Ajouter un extrait
Liste des extraits
Quand je le retrouve à l’intérieur, ce que je vois me décontenance. Sacha se tient assis en tailleur sur le socle de la coupole, la tête entre les mains. Je m’approche un peu. Il relève la tête, l’air meurtri. Les yeux cernés, les cheveux en bataille, il fait vraiment peur à voir. Si je le voyais pour la première fois, je me sauverais en courant. S’il n’y avait pas là un enjeu pour mon avenir, et si je ne ressentais pas de la pitié pour lui, je ne resterais pas une seconde de plus ici.
— Je ne suis qu’un abruti, finit-il par dire d’une voix grave, brisée.
Je n’ai pas le cœur de l’approuver. Je me contente de tirer le petit bureau vers la porte et d’y déposer soigneusement ma seringue remplie de liquide bleuté ainsi que mon digipass. Je décapuchonne la seringue avec les dents comme pour signifier : « Parfait. Tout est au point maintenant. » Après quoi, je m’assois et pose les mains à plat sur la table, prête à dégainer. Ou à fuir.
Un long silence s’installe dans la pièce.
— Vas-y, dis-moi, fait-il. Allez, insiste-t-il, dis-moi à quel point mon comportement a été idiot, égoïste, et déplacé. Énerve-toi, injurie-moi, frappe-moi même ! Je comprendrai.
Je lui ordonne d’une voix autoritaire :
— Arrête ! Je sais que tu as fait ça parce que tu es sous l’emprise de ta déficience. Du calme, tout va bien.
En réalité, je n’en pense pas un mot. Tout ne va pas bien. Je suis en colère.
— Pourquoi tu es revenue, si ça n’est pas pour m’en coller une ?
— N’oublie pas que je suis une digitale ! Une digitale n’a jamais recours à la violence.
— Ah bon ? persifle-t-il. J’ai dû me faire ce bleu tout seul alors.
Il se retourne et relève son tee-shirt, dévoilant un superbe macaron violacé sur l’omoplate. Je me revois en train de le projeter contre le mur.
— Sans doute, oui.
Un sourire se dessine au coin de ses lèvres.
Afficher en entierSon arrogance me pique au vif. Une décharge me parcourt le corps : il faut que je parte d’ici ! Ruby est en alerte.
Il y a bien longtemps, j’ai appelé mon programme digital « Ruby », à cause de ses initiales. En ce moment, je ressens vraiment la présence de Ruby à l’intérieur de moi. Elle veut prendre possession de mon corps, et me pousser à fuir d’ici.
— Je… je dois y aller, dis-je.
Sacha descend brusquement de sa plate-forme.
— Non ! Reste ! m’intime-t-il d’un ton inquiétant.
Je me crispe. Machinalement, je recule, avant de comprendre mon erreur : Sacha se dirige vers moi.
— Ne l’écoute pas, m’ordonne-t-il en fondant sur moi. Sois plus forte… Essaie juste de…
Je ne l’écoute plus, car il m’a empoigné l’avant-bras et j’éprouve un sentiment qui me paralyse. Sa main sur mon bras… cette violence… Il s’agrippe à moi, et je déteste ça.
— Reste avec moi. Ne l’écoute pas, répète-t-il.
Afficher en entierUn léger sourire se dessine sur ses lèvres, ce qui me déstabilise. Je crois qu’il ne me prend pas au sérieux.
— Quoi ? Tu as un problème avec mes conditions ?
— Non. J’ai juste l’impression d’être un monstre à tes yeux. Je suis différent, mais toujours humain.
— Je le sais bien. Sinon, je ne serais pas ici. Je veux t’aider.
— Tu veux m’aider à faire quoi ? À redevenir digital ? Je suis tenace, on ne t’a pas prévenue ? Et je sais compter. Si dans deux cent dix jours ça recommence, vous allez me tuer ? Qui est le plus humain de nous tous, à ton avis ?
Je sens des décharges dans la nuque ; elles partent de mes points de transfert et remontent jusqu’à mon cerveau. J’agrippe ma blouse et m’appuie contre le mur.
« Saleté de puce digitale ! »
— Ne t’emballe pas, le néo, parviens-je à articuler.
