Tous les livres de André Noel
Montréal, 1978. Alors que survient l'assassinat du parrain calabrais Paolo Violi, nul ne devine l'ampleur de la « machine » mafieuse qui se cache derrière ce meurtre. Pour le clan adverse des Siciliens, c'est le début d'une épopée qui va durer plus de 30 ans. Après avoir échappé à la justice pendant des décennies, les chefs mafieux Nicolò et Vito Rizzuto sont arrêtés et condamnés au milieu des années 2000, l'un à Montréal et l'autre aux États-Unis. Or, dans le coeur du clan sicilien, frappé d'une série de meurtres stratégiques, la débandade continue.
Dans un style vivant et fouillé, ce livre dévoile comment les deux parrains montréalais ont bâti, par la force et la corruption, un empire devenu à coups d'alliances et de compromis l'une des grandes puissances du crime organisé en Amérique du Nord. S'appuyant sur une abondante documentation judiciaire, sur des révélations policières et sur des confidences de proches de la famille Rizzuto, retracés jusque dans leur village natal de Cattolica Eraclea en Sicile, les journalistes André Cédilot et André Noël reconstituent l'histoire de cette organisation tentaculaire et toute puissante dont les ramifications, qui s'étendent partout dans le monde, sont ostensiblement liées aux pouvoirs politiques et au milieu des affaires.
Quand j'ai rencontré Régina, je n'avais pas tué depuis longtemps. Sauf papa, bien sûr. Mais ce n'est pas la même chose.
Ce jour-là, papa s'est assoupi avant le souper. J'ai allumé un cigare et j'ai serré ma bouche pleine de fumée autour de ses grosses narines vérolées. Je lui ai verrouillé la mâchoire. Il s'est étouffé pour de bon.
J'ai ouvert la fenêtre pour aérer. Des rafales hargneuses, chargées de gaz d'échappement, ont envahi la chambre. Le vent a fait voler les gobelets en plastique posés sur la table de chevet. Il a arraché un tableau suspendu au mur : chalet écrasé sous la neige, rivière gelée, biche, geais bleus et toutes ces fadaises forestières. J'ai fait mine de gifler le voisin de papa, qui me traitait d'assassin, et suis sorti aussi sec.
Valérie Soulières avait onze ans quand deux types cagoulés et armés ont fait irruption dans la roulotte de chantier de Soulières Construction et ont menacé d’abattre son père s’il ne leur remettait pas les recettes de la semaine. Dès l’été de ses dix-huit ans, elle achète un pistolet, un Glock 17L, dont elle ne se séparera plus jamais, même pendant ses études à Polytechnique. Elle est bien décidée à se protéger.
Une fois son diplôme en poche, elle reprend les rênes de l’entreprise familiale. Elle découvre bientôt que Soulières et Fille est exclus du club des grands contracteurs qui se partagent tous les contrats émanant de la Ville de Laval. Pour Valérie, il est hors de question de garder le silence devant ces manœuvres véreuses. Elle est prête à tout pour mettre au pas cette bande d’escrocs, quitte à devoir les battre à leur propre jeu. Elle réussit à obtenir un contrat pour un viaduc au-dessus de l’autoroute 15. Quand la structure s’écroule à cause d’un vice de construction, elle sait qu’elle devra se battre pour sauver sa peau. Mais ce que ses adversaires ignorent, c’est qu’elle possède toutes les armes dont elle aura besoin pour se défendre.
Entre manoirs cossus et exploitations agricoles, entre terrains de jeux et bars de danseuses, André Noël brosse un portrait plus vrai que nature d’une grande ville de banlieue prise dans les griffes d’entrepreneurs et d’élus véreux.

