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Les derniers mots de Radulf s’étranglèrent dans sa gorge : un homme venait de surgir sur la route, à quelques mètres de là, les vêtements déchirés, le visage maculé de sang et affreusement mutilé. Il avait perdu un œil, son nez était fracturé à plusieurs endroits, et une entaille profonde traversait sa tempe gauche jusqu’à son oreille. Un long gémissement plaintif s’échappa brusquement de sa bouche grande ouverte lorsqu’il aperçut la charrette.
Aldavir prit tout à coup conscience qu’il avait cessé de respirer, et que le véhicule s’était immobilisé. Il laissa l’air s’engouffrer dans ses poumons douloureux, tandis que Radulf lui collait d’autorité une arbalète entre les mains. Le marchand s’empressa d’en lever une seconde vers le cadavre ambulant, puis vers l’endroit d’où celui-ci émergeait : des branches craquaient. Quelqu’un – ou quelque chose – approchait. Klothilde avait également ressenti le danger. Elle piétinait la neige avec l’envie irrépressible de fuir dans l’autre sens.
Enfin, une silhouette sombre et massive apparut entre les arbres. C’était un loup immense au pelage brun. Aldavir n’en avait jamais vu de cette taille. Ses doigts tremblants se crispèrent sur l’arme.
Afficher en entierAldavir sentit une boule se former dans le creux de son estomac. Combien de fois s’était-il interrogé sur ce symbole? Combien de fois s’était-il dit qu’il s’agissait de la marque d’un paria? Il avait bâti son histoire sur cette empreinte au fer rouge, convaincu qu’il n’avait sa place nulle part. Et, aujourd’hui, cet homme prétendait tout le contraire…
Afficher en entier– Heim a voulu me punir pour avoir refusé de participer aux massacres. Il me l’a arrachée en pleine nuit. Et ce démon s’est bien assuré que j’assiste à tout.
Ses mains tremblèrent, ses émotions le submergeaient.
– Il voulait que j’entende son hurlement lorsque les aiguilles s’enfonceraient dans sa chair! Ma…ma p’tite fille m’a supplié. Elle m’a imploré de l’aider. Et je n’ai rien pu faire…
Afficher en entierPeut-être plus pour très longtemps. Son champ de vision était réduit, mais il voyait distinctement les pattes antérieures d'un loup. Et un bras arraché. La main mutilée portait une bague bien trop familière. Les mâchoires serrées, il se força à ne pas crier et à ignorer les bruits de mastication. Les larmes aux yeux, il ne pouvait plus rien faire pour son vieux protecteur. Il se prit à espérer que le marchand comblerait l'estomac affamé du prédateur, et que son propriétaire ne s'apercevrait pas de sa présence.
Afficher en entierSoudain, Klothilde bifurqua sur la gauche, sans aucune raison apparente, et s'enfonça dans la forêt. Radulf faisait son possible pour reprendre le contrôle de la situation, mais les roues glissaient dangereusement. Sur ce terrain accidenté, il suffirait d'un rien pour que la charrette bascule.
Afficher en entierLe garçon tira avant de réfléchir. Déséquilibré par la fuite de Klothilde, il manqua bêtement sa cible. Il se rattrapa de justesse au banc en bois pour ne pas se retrouver projeté hors du véhicule. Malheureusement, son geste de sauvetage provoqua la perte de son arme ; il avait lâché son arbalète, et celle-ci avait atterri dans la neige.
Afficher en entierIls se tenaient prêts. Silencieux, attentifs. Le cœur du garçon battait à tout rompre dans sa poitrine. Rad était son mentor, son protecteur, sa seule famille. Rien d'autre ne comptait que ses directives. Il avait passé assez de temps avec lui – près d’une année – pour savoir ce qui le préoccupait : le village était devant eux. S'ils rebroussaient chemin, ils ne rencontreraient pas âme qui vive avant plus d'une semaine.
Afficher en entierL'animal s'avançait à découvert, les babines retroussées, et la fourrure souillée de sang. Un débris de lame était encore partiellement enfoncé dans son thorax. Le nouveau venu les jaugea, avant de porter toute son attention sur la proie qui lui avait échappé. Celle-ci sanglotait, épouvantée. L'homme s'était écroulé dans la neige et se traînait comme il le pouvait, dans une tentative désespérée de fuir. C'était peine perdue. La distance qui le séparait de son traqueur diminuait inlassablement.
Afficher en entierLes derniers mots de Radulf s'étranglèrent dans sa gorge : un homme venait de surgir sur la route, à quelques mètres de là, les vêtements déchirés, le visage maculé de sang et affreusement mutilé. Il avait perdu un œil, son nez était fracturé à plusieurs endroits, et une entaille profonde traversait sa tempe gauche jusqu'à son oreille. Un long gémissement plaintif s'échappa brusquement de sa bouche grande ouverte lorsqu’il aperçut la charrette.
Afficher en entierAldavir n'avait aucune envie de sourire. Voilà plus d'une semaine qu'ils avaient quitté la civilisation et ses auberges chaudes pour s'enfoncer dans les terres neigeuses des montagnes du Nord. Il en avait plus que marre de la blancheur du décor, de l'absence de plus en plus oppressante d'habitations, de ce froid et de ce vent qui lui gelaient le visage. De plus, le silence de la montagne avait un côté angoissant. Il préférait les grandes villes et leur brouhaha infernal, leur population qui se bousculait dans tous les sens, et les multiples recoins et cachettes qu'elles lui offraient quand ses mains agiles volaient ce que leur bourse ne pouvait plus payer.
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