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Extrait ajouté par feedesneige 2016-04-10T21:21:37+02:00

L’arrière de son crâne prend un aspect éloquent. J’allume une autre cigarette et j’attends quelques minutes. Ève Kutter entre en courant dans le salon. C’est une petite blonde grassouillette, aux seins pigeonnants et aux belles jambes. Son visage m’annonce aussitôt qu’elle cherche toujours à faire plaisir aux gens. Elle doit rire pour un rien sauf dans le cas où, comme maintenant, elle est écrasée par une Horrible Tragédie. Si elle sait quelque chose d’intéressant, elle me le cache bien. Nick était un type formidable. Elle ne voit absolument pas qui aurait pu envisager de le tuer. Est-ce que je ne crois pas qu’il s’agit d’un fou entré par effraction dans la maison ? Elle confirme l’alibi de son mari. Oui, ils étaient au lit entre minuit et une heure du matin. En fait, ils sont restés au lit de onze heures et demie jusqu’au moment où George a reçu le coup de téléphone de Miriam lui racontant l’effrayant malheur qui était arrivé au pauvre Nick. Je chasse de mon esprit dépravé la question de savoir comment la blonde et grassouillette fille si désireuse de plaire se comporte au lit, la remercie et observe son popotin rondouillard se dandiner, tandis qu’elle sort de la pièce.

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Extrait ajouté par feedesneige 2016-04-10T21:20:59+02:00

CHAPITRE II

— Je n’arrive pas à y croire. (George Kutter frappe sa main ouverte du poing pour souligner ses dires.) Il est incroyable – absolument impensable – qu’on ait pu faire une chose pareille à Nick.

Le petit frère a la quarantaine, une coupe de cheveux martiale, des yeux bruns qui expriment la stupéfaction, pour la première fois de sa vie peut-être. Il est habillé comme pour une réunion de conseil d’administration, complet à cent dollars, cravate tellement sobre qu’elle se confond presque avec sa chemise. Sa femme est au premier, elle soutient et réconforte la veuve, de sorte qu’il n’y a que nous deux dans l’immense salon.

— Pourtant, quelqu’un a tué votre frère, je constate. Avait-il des ennemis, monsieur Kutter ?

— Des ennemis ? (Il renifle et tortille ses épaules massives.) Bien entendu, qu’il avait des ennemis, tout le monde en a. Mais personne qui lui en ait voulu à ce point.

— Si personne ne lui en voulait, c’est peut-être pour son argent qu’il a été tué, je propose. A qui sa mort profite-t-elle ?

Les sourcils épais se froncent.

— Sale question, lieutenant. (Il émet un rire sec.) A moi, entre autres, indubitablement.

— Comment ça ?

— Ceci représente un petit empire. (Il a un geste vague en direction de la vastitude extérieure.) Mais tout aboutit, en fin de compte, aux « actions Kutter », qui n’avaient que deux directions, Nick et moi. Il était également prévu qu’en cas de démission ou de décès, le second directeur pourrait racheter la part de l’autre. La valeur de chaque part est calculée selon une formule très compliquée. Ça va me coûter plus d’un million. Mais dans l’état actuel des affaires, la part de Nick va me faire réaliser un joli bénéfice. (Il frappe son poing contre sa main.) Voilà qui est parfait ! (D’un ton de dégoût.) Nick est sauvagement assassiné et moi j’empoche un joli bénéfice !

— Et la veuve ?

— Nick lui a tout laissé.

— Donc vous êtes deux à bénéficier de sa mort ?

Ses yeux s’élargissent.

— Miriam ? Vous ne la soupçonnez tout de même pas !

— Pourquoi pas ? fais-je froidement. Son mari et elle se disputaient sans arrêt, m’a-t-on dit.

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Extrait ajouté par feedesneige 2016-04-10T21:19:32+02:00

CHAPITRE PREMIER

Vista Valley se situe derrière la montagne Chauve, à une dizaine de kilomètres de Pin City, c’est-à-dire au beau milieu de la circonscription du shérif. Ce n’était autrefois qu’une étendue d’herbe verte et grasse. On y trouve à présent de vastes propriétés construites à coups de grands billets verts. Et l’une des plus vastes est celle des Kutter.

Au volant de ma voiture toute neuve, sur la route sinueuse où je ne dépasse pas les cent kilomètres-heure réglementaires, je récapitule ce que je sais de Nicholas Kutter. Un promoteur foncier qui a débuté avec une centaine d’hectares de cambrousse qu’il a transformés en un lotissement de banlieue – baraques en duplex, serrées les unes contre les autres, garages à deux voitures et existence pas marrante – puis il s’en est lavé les mains. Il y a des gens qui l’appellent « ce vieux Nick » ou « Papa Méphisto » et que ça ne fait pas rire. Le ruban magnétique de ma mémoire cesse alors de défiler. Et voilà tout ce que je sais sur ce type qui me tire des toiles parce qu’il a eu la malencontreuse idée de se faire assassiner au beau milieu de la nuit.

La maison se trouve à cinq cents mètres au moins du portail de bronze planté dans le mur de brique qui enclot la propriété. Elle ressemble à une maison du sud des États-Unis, avec ses énormes piliers blancs. Au premier étage, un balcon en barre la façade sur toute sa longueur et les grandes fenêtres sont toutes illuminées. Je range mon auto à côté d’une voiture de patrouille et je grimpe les marches du vaste perron qui précède la porte d’entrée. J’appuie mon pouce sur la sonnette et j’attends qu’une jeune et sémillante Scarlett O’Kutter vienne m’ouvrir et m’accueille avec un air de surprise ravie. Ce n’est que le sergent Polnik.

— Lieutenant Wheeler ?

A voir l’expression de son visage primitif, on croirait que je suis bien la dernière personne qu’il s’attendait à rencontrer.

— Ça alors ! C’est moche… Vous tirer des plumes au milieu de la nuit !

— L’appel du devoir. Le shérif Lavers me cornait dans les oreilles tel un taureau esseulé. J’ai besoin de travailler, j’ai donc répondu à son appel.

— Vous voulez voir le corps, lieutenant ?

— Non, dis-je avec franchise. Mais je suppose que je ne peux pas faire autrement.

J’entre dans le vestibule qui pourrait abriter un congrès entier de clubmen de province. D’un côté, un escalier circulaire semble monter droit dans l’Espace. Il y a encore des moments où je me laisse éblouir par l’argent et ce qu’il peut faire. Mais pour l’instant, je n’en souffre guère. La maison des Kutter n’est pas du tout mon genre. Si on m’y enfermait avec une blonde, je pourrais jouer à cache-cache une bonne semaine sans arriver à mettre la main dessus. Ma taule personnelle, style compact avec un pick-up « hi-fi » et divan monstre, a des avantages indiscutables.

— Le corps est dans la bibliothèque, me rappelle Polnik.

— Bibliothèque ?

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