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Extrait ajouté par feedesneige 2016-04-10T17:42:58+02:00

CHAPITRE PREMIER

— Lee, je vous présente Wheeler – le lieutenant Wheeler, si j’ose m’exprimer ainsi, claironna le shérif Lavers.

Le bonhomme assis en face de lui était gras, courtaud et chauve. Un vrai Bouddha de céramique à dix cents, comme on en trouvait, à un moment donné, dans tous les prisunics. Avec, toutefois, cette différence qu’il tenait un cigare de la main droite, attitude assez exceptionnelle chez un Bouddha.

— Wheeler, reprit le shérif, je vous présente Lee Moss, de l’United Insurance Company. Un vieil ami à moi – allez chercher pourquoi !

Je serrai la main de Moss, tout en me demandant où le shérif voulait en venir. Je ne tardai pas à être fixé.

— Lee est le chef du contentieux de la compagnie, poursuivit le shérif. En ce moment, il s’occupe d’une histoire de recouvrement qui lui paraît louche.

— C’est son droit, fis-je poliment.

— Mettez Wheeler au courant, grommela le shérif en se tournant vers Moss.

Celui-ci commença par secouer le bout incandescent de son cigare pour faire tomber la cendre, puis me regarda d’un air mauvais.

— S’agit d’un dénommé Farnham, Henry Farnham. Renversé avant-hier par une voiture. Chauffard. Pas de témoins, rien. Le macchab au milieu de la chaussée. En fin d’après-midi, le gars sort du bar, traverse, et v’lan !

— A vous entendre, on croirait plutôt que vous êtes à la Western Union{1}, dis-je.

Moss poussa un grognement et se remit à agiter son cigare pour secouer une cendre imaginaire. A ce grognement, je compris pourquoi Lavers et lui étaient copains.

— Farnham était rond ? demandai-je.

Il fit une grimace.

— Pas plus que d’habitude, à en croire le barman. Client attitré. Venait tous les soirs.

— Qu’est-ce qu’il y a de louche là-dedans ?

— Farnham avait pris une assurance-vie de cinquante mille dollars chez nous, fit Moss d’un ton théâtral. Le genre fils à papa qui jetait l’argent par les fenêtres – le sien et celui des autres. A fini de claquer un héritage il y a six mois environ. C’est tout juste s’il ne s’est pas retrouvé sur le pavé, à l’époque. Mais ses primes d’assurance ont toujours été payées recta – par sa femme.

— C’est elle qui touche ?

— Le paquet, oui. Elle travaille dans une agence de publicité, jolie petite situation. Les primes, elle pouvait se permettre de les payer.

— Vous croyez que c’est elle qui a passé son époux au laminoir pour toucher le fric ?

Moss hocha tristement la tête.

— C’est plus compliqué que ça. Il se trouve qu’avant-hier, elle a passé la journée à son travail. Une bonne dizaine de personnes affirment qu’elle était au bureau au moment où son mari se faisait écraser.

— Alors ?

— J’aime pas cette histoire, bougonna Moss. Voilà vingt ans que je fais ce métier, Wheeler. Je marche au pifomètre, et je vous dis qu’il y a là-dedans quelque chose de pas très catholique. C’est peut-être quelqu’un d’autre qui a fait le coup à sa place.

— Vous soupçonnez quelqu’un ?

— Non, fit-il aigrement. N’empêche que je le sens.

— Ça ne serait pas une sinusite ? hasardai-je.

— J’aimerais que vous jetiez un coup d’œil sur cette affaire.

— Que voulez-vous que je trouve de plus que vous ?

— On ne sait jamais. L’enquêteur d’une compagnie d’assurances n’impressionne personne… un flic, c’est différent. Quand il se met à cuisiner les gens, ça les énerve…

— Wheeler, y a que les femmes qu’il énerve, observa calmement Lavers.

— Je pourrais aller bavarder avec la veuve, dis-je, commençant à me sentir émoustillé à cette perspective. Elle doit avoir pas mal de soucis en ce moment – cinquante billets, c’est pas facile à claquer. Je pourrais lui donner un coup de main…

— Je vous conseille de ne pas oublier que vous êtes censé découvrir un délit, non en commettre un ! me lança Lavers.

— Voyons, shérif, vous me connaissez !

— C’est précisément ce que je voulais dire, grogna-t-il.

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