne éducation.
Le 15 août, crapahutant à l'aube vers ma chambre, je la trouvai transformée en nécropole, rideaux tirés, et, au pied de mon lit recouvert d'un suaire, des pattes de poulet sanguinolentes, des bouteilles de cachaça, des pétales de rose, plus une demi-douzaine de cierges larmoyant sur ma veillée funèbre. Tout à fait désorientée, je bouclai mes valises en pestant contre moi-même, décidai d'aller coucher sur la plage plutôt que de passer la nuit dans cette morgue, et de déserter à jamais le fief des Perez, qui convoquaient pour ma perte les forces obscurantistes contre lesquelles le doux Jésus du Corcovado m'avait mise en garde.
Charriant ma cantine militaire, je filai au Crazy Rabbit pour me mettre sous l'aile protectrice du patron, recueillant avec une patience apostolique les sujets perdus, les objets non identifiés, les Juifs errants, le reliquat des bandeirantes, les pochards, les clochards, les Gitans de la paix et tous les Pâtres de la nuit carioca, transhumant, ivres, sous le fuseau des lunaisons.
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