Tous les livres de Ettel Hannah
" La guerre nous a suivis de l'autre côté de la barrière. Elle nous poursuit parce qu'on est Juifs. C'est pas bien d'être Juif. C'est interdit. " Ettel Hannah se raconte petite, avec les mots d'une enfant de cinq ans qui tente de comprendre l'absurdité de la guerre, qui cherche des réponses trop douloureuses pour les grands qui se taisent, pensant protéger l'innocence. L'aventure de cette petite fille nous restitue intacts, comme une bouffée de mémoire, les fantasmes de l'enfant qui a peur, qui espère et qui s'interdit de rêver.
Cet ouvrage relate une histoire d'amour entre deux personnes âgées, qui se retrouvent par hasard dans la même maison de retraites, après que la vie les ait séparés, et qu'ils aient eu chacun leur propre histoire.
La vie dans les maisons de retraite avec la routine indifférente, la ségrégation sexuelle, mais aussi l'amour encore vivant dans le coeur des résidents donne un "livre-choc", à la fois roman et témoignage.
Il est déroutant par le parti pris de choisir cet aspect de notre société actuelle, celui de voir dans la personne âgée, non plus la personne qu'elle fut autrefois, mais un futur mourant et mort que l'on confine dans un endroit clos.
"C'était il y a bien longtemps. Quand le temps existait et qu'il ne comptait pas ". Ettel Hannah, dans un récit poignant et intimiste, relate la mort de son mari, une nuit de juin, à l'hôpital : " Ce ne peut pas être la réalité, et Michel ne peut pas être mort. On ne meurt pas comme ça. Il faut des discours, des derniers mots, des cris, des larmes.
Il n'y a là que le silence, ma tête dans un étau, mon estomac retourné ". Après " le temps arrêté ", puis " le temps suspendu ", après la catharsis régénératrice, vient " le temps qui reste ", car la vie est une sève qui vous porte et il faut bien continuer à vivre puisque " la route des saisons se poursuit ". On retrouve ici les qualités de cet écrivain qui nous donne ici son troisième ouvrage.
C'est avec une incontestable originalité qu'elle traite d'une expérience douloureuse et universelle, car qui n'a pas connu ou ne connaîtra la perte d'un être aimé ?

