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Extrait

Extrait ajouté par hilde02 2022-08-18T19:38:05+02:00

La boutique dont m’a parlé Jude ne paie pas de mine. Une grande vitrine vide – uniquement ornée d’une enseigne néon géante représentant une main pourvue en son centre d’un œil grand ouvert, histoire d’illustrer que les lieux appartiennent à une diseuse de bonne aventure –, une vieille porte à la poignée usée par le temps et à la peinture, du moins ce qu’il en reste, écaillée… La grande prêtresse m’avait prévenue de ne pas me fier aux apparences, mais je dois avouer que cela demande un réel effort une fois que l’on est devant ce vieux boui-boui.

— Tu es sûre que c’est ici ?

Je vérifie une nouvelle fois l’adresse inscrite sur le bout de papier que m’a confié la grande prêtresse, au cas où elle aurait changé. Comme si c’était possible…

— Oui, à moins qu’il existe un autre 365 Harving Street, à Chicago, le cabinet de voyance que nous cherchons est bien ici.

— Bon, ben on y va, alors.

— Mouais…

— Qu’est-ce qu’il y a, tu hésites ?

Trois jours sur les routes et Becca lit déjà en moi comme dans un livre ouvert. Elle a appris à me décrypter à une vitesse hallucinante. D’une certaine manière, ce n’est pas vraiment étonnant. Jude nous a expliqué que lorsqu’elle jetait un charme, celui-ci ne faisait que révéler ce qu’il y a déjà en nous et aurait pu exister. Ce n’est sûrement pas pour rien qu’elle nous a vues comme étant de si proches amies…

— C’est ma seule piste. Si ça ne donne rien…

— Hé, Sand, déstresse. Je suis sûre que ça va marcher.

J’inspire profondément avant de traverser la rue d’un pas décidé.

Le grincement strident de la porte m’arrache une grimace en même temps que je l’ouvre. L’intérieur du magasin n’est pas plus alléchant. Il a dû avoir ses heures de gloire… il y a cent vingt ans, peut-être. Et encore… À présent, il n’a à offrir que de vétustes étagères poussiéreuses garnies de pierres et de bocaux en tous genres, qui n’ont pas vu un client depuis des lustres.

J’espère que la propriétaire des lieux est toujours de ce monde. Je m’attends à tout moment à voir une vieille femme toute fripée émerger du fond de la pièce à travers le rideau de perles décati. Au lieu de ça, c’est une jeune femme d’à peine vingt ans qui apparaît derrière le comptoir.

Elle a les cheveux violets, une jupe plissée à carreaux, et une cravate à moitié défaite échoue entre ses seins sur son chemisier blanc. On la croirait tout droit sortie d’un manga.

— Salut, bâille-t-elle entre deux bulles de chewing-gum.

— Euh, salut. On cherche madame Zanthia.

— C’est pour quoi ?

— On lui dira quand on la verra.

J’ai aboyé plus que je n’ai répondu. À son avis, pourquoi des étrangers pourraient-ils bien demander à rencontrer une voyante, dans une boutique de… voyance ?

— Dans ce cas, la porte est là.

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