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Elle ne voyait rien, juste ce qu’elle parvenait à éclairer plus ou moins avec la lanterne, des fragments, la pointe d’une immense feuille, la tige d’un arbre tapissé de mousse, le bout d’un énorme papillon qui avait des ailes comme remplies de mille yeux, et qui, surpris par la lumière, s’envola et s’agita, effrayé, autour de sa tête. Ses bottes s’accrochaient aux racines, elle s’enfonçait dans la boue, trébuchait, glissait, et pour se tenir debout, elle s’appuyait sur des surfaces dures, mouillées ou fibreuses. Elle était frôlée par des choses rugueuses, poilues ou épineuses et elle sursautait en pensant que c’était une araignée, l’un de ces serpents qui vivaient dans les arbres ou une chauve-souris suceuse de sang, mais rien ne la mordit, il n’y avait que les moustiques qui la piquaient, elle s’en moquait, et elle continuait ses recherches dans l’obscurité. Elle sentait la chaleur visqueuse collée à sa peau comme si on l’avait léchée et elle avait l’impression que les bruits des grenouilles et des grillons, aussi insupportables que la musique que l’on entendait résonner de la discothèque de l’autre village, ne venaient pas de la jungle mais bien de son crâne. Finalement, la lumière de la lanterne commença à faiblir et elle n’eut pas d’autre choix que de retourner à la cabane, dévastée et en pleurs, avant qu’elle ne s’éteigne complètement.
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