Afficher en entierL’atmosphère est pesante. Je me sens nauséeuse comme lorsque je me réveille en sursaut la nuit et que je me trouve mal. Je commence à regretter d’être entrée dans cette cellule. Mes connexions s’affolent. Il faut que je quitte cet endroit ! Je fais un pas en arrière.
— Attends ! lâche Sacha d’une voix grave, haletante.
Je me fige.
— Tu en es une ? poursuit-il.
Je bredouille :
— Une… quoi ?
— Une déficiente.
— Bien sûr que non. Pourquoi ?
— Tu es la première qui vient me voir. Les gens ont peur. Pas toi. Pourquoi ?
Je suis vexée. Comme s’il fallait que je sois aussi dérangée que lui pour oser l’affronter !
— Je n’ai pas peur, c’est tout. »
Afficher en entier- Idée... géniale... Sasha ! Je suis morte de froid. Je... je donnerais... n'importe quoi pour me retrouver au sec et au chaud.
- Tu verras, tu apprécieras encore plus que d'habitude, dit-il.
Il me rejoint de mon côté de l'arbre et s'exclame :
-Tes lèvres sont bleues !
Je réponds d'un ton sec :
- Je m'en doute, merci !
- Laisse-moi faire un truc, dit-il en me suppliant du regard. S'il te plaît ! Je veux juste te réchauffer.
Je lui lance un regard hésitant, qu'il prend pour un oui. Il me serre alors dans ses bras et m'attire contre son torse. Tétanisée par le froid, je baisse ma garde. Sa chaleur m'envahit tandis qu'il me frictionne le dos, les bras, la nuque. Je me sens si bien que je voudrais que ce moment dure éternellement. Je comprends mieux maintenant sa théorie sur le chaud et le froid.
- Merci de ta confiance, chuchote-t-il.
- Il faut dire... que j'ai vraiment très froid.
Afficher en entierUn équilibre est toujours instable. NOUS sommes l'équilibre. TU es l'instable. Tu es notre espoir.
Afficher en entier"- N'aie pas peur, dit-il.Il faut que tu comprennes.
- Sacha, un pas de plus, et je déclenche...
Trop tard. Je suis happée par un violent tourbillon intérieur. Après une dernière enjambée, Sacha vient de me saisir avec fureur, et colle ses lèvres aux miennes. Mon cœur fait un bond qui manque de m'exploser la cage thoracique. Mes sens sont en désordre. Est-ce son odeur que je touche? Son souffle que je goûte? J'entends le bruit de sa peau contre la mienne. Il me serre de toutes ses forces. A tel point que je perçois les battements de son cœur résonner dans a poitrine, à moins que ce ne soit l'inverse. Mon corps tout entier s'engourdit, se ramollit. Ses bras m'emprisonnent, je mes sens décoller du sol."
Page 51-52
Afficher en entierJe décide de tenter le tout pour le tout. Je lui assène un violent coup de rein au niveau des parties. Un truc que Von nous a appris à n'utiliser qu'en cas d’extrême urgence. C'est un cas d’extrême urgence! Mais Sacha a du voir la chose arriver, car il soulève son bassin au même moment, puis me dévisage, l'air ahuri.
- Tu ne me facilites pas la tâche, Jade, souffle-t-il.
Il raffermit sa prise et rapproche son visage du mien.
- Tu me détestes vraiment à ce point?
Évidemment que je le déteste! Il est affalé de tout son poids sur moi, et sa poigne me meurtrit les bras. Je gémis:
- Tu me fais mal!
Aussitôt, il desserre un peu les doigts.
- Je veux juste partir d'ici et rentrer chez moi!
- Tu ne peux pas rentrer chez toi dans cet état. Tu es déficiente, à présent.
Afficher en entier-Je suis désolé, finit-il par dire.
-Bien.
-Non. Je suis désolé pour ce que je vais faire maintenant, mais je n'ai plus le choix.
Afficher en entierJe me réveille en sursaut, secouée de nausées. L’odeur de l’homme en blanc m’envahit toujours les narines. J’ai encore rêvé de choses troubles dont je ne devrais pas me souvenir… Prise d’angoisse, je me roule en boule. L’instant d’après, je suis plus calme. Mon programme me pilote à nouveau. Alors mes muscles se détendent, mon pouls ralentit, et je me rendors. Ça n’était qu’une affreuse réminiscence.
Afficher en entier
