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Sur ce, Murphy s’éclipse et Ed ne tarde pas à le suivre, son adjoint sur les talons. Je me mets en devoir de fouiller la pièce, ce qui ne me prend guère plus de deux ou trois minutes. Le placard renferme quelques vêtements de plage, la commode deux ou trois slips, soutiens-gorge et autres menues lingeries. La tête du lit s’agrémente de deux tiroirs formant table de chevet ; celui de gauche recèle un petit sac du soir noir ; j’en examine le contenu : mouchoir de dentelle, rouge à lèvres, poudrier, et un trousseau de quatre clés. Je referme la pochette et l’emporte dans la salle de séjour où j’avise la brune aux yeux hagards, fort occupée à explorer les rondeurs de son personnage. J’admets d’ailleurs bien volontiers qu’il existe de multiples façons infiniment plus négatives de tuer le temps.
Afficher en entier— Quand il n’est pas vénal, l’amour appelle le dithyrambe. C’est une sorte d’adrénaline qui fait chanter le ménestrel et délirer le poète. (Devant le néant de mon expression, elle sourit et se frotte doucement la joue contre son épaule.) Mais combien de superlatifs sont appliqués à l’amour quand on l’offre assorti d’une étiquette qui en fixe le tarif ? Le qualificatif le plus aimable est alors « sordide ». Elinor le savait, mais elle s’en moquait éperdument ; pour elle, c’était un moyen facile de gagner sa vie. Elle avait un sens pratique très développé qui lui permettait de vivre largement. Elle prétendait gagner une moyenne de trois cents dollars par semaine.
Afficher en entierMurphy consulte sa montre et renifle bruyamment, comme s’il venait de se rappeler tout à coup que cinq autres cadavres se morfondent en attendant ses soins.
Afficher en entier— La dernière fois que Wheeler a été psychanalysé, on en a conclu qu’il souffrait d’un simplexe de complaisance. Pourtant, on a estimé que, s’il parvenait, ne fût-ce qu’un instant, à cesser de s’intéresser aux complaisantes, peut-être qu’au lieu de rester un malheureux crétin, il se hausserait au rang d’imbécile heureux.
Afficher en entierJ’allume une cigarette et lui pose quelques questions. J’apprends qu’elle est arrivée à la maison vers dix heures, qu’elle est entrée avec sa propre clé et qu’elle a découvert le cadavre. Elle a immédiatement téléphoné au bureau du shérif et elle a attendu mon arrivée. Elinor Brooks était sa meilleure amie et toutes deux partageaient le cottage. Elle ne pensait pas y trouver Elinor au milieu de la semaine ; les deux jeunes femmes l’utilisaient chacune à leur tour pour le week-end. Angela a un appartement à Pin City, tout comme Elinor, et situé dans le même immeuble et sur le même palier.
Afficher en entierDe lourds rideaux étroitement tirés dispensent dans la chambre une pénombre crépusculaire. Je referme la porte derrière moi et allume le lustre. L’atmosphère confinée s’alourdit de relents de tabac refroidi et de parfums coûteux. Mes yeux s’habituent à la vive lumière et se posent sur une piste jalonnée de vêtements qui s’amorce à mes pieds par une robe froissée, suivie d’une combinaison de dentelle noire, puis d’un minuscule porte-jarretelles ; ensuite, vient un soutien-gorge assorti et enfin – au pied de l’immense lit – un petit pantalon de dentelle noire. Le corps nu de la fille est étendu sur le dos, au travers de la courte pointe de satin bleu. Je m’avance encore et observe le tableau d’un œil attentif.
Afficher en entierL’absence de vestibule fait que je me retrouve directement dans la salle de séjour. Une baie vitrée donne sur la plage et la mer ; l’inévitable « morceau de bois roulé par les flots » trône dans la cheminée. L’ameublement donne dans un style colonial aussi morne que faux et la pièce dégage une pénible sensation d’inhabité.
Afficher en entierSur ce, j’exhibe mon insigne de fer-blanc et, plein d’optimisme, le lui balade sous le nez comme s’il s’agissait d’un grigri chargé d’éloigner le mauvais œil.
— Le pouls ne bat plus, les chairs se pourrissent, reprend-elle de la même voix d’outre-tombe. Oh ! sombre, sinistre cercueil dont le souffle fétide a raison de la terre ! Accourez ! Unissez vos voix, qu’elles scandent les lamentations rituelles…
Afficher en entierVrai, la journée est trop bath pour s’occuper d’histoires d’assassinat. Les grands rouleaux du Pacifique déferlent sur la plage dans un fracas de tonnerre ; ils éclatent et se dispersent en milliers de ruisselets saupoudrés d’écume. Le ciel est d’un bleu de carte postale, le soleil brûlant ; la logique la plus élémentaire m’inciterait à passer le reste de la journée étendu sur le sable en compagnie d’une sirène en bikini. Hélas ! ces rêves-là n’ont qu’un temps, pour les types qui, comme moi, sont tributaires de leur feuille de paie mensuelle. Force m’est donc de m’arracher à ces joyeux fantasmes ; je descends de voiture et me propulse vers la porte d’entrée. Le cottage vous a un petit air de guingois, à croire que le vent du large a eu le dernier mot dans la dispute qui l’a opposé à l’architecte.
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