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Kevla ferma les yeux, se remémorant son rêve prémonitoire. Elle vit l’homme qui les attendait, sans le savoir sans doute. Grand, les cheveux clairs, la peau rasée, si différent des siens avec leurs cheveux noirs, leurs yeux sombres et leur peau hâlée. Les yeux de cet homme étaient bleus, et il se tenait au sommet d’une colline couverte d’une substance blanche qui ressemblait à du sable, mais qui, selon le Dragon, était de la neige. A la pensée de rencontrer cet homme, si fort et si calme en apparence, et qui comprendrait leur mission commune, elle était emplie d’impatience. Kevla portait ce fardeau seule depuis si longtemps… Elle serait reconnaissante de pouvoir le déposer entre des mains avisées. Il saurait sans doute quoi faire, ensuite.
Afficher en entierKevla-sha-Tahmu était perchée sur le dos du grand Dragon rouge qui avait autrefois été un dieu aux yeux de son peuple. Le battement de ses ailes puissantes créait un vent qui caressait son corps et soulevait ses longs cheveux noirs. Elle caressa les écailles de son ami alors qu’ils survolaient les pics irréguliers des montagnes septentrionales, appréciant leur douceur, satisfaite de se trouver là où elle était aujourd’hui.
Afficher en entierDes rumeurs étaient parvenues au village, apportées par les rares huskaas qui osaient encore s’aventurer dans la Vallée et réclamer l’hospitalité au nom de la tradition. Selon ces rumeurs, des hommes avaient quitté leurs villages afin de voler leurs voisins, pillant leur nourriture et laissant des cadavres derrière eux. Jamais pareils événements n’avaient eu lieu par le passé. Des pillages ? Jareth aurait autrefois écarté ces rumeurs d’un revers de la main, mais il avait compris dans leurs regards que les huskaas disaient vrai.
Afficher en entierLa surface blanche parut surgir à leur rencontre. Malgré la confiance que lui inspirait son merveilleux compagnon, Kevla ne put s’empêcher de s’agripper au dos du Dragon. Mais il était inutile de s’inquiéter : il se posa aussi légèrement qu’une plume et le bruit de ses pattes fut étouffé par la neige.
Le Dragon l’avait prévenue que la neige était froide au toucher, mais Kevla savait qu’elle n’aurait pas froid. Quel que fût le temps ou les vêtements qu’elle portait, ses pouvoirs lui accordaient une chaleur perpétuelle. Mais elle fut néanmoins surprise par la sensation de la neige sur sa peau.
C’était froid, en effet, et…
— C’est mouillé ! lança-t-elle.
Le Dragon rejeta son énorme tête en arrière et s’esclaffa.
— Tu l’as fait exprès !
La neige lui arrivait aux cuisses, et plus elle essayait de s’en débarrasser, plus elle était trempée.
— Non, je ne l’ai pas fait exprès, dit le Dragon. Mais je l’avoue, tu es drôle à voir…
Elle le fusilla du regard.
— C’est facile pour toi, la neige t’arrive à peine aux griffes. Comment puis-je marcher là-dedans ?
Afficher en entierLa jeune fille était amoureuse. De cette chanson, de ce bel artiste, de cette nuit magnifique et propice à ouvrir les cœurs et aux murmures intimes. Les doigts effilés de l’huskaa caressaient les cordes de la kyndela et elle frissonna en les imaginant sur son propre corps. Il paraissait embrasser les mots ; elle effleura ses propres lèvres et s’imagina qu’il lui donnait un baiser. Le jeune homme était élancé et bien bâti, ses cheveux étaient clairs et bouclés, et son visage ressemblait à celui d’un héros de légende.
Afficher en entierJareth ferma la main sur les baies qu’il venait de cueillir. Elles étaient petites, réchauffées par le soleil et légèrement poussiéreuses, à l’abri de sa paume rendue calleuse par le travail. Il ressentit leur vie, leur existence, différente de ce qu’elle avait été sur l’arbuste, mais sans que la séparation suscite aucune douleur. C’était tout simplement leur raison d’être, songea-t-il. Elles naissaient sous la forme de fleurs blanches, devenaient fruits, puis tombaient de leur mère afin de recommencer le même cycle. Peu leur importait que des mains humaines ou des dents animales les cueillissent.
Afficher en entierLa taaskal était la plus belle femme qu’il eût jamais vue. Elancée, voluptueuse, elle portait une étoffe légère qui révélait davantage qu’elle ne dissimulait ses formes. Sa peau était hâlée, ses cheveux aussi noirs que la nuit, et ses yeux d’un brun chaud. Ces créatures étaient-elles toutes aussi belles ? Sans doute, pour être ainsi chargées de tisser les étoffes bénies. Si tel était le cas, pourquoi davantage de Lamali n’épousaient-ils pas des taaskali ? Elle lui sourit, puis s’éloigna dans l’étendue neigeuse, indifférente en apparence au froid.
Soudain, elle se métamorphosa sous ses yeux et devint une divinité. Plus souple encore que sous sa forme humaine, le grand tigre azur traversa les champs enneigés d’un pas assuré. Des larmes montèrent aux yeux de Jareth en voyant la neige fondre à chacun de ses pas. Lorsque le dieu-tigre leva ses pattes, Jareth vit que des fleurs étaient nées, comme le disait la légende.
— Faiseur de Printemps !
Afficher en entierLorsque Jareth rentra enfin chez lui, la nuit commençait à tomber. Il soupira en songeant aux corvées qu’il était censé effectuer. Il ouvrit la porte de la petite maison familiale et entra. Son père, convalescent, était allongé près du feu. Jareth s’agenouilla à son côté.
— Pardon, dit-il en prenant sa main. Je jouais avec Larr et j’ai perdu la notion du temps… Je travaillerai deux fois plus dur demain, je te le promets.
Afficher en entier— A chaque saison, avait-il conté à un public fasciné, les selvas s’installent dans les pâturages. Les taaskali saisissent alors la magie de la nouvelle saison et la tissent pour en faire des étoffes bénies. Ils chantent et jouent de la musique en travaillant, et insufflent à l’étoffe leurs espoirs, leurs rêves et leurs bénédictions en direction des selvas, d’eux-mêmes et de tout le peuple de Lamal. Puis ils lancent les étoffes aux quatre vents et leurs bénédictions volent à travers nos contrées.
Afficher en entier— Es-tu sûr qu’il s’agissait bien de cet arbre ? demanda Jareth Vasalen à son ami.
— Sûr et certain, répondit Larr Ovaak depuis le pied de l’arbre.
Jareth soupira, écartant de ses yeux une mèche blonde rebelle, et poursuivit son ascension, haletant sous l’effort.
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