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Extrait ajouté par BelleBrunette 2026-01-11T06:03:02+01:00

Je me souviens quand, en 2003, des organisations non gouvernmentale sont venues dans ce village avec dans leurs énormes cartables de gros projets de développement qui visaient à approvisionner les ménages en eau potable. Les bornes-fontaines avaient été implantées dans tous les quartiers et inaugurées en grande pompe. Malheureusement, personne, pas un seul villageois, n'avait trouvé ces réalisations utiles. Les femmes préféraient traîner leurs calebasses et leurs jarres jusqu'à la rivière, à deux kilomètres environ de leur domicile, pour avoir de l'eau.

Elles sortaient, le pagne noué à l'abdomen, un foulard sur la tête et le récipient en main. Au fil du chemin, elles appelaient d'autres femmes par leurs noms, qui sortaient de leurs cases pour faire croître le nombre. Les bornes-fontaines ont servi de jouets aux enfants. Occupées par les travaux champêtres et ménagers, les femmes n'avaient pas besoin de ces point d'eau car le chemin de la rivière était le seul lieu et moment de rencontre, de partage, de rires et de confidences. C'est ce qui arrive quand on pense le développement sans consulter les bénéficiaires.

Que gagne-t-on à s'ouvrir aux autres ? Quelle est la déontologie qui encadre l'action de l'autre sur notre espace ?

p.187-188

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Extrait ajouté par BelleBrunette 2026-01-11T06:02:19+01:00

Il fallait fuir ou périr.

Je vous parle de Charles de Gaulle, des exactions sous son autorité. Je vous parle de Max Barder, pilote d'hélicoptère au Cameroun entre

1962 et 1964, sergent-chef du corps expéditionnaire français. Je vous parle des milliers de morts, des têtes de nos aïeux bamilékés et bassas exposés en plein carrefour à midi pour dissuader les populations de lutter. Je vous parle de l'horreur coloniale, de Bafoussam qui était le comptoir des corps mutilés, je vou parle d'une histoire d'extermination. Je vous parle enfin de l'inavoué génocide bamiléké.

p.185-186

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Extrait ajouté par BelleBrunette 2026-01-11T06:02:06+01:00

On distingue plusieurs organisations de danse : danses rituelles, d'animation, de guerriers, de femmes, d'hommes ou de jeunes. Les principales danses d'animation sont le zing; le Ku'ngàn et le Mazong.

Pour les danses rituelles, le zing est organisé pendant les funérailles qui parment la cérémonie de fin de deuil d'un défunt, des années après son départ. Les danseurs performent la plupart vêtu de ndop, quelques-un portant des Nju (chapeaux à plusieurs faces), des makùm ( masques).

Les initiés dansent avec le Ngùb ngwi (peau de panthère), une tige de kweken (arbre de paix) dans la bouche symbolisant leur incapacité à prononcer un seul mot. Les rois du village et des villages voisins accompagnés par les notables ont sur la tête des Loon aux cordes pendantes, une Nné (épée) dans une bandoulière de raphia, des Letono ngù (plume rouge du corbeau) incrustées sur leurs chapeaux. Des coups de feu sont tirés à des kilomètres du lieu de la manifestation. La danse des queues de cheval ornées de perles qui se balancent dans les airs, c'est une vraie performance. Les femmes aussi entrent, vêtues d'un uniforme commun, le Kaba lùn (robe de femmes appartenant au même groupe).

Le Ku'ngàn est une confrérie de la magie bienfaitrice où les membres oeuvrent pour éradiquer toute personne à l'intention pernicieuse. Le

Ku'ngàn stoppe les attaques mystiques pouvant nuire à l'équilibre des familles ou de la société. Chacun de ses membres est appelé nkweken dendom (homme de paix et de jujube). Respectée et crainte pour son immense pouvoir mystique, la loge ne se manifeste que lors d'occasions particulières, performances royales, décès d'un maillon important de la société, chasse aux sorciers. Leurs longues tuniques noires qui soutiennent la cagoule en forme de pieuvre aux milles tentacules sont chargées de fétiches. Pendant les rites, ils tiennent dans leurs mains des paniers ou tamis remplis d'eau ou de feu. La confrérie assure la protection du chef et la stabilité de son pouvoir. Il n'est pas rare de voir les notables se prosterner devant sa performance. Au cours des démonstrations, quand le chef bouge le pied, sourit ou hoche la tête, l'effervecence atteint son comble, le chef a dansé, c'est une occasion rare.

