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Il n’avait pas entendu de pas au-dessus de sa tête de la journée. Comme cela faisait longtemps qu’elles étaient parties ! Elles n’allaient sans doute plus tarder à rentrer, si ? Puis d’autres pensées s’immiscèrent dans son esprit. Et s’il leur était arrivé quelque chose et qu’elles ne reviennent pas ? Personne d’autre ne savait qu’il y avait un garçon dans la cave et qu’il avait besoin de nourriture. Il mourrait ici s’il leur était arrivé quelque chose. Peut-être mourrait-il ici de toute façon. Il monta l’escalier raide et testa la porte. Dès qu’il posa la main sur la poignée, il sut que ce serait fermé à clé. Les périodes où il était enfermé étaient devenues de plus en plus longues, mais il espérait encore quelque part que la femme là-haut, celle qu’il n’était pas autorisé à appeler « maman » mais à laquelle il devait s’adresser par « madame », allait le libérer de sa prison.
Il sortit l’un des ouvrages dont il connaissait les images par cœur depuis longtemps. La caisse de livres, un trésor à ses yeux, avait été oubliée par les anciens propriétaires de la maison. Un carton complet de manuels scolaires, d’albums pour enfants et un tome de dictionnaire relié en cuir allant de A à P. L’air de la cave avait favorisé l’apparition de taches d’humidité sur plusieurs des pages, mais elles restaient parfaitement lisibles. Il passa la main sur Olle qui allait ramasser des myrtilles dans la forêt. Il tourna la page et vit le garçon rentrer chez lui. Sa maman le serrait dans ses bras. Il contempla longuement l’image, la maman souriante et les joues rouges d’Olle. Il referma lentement le livre et le posa à côté de lui. Le crépuscule avait commencé à tomber. Il se recroquevilla sur le fin matelas du lit de camp et releva la couverture sur son corps efflanqué.
Afficher en entierAssise pieds nus sur une plaque ce gneiss gris l’enquêtrice de la criminelle Karin Adler contemplait le fjord de Marstrand scintillant. Imbattable Bohuslän, pensa-t-elle. Rien ne l’émouvait autant que le grondement des vagues, le vent dans ses cheveux, les roches polies pendant des siècles et chauffées par le soleil et l’omniprésence de l’odeur de sel et de varech. Ce sentiment était écrasant, presque religieux. Elle tripota ses écouteurs et avança jusqu’à l’une de ses chansons préférées de Taube dans la playlist sur son portable.
Tandis que des rochers du Bohuslän gris bleuté roulent dans leur majesté solitaire vers le bord de la mer…
… où le vent souffle depuis Doggers Bankar apportant des senteurs de varech, de sel et d’aventure…
Elle aimait particulièrement ce vers qui évoquait l’aventure. Chaque fois qu’elle démarrait le moteur de l’Andante, son bateau, elle avait le sentiment de s’élancer vers un horizon de liberté et de possibles. Il ne s’agissait pas d’un agile voilier de course, mais d’une embarcation robuste à laquelle on pouvait faire confiance dans la plupart des conditions climatiques. L’étai et le hauban qui maintenaient le mât étaient légèrement sur dimensionnés, et cette marque de précaution presque exagérée se retrouvait dans tout le bateau et son équipement. L’Andante était capable de résister à tout. C’était plutôt son équipage, le maillon faible.
Afficher en entierLe fort de Carlsten trônait au sommet de l’île de Marstrand, au-dessus du Cattégat salé. Le soleil de septembre réchauffait lentement les murs de pierre gris et les ombres commençaient à nouveau à s’étendre dans la cour de la forteresse. De la bruyère aux fleurs bordeaