Gellu Naum
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Le poéte déclarait ailleurs : « J'aime regarder avec une attention intense et totale les signes troublants qui surgissent de n'importe où, d'un morceau de papier trouvé sur le chemin, du chapeau agité par le voyageur depuis la fenêtre du train, des profondeurs de mon âme, de l'aile d'un oiseau, de tout ce que je retiens, combiné avec le regret de cette amnésie stupide qui m'empêche de relier mon état de veille à la totalité de mes rêves, de continuer sans une ombre d'hésitation à suivre mon chemin, surtout celui qui se perd dans les couloirs profonds du sommeil, de l'ombre d'une femme ou du coassement d'une grenouille. »
Il invoque ici l'action libératrice de la poésie pour propulser de l'espoir et des désirs, pour transformer la théorie en réalité vivante. Elle répond à une besoin impérieux de miraculeux.
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Récit surréaliste, "Zenobia" est en Roumanie un classique. Gellu Naum est en effet resté fidèle au surréalisme jusqu'en 1985, alors qu'en France... Il faut dire aussi que sous le communisme, il ne pouvait s'exprimer que sous contrainte.
L'intrigue est mince : Gellu Naum, auteur et narrateur, tombe amoureux de Zenobia et ils vont vivre ensemble dans les marécages. Puis ils décident de s'installer en ville, aidés par une amie, Maria, qui finit par se marier, contrainte par la pression sociale, à l'universitaire Ioachim. Finalement, Gellu et Zenobia retournent dans leur grotte. L'histoire est ponctuée d'une multitude d'histoires annexes (celle de Mme Gerda et de son pot de chambre, etc.)
Selon mon interprétation, Naum aborde la difficulté de saisir la réalité et l'angoisse métaphysique qui en découle, avec, pour corolaire, la vanité des systèmes qui tendent à présenter des solutions toutes faites, dont il se moque de manière pas toujours très fine. Sur un plan plus intime, il livre sa manière de vivre cette angoisse, de l'annihiler par la passion amoureuse.
Néanmoins, ce n'est pas un récit surréaliste pour rien et il reste ouvert à bien d'autres interprétations, notamment politiques. La surprise et la fantaisie, l'absurde y prospèrent (par exemple, le vieillard chez qui Zenobia et Naum se rencontrent s'appelle Sima, comme le chef du mouvement légionnaire qui a dirigé brièvement la Roumanie, Horia Sima).
Quelques coquilles et quelques mots en bulgare et en allemand non traduits, sinon l'édition reste bonne, le format un peu réduit des pages est une bonne idée : dans les moments où l'on a du mal à suivre, on voit les divisions assez brèves et on sait qu'on va bientôt passer à autre chose. Je garde un bon souvenir.
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Un certain embarras pour noter ce livre. Je me dis que ne pas en attribuer de note peut être assimilé à tort à un oubli. Hélas, noter à tout prix n'est pas toujours la meilleure solution. Avec mes petites assistantes, nous avons donc longuement débattu et la moyenne arithmétique est sans appel : trois étoiles. À cela plusieurs raisons. Les illustrations de Dan Stanciu, injustement oublié dans les présentations d'autres livres comme celui plutôt récent La ventolière en plastique de Marius Chivu, sont qualifiées par le quatrième de couverture de dessins psychédéliques et colorés. Si ces dessins ont un petit quelque chose du Victor Brauner que j'ai pu admirer au musée d'Art moderne et contemporain de Strasbourg, nous ne les avons cependant pas trouvés psychédéliques. Heureusement, car le contenu de l'histoire est par moments effrayant. Il en va ainsi ainsi du passage sur le Ku Klux Klan. Globalement, ce livre paraît à la fois cher et moyennement satisfaisant dans l'offre foisonnante de livres pour enfants. En ce qui me concerne, ce voyage autour du monde du pingouin Apollodore qui, l'instar de Fram, l'ours polaire, quitte son cirque de Bucarest car il se languit de sa famille pour finalement revenir auprès de ses amis artistes, reste une œuvre d'un auteur que j'aime beaucoup. Malheureusement, ni la rencontre du capitaine Cyrus Smith, tout droit sorti de l'île mystérieuse de Jules Verne, ni l'âpreté de la démocratie américaine, dans une versification pas toujours très réussie, n'ont suscité mon enthousiasme cette fois-ci.
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Biographie
Gellu Naum était un poète surréaliste, prosateur et traducteur roumain.
Il a fait parti à côté de Gherasim Luca et Virgil Teodorescu, de la deuxième vague du surréalisme roumain. Quelques titres de sa très riche activité poétique : Le voyageur incendiaire (1936), La Liberté de dormir sur le front (1937), Vasco de Gama (1940), Medium (1945), Le terrible interdit (1945), Le Château des aveugles (1946), Athanor (1968), L'arbre animal (1971).
Il a traduit Diderot, Stendhal, Prévert et Char en roumain
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