S'agissandu mazong, on le danse avec les sonailles aux genoux et les uniformes faits de cauris. C'est la danse des guerriers et des jeunes.

p.178-180

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Extrait ajouté par BelleBrunette 2026-01-11T06:00:48+01:00

La semaine prochaine, j'irai au collège des Nzwe Ssé (guerrisseuses), des notables, des puolà, tous les autres corps traditionnels et j'apprendrai. L'idée est de faire une synthèse de notre savoir pour qu'il ne s'use pas. Aujourd'hui, c'est auprès de ma belle-mère que j'apprends l'alphabet. Il compte trente-deux lettres inculant la virgule et le point. Il contient vingt-quatre consonnes et huit voyelles.

(...)

J'apprends aussi les jours de la semaine. Huit jours consécutifs forment la bague hebdomadaire. (...).

Le premier jour de la semaine est un jour férié, jour de repos des femmes. Seuls les hommes et les enfants sont autorisés à travailler à la houe, la machette et tout autre objet en fer. Ce jour a été instituté pour célébrer la femme, qui est la matrice nourricière de la communauté.

Le troisième jour est celui du petit marché. Les communautés voisines se retrouvent à la place du commerce pour troquer leur biens. Avant l'avènement de la monnaie, les cauris étaient utilisés comme capital d'un commerce. C'est aussi le jour des sacrifices et de tous les autres rites d'initiation. Tous les Nzwé Ssé et autres guérisseurs y sont. Les chèvres attachées çà et là et de la volaille sont proposées pour offrir des sacrifices.

Les poussins sont utilisés pour des rites de purification. Le malade qui est par exemple frappé par l'esprit de malchance offre des sacrifices aux dieux, puis un ministre du temps lui balaie le crâne avec un poussin qu'il lui pose par la suite sur la tête. Si le poussin saute sur le dos du malade, on applaudit, les dieux ont accepté le sacrifice et l'homme est libre, le mauvais génie vient d'être transféré au poussin qui s'en va aussitôt. Il n'est permis à personne de le garder chez lui, il erre dans la nature et finit généralement par être capturé par un corbeau. Jamais la nourriture n'a manqué dans les lieux sacrés, elle est partagée à tout le monde sans distinction de classe d'âge ou de caste. Il n'y a pas de temps sans cours d'eau. Ceux vivant dans les métropoles comme Yaoundé et Douala, en plus de l'eau, prennent la terre des lieux pour purifier leur habitat. C'est leur manière de rester connecté aux entités créatrices et providentielles.

Le septième jour est celui du grand marché. Les villages voisins se déplacent et viennent échanger avec les communautés locales.

Le huitième jour est reservé aux dieux et aux rencontres des sociétés secrètes. Aucun bruit dans le village, ni lamentations de deuil, ni festivités. C'est le jour saint.

Chaque cycle de lune constitue un mois complet. Douze cycles lunaires, douze mois pour une année entière.

1. Mi-saison sèche (janvier)

2. Mois du travail de la terre (février)

3. Mois de semences (mars)

4. Mois de la faim (avril)

5. Mois de la grande faim (mai)

6. Mois du renouvellement des récoltes (juin)

7. Mois des pluies diluviennes (juillet)

8. Mois des pluies (août)

9. Mois des termines (septembre)

10. Mois de la terre ferme (octobre)

11. Mois de transition entre les pluies et la sécheresse (novembre)

12. Mois de sécheresse (décembre) p.174-177

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Extrait ajouté par BelleBrunette 2026-01-11T05:59:25+01:00

Le premier-né de la femme est toujours nommé d'après son père, le deuxième, d'après son beau-père, sa mère et sa belle-mère suivent.

p.149

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Extrait ajouté par BelleBrunette 2026-01-06T14:00:56+01:00

Taliè, me voici ici chez nous, dans le foyer où tu m'as nourrie. Oh, que tu nous manques ! Les lieux sans ton souffle frôlent le désert, et même les animaux domestiques que tu aimais tant se font absents. Père, parce que je n'ai pas eu d'autre figure paternelle que la tienne, me voici, je te reviens innocente telle que tu m'as connue, telle que tu m'as nourrie."

C'est une tradition de saluer les morts et les esprits quand on entre dans un village, dans une concession où on n'a pas vécu depuis longtemps. Il faut se présenter pour ne pas être confondu avec l'ennemi qui vient piller. Je ne pouvais pas franchir le seuil du foyer familial sans signaler ma présence au maître des lieux, mort ou vivant.

Les morts ne sont pas morts, dit-on ici.

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Extrait ajouté par BelleBrunette 2026-01-06T13:40:51+01:00

Tant que Yaoundé respire, le Cameroun vit.

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