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PROLOGUE
Anciennes, nouvelles,
éternelles menaces
ON l’appelait l’Archer. C’était un titre honorable, même si ses compatriotes avaient depuis un siècle renoncé à leurs arcs, dès qu’ils avaient appris en fait l’existence des armes à feu. Le nom reflétait en partie la nature éternelle de la lutte. Le premier des envahisseurs occidentaux — car c’était ainsi qu’il les considérait — avait été Alexandre le Grand, et d’autres avaient suivi. Finalement, tous avaient échoué. Les hommes des tribus afghanes prenaient leur foi islamique pour la raison de leur résistance, mais leur courage obstiné faisait autant partie de leur héritage que leur regard sombre et impitoyable.
Afficher en entierDES affaires se traitaient. Toutes sortes d’affaires. Tout le monde le savait. Tout le monde, là, en faisait partie. Tout le monde, là, en avait besoin. Et pourtant tout le monde, là, était d’une façon ou d’une autre voué à y mettre fin. Pour toutes les personnes présentes dans la salle Saint-Georges de l’immense palais du Kremlin, le dualisme était un aspect normal de la vie. Les participants étaient principalement des Russes et des Américains, divisés en quatre groupes
Afficher en entierLes ouvriers étaient en majorité de jeunes membres enthousiastes du Komsomol. On les avait fait venir pour aider à achever la construction d’un projet qui avait commencé en 1983. L’un d’eux, candidat à une maîtrise de physique à l’université d’État de Moscou, frotta la pluie sur ses yeux et étira son dos ankylosé. Ce n’était pas une façon d’employer un jeune ingénieur plein de promesses, pensait Morozov. Au lieu de jouer avec cet instrument d’arpenteur, il pourrait construire des lasers dans son laboratoire ; mais il tenait à être membre à part entière du parti communiste d’Union soviétique et il tenait encore plus à éviter le service militaire. La combinaison de son sursis d’étudiant et de son travail au Komsomol l’aiderait puissamment dans son projet
Afficher en entierLa tristesse de Ryan quant au destin du sous-marin s’effaçait un peu lorsqu’il pensait à la raison pour laquelle il avait été construit. Il se rappela sa propre réaction, dans la salle des missiles du bâtiment l’année précédente, la première fois qu’il avait été si près de ces épouvantables projectiles. Jack acceptait que les armes nucléaires soient des garantes de paix — si l’on pouvait qualifier de paix l’état actuel du monde — mais comme la plupart de ceux qui réfléchissaient à ce sujet, il rêvait d’une meilleure solution. Enfin, se dit-il, c’était un sous-marin de moins, vingt-six missiles de moins, cent quatre-vingt-deux ogives nucléaires de moins. Statistiquement, cela ne comptait guère. Mais c’était tout de même quelque chose
Afficher en entierRyan et Ramius regardèrent l’eau recouvrir les cales de bois soutenant la coque et mouiller la quille du sous-marin pour la première fois depuis près d’un an. L’eau montait plus vite, maintenant, glissait sur les marques peintes à l’avant et à l’arrière. Sur le pont du submersible une poignée de marins en gilet de sauvetage orangé allaient et venaient et s’apprêtaient à larguer les quatorze solides amarres qui le maintenaient droit. Le bateau lui-même était silencieux. Octobre rouge ne donnait aucune indication d’accueil favorable de l’eau. Peut-être savait-il quel sort l’attendait, pensa Ryan. C’était une idée stupide, mais il savait aussi que depuis des millénaires les marins avaient toujours attribué une personnalité aux bateaux qu’ils servaient. Finalement, il commença à bouger. L’eau souleva la coque de ses cales. Il y eut une suite de bruits sourds, plus ressentis qu’entendus, quand elle s’en détacha très lentement, se balançant de quelques centimètres à peine
Afficher en entierEt celle de Ryan. Jack tâta la fine cicatrice sur son front et se demanda si on avait jamais nettoyé son sang sur la console du timonier. — Je m’étonne que vous n’ayez pas voulu l’emmener au large. — Non, répondit Marko en secouant la tête. Je veux simplement lui dire adieu. C’était un bon bateau. — Assez bon, reconnut Jack. Il regarda le trou à demi réparé qu’avait fait à bâbord la torpille de l’Alfa et secoua la tête à son tour. Assez bon pour me sauver quand cette torpille a frappé. Les deux hommes regardaient en silence, à l’écart des matelots et des marines qui surveillaient le secteur depuis le mois de décembre précédent
Afficher en entierIl ne devait pas en rester grand-chose, pensa Ryan. La coque était intacte dans l’ensemble — superficiellement au moins — mais on distinguait la chirurgie rudimentaire des soudeurs aussi nettement que les sutures sur le monstre de Frankenstein. Une assez bonne comparaison, se dit-il. L’homme avait créé ces choses, mais elles pouvaient aussi bien détruire leur créateur en l’espace d’une heure. — Dieu, c’est ahurissant, comme ils paraissent gros de l’extérieur
Afficher en entierSon siège était faussé, la bulle avait éclaté et son armature métallique emprisonnait l’homme. Le verrou d’ouverture de secours était bloqué, la mise à feu de ses explosifs impossible. Il dégaina son pistolet de l’étui de son épaule et tira sur l’armature, montant par montant. Il se demanda si l’An-26 avait capté l’appel au secours, si l’hélicoptère de sauvetage de sa base avait déjà pris l’air. Sa radio de secours était dans une poche de son pantalon et il comptait s’en servir dès qu’il se serait extrait de son oiseau cassé. Il se mit les mains en lambeaux en s’efforçant d’arracher, de tordre le métal pour créer une issue. Tout en remerciant sa bonne étoile de ne pas avoir achevé sa vie dans un pilier de fumée noire, il se dégagea enfin de ses sangles et descendit sur le terrain rocailleux.
Afficher en entierIl pénétra directement dans un des moteurs de l’hélicoptère et explosa. L’appareil fut instantanément disloqué. La colonne de direction du rotor de queue était brisée et le Hind se mit à tournoyer violemment vers la gauche. Le pilote essaya de contrôler son appareil tout en cherchant désespérément un bout de terrain plat où atterrir pendant que son canonnier lançait par radio un appel au secours. Il mit au ralenti le moteur qui lui restait et déchargea son collectif pour contrôler la spirale, les yeux rivés sur un espace plat de la taille d’un court de tennis ; puis il coupa le contact et brancha le système d’extinction du bord. Comme tous les aviateurs, il craignait le feu par-dessus tout. Mais il allait bientôt comprendre son erreur
Afficher en entierLe missile annonçait maintenant par un sifflement strident qu’il était prêt, mais l’Archer était patient. Il projeta son esprit dans celui de sa proie, il jugea que le pilote allait encore se rapprocher afin que son appareil soit idéalement placé pour abattre ces satanés Afghans. Et ce fut bien ce qu’il fit. Quand le Hind ne se trouva plus qu’à mille mètres, l’Archer respira profondément, suréleva la hausse et murmura une brève prière de vengeance. La détente fut presque pressée d’elle-même
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