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** Extrait offert par Sofia Giovanditti **
Chapitre 1
"Dieu n’existe pas. Ou, s’il existe, c’est juste un c*nnard, voyeur et cruel qui m’en veut personnellement."
Voilà la pensée qui venait de traverser l’esprit de Lou à ce moment précis. Le fond de son sac de courses s’était déchiré, laissant se répandre son contenu sur le trottoir, dont cinq oranges qui gambadaient joyeusement vers une rigole. Le reste se contentait de s’étaler sur le sol mouillé par une pluie battante.
Quand Lou rentra enfin chez elle, vers 19 h 30, trempée, affamée, le dos douloureux après une journée de travail éreintante, sa décision était prise. Elle ne croirait plus en rien. Non, la vie n’était pas ce mélange extraordinaire de miracles quotidiens, de joies subtiles, de bonheurs discrets, qu’on était censé glaner çà et là tout en surfant sur des vagues plus éprouvantes, mais tellement enrichissantes et pleines d’enseignements. Non. "La vie, c’est de la m*rde." C’était sa conclusion lorsqu’elle s’installa sur le canapé devant une rediffusion de Koh-Lanta avec un plateau-repas. Finie l’attente d’un "mieux", finies les séances de coaching à cent balles par heure pour s’accepter, prendre un nouveau départ dans la vie, et trouver sa voie. Finies les méditations qui, une fois sur deux, se terminaient en sieste ou en mal de dos pour la journée.
Lou avait décidé d’en finir. Pas avec la vie. Elle se savait trop douillette pour se trancher les veines dans son bain – d’ailleurs elle ne possédait pas de baignoire. Elle finirait juste d’espérer quoi que ce soit. Ou de croire en quoi que ce soit. Non, l’amour ne viendrait pas frapper à sa porte ; non, elle ne trouverait pas un meilleur job qui lui plairait vraiment ; non, tout à coup, son compte en banque ne verrait pas une augmentation substantielle ; non, elle ne perdrait jamais les cinq kilos de trop qu’elle se coltinait depuis qu’elle avait dix-huit ans. Plus rien ne lui ferait espérer une vie meilleure. Elle se contenterait désormais de survivre, sans espoir et sans projets, jusqu’à ce qu’une mort douce l’emporte.
Évidemment, cela risquait de prendre encore quelques années, vu qu’elle n’avait que trente-neuf ans. À en croire les statistiques, il lui restait à peu près autant d’années à vivre que celles déjà vécues. À cette pensée, des larmes lui montèrent aux yeux. Mais Dieu merci, Jason de Koh-Lanta venait d’enlever son T-shirt et cela lui permit de penser à autre chose.
Pour corroborer son idée que la vie n’était qu’une vallée de larmes, un coup de fil inattendu la força à interrompre l’émission.
La voix enjouée d’Isa résonna dans le téléphone, souhaitant savoir comment elle allait. Lou mentit : qui n’a jamais répondu "ça va" par réflexe après une journée de m*rde ? Isa, elle, allait "super bien". Évidemment.
– J’ai un service à te demander, dit-elle.
Lou s’attendit au pire, tout en évaluant mentalement si Jason aurait remis son T-shirt avant la fin de la conversation.
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