Dima Abdallah
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Je ne comprends pas pourquoi mais je n'ai pas vraiment accroché. Ce livre est vraiment très bien écrit, basé sur des faits réels (la guerre au Liban) et pourtant la graine n'a pas germé, la bouture n'a pas prise. (Les personnes qui ont lu le livre comprendront ce côté "végétal" que j'emploie.
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« Bleu nuit » est cette couleur qui achève la nuit avant que le jour ne lui succède.
Ce roman est un monologue du narrateur, ancien journaliste,qui raconte comment il organise sa vie pour ne plus sortir de chez lui, pour travailler, puis ne plus travailler, se nourrir et vivre. Ses seuls contacts sont les livreurs. L’extérieur l’oppresse. L’intérieur doit être nettoyé au détergent et lui donne une vue sur l’extérieur, rythmée par les floraisons annuelles du marronnier sous sa fenêtre.
Le narrateur essaie de se délester de son passé, de ses images et c’est compliqué : des médicaments, des livres, la « Nocturne » de Chopin, de la drogue livrée par Moussa, la bouteille de whisky vidée d’un trait. Il chasse ses démons comme il peut.Il se souvient de deux dates : celle de sa naissance et celle du lendemain de l’enterrement d’Alma, la seule femme qu’il a aimée et est restée quand même dix ans avec lui malgré ses démons.
Cette vie se continue dans la rue car ce 21 mars, il décide de quitter son appartement et en jette les clés dans un caniveau. Il se raconte alors dans la rue, autour du Cimetière du Père Lachaise, où Alma est enterrée. Il raconte ses rencontres : Minuit, la chienne qui vient le voir à Minuit chaque soir alors qu’en journée, elle est couchée sur la tombe de sa jeune maîtresse. il raconte ses rendez-vous hebdomadaires fugaces avec des femmes dont le prénom rime avec Alma. Chaque femme porte avec elle sa détresse, sa tristesse mais aussi son attention vis-à-vis de lui.
« Bleu nuit » est la couleur de la robe d’Alma, mais aussi et surtout celle de la Méditerranée. Cette couleur se dévoile au lecteur à mesure que l’extérieur permet au narrateur de ne plus refouler ses souvenirs : ceux avec Alma, mais aussi ceux du Liban, de sa jeunesse et de son enfance, de sa difficulté d'être "Homme" auprès des autres de son âge, auprès de son père puis de sa mère.
La guerre du Liban l’en a fait fuir comme l’autrice qui lance, à travers son narrateur,un vrai cri traumatisant et nostalgique sur le Liban et ses beautés orientales, son climat ,ses odeurs et sa guerre.
Ce roman est écrit avec pudeur, poésie et chaque mot a son impact. Par son narrateur, elle raconte une difficile intégration : on ne peut pas oublier ses traumatismes. Par les carnets de son narrateur, illustré par des phrases d’auteurs célèbres, elle raconte sa sensibilité, ce qu’elle ressent et donne à son livre singulier une universalité qui trouve sa place parmi les plus grands.
C’est beau, époustouflant : chaque mot a sa place bien à lui dans ce capharnaüm désordonné, éclairé par un « bleu nuit » qui a du mal à exister au présent et dont la passé renait douloureusement.
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"Une mauvaise herbe c'est une plante qui pousse au mauvais endroit " Agatha Christie.
C'est bien elle que cite .... avant de commencer ce roman.
Beyrouth des années 80,en pleine guerre civile,guerre de religions,de milices,de factions qui rythme le quotidien des gens. La famille de ....n'a plus de chez soi et tient dans une valise ce qu'elle emporte au gré de ses déménagements. Cette guerre et ces détonations rythment aussi la vie de cette jeune écolière de 6 ans qui attend avec une sérénité fausse,une bravoure cachée mais une joie non feinte,le moment de la journée où son père appelé par l'école,devra comme les autres parents venir récupérer sa fille.
La fille et le père sortent alors doigt dans la main et emmenés en lieu sûr par ce père,ce géant,ce modèle,cette vénération,ce dieu.
Arrivés à la maison,ils s'occupent alors des plantes si chères à la grand-mère,ces plantes dont "Les mauvaises herbes".
Vient alors le moment de quitter le Liban pour la famille mais sans le père.
Une histoire à deux voix : celle de la narratrice fillette, ado et femme et de ce père qui raconte cette relation d'amour père fille que l'espace et le temps mettent un peu à mal,relation tissée par cette main que l'on transforme en la mettant dans celle d'un autre : une autre citation cette fois de Paul Eluard.
Une relation tissée par cet amour des plantes et même loin l'un de l'autre,père et fille entretiennent cette belle relation d'amour par ces plantes que chacun essaie de faire pousser,chacun d'un côté de la Méditerranée.
Un très beau roman de Dima ABDDALLAH , certainement un peu autobiographique,écrit avec poésie,force,de répétitions positives ou négatives qui sont une accumulation d'émotions,de jugements de la fille et de son père avec cette souffrance de la séparation et de cet exil intérieur.
De belles phrases percutantes qui se suffisent à elles mêmes pour décrire, expliquer sans justifier et surtout écrire sur le ressenti de ce peuple libanais balloté, dépouillé de ses racines à l'image de Beyrouth détruite et reconstruite artificiellement et ce n'est qu'un début ou plutôt c'est sans fin.
Merci à Dima ABDDALLAH pour ce roman pur,profond et pleine de sensibilité.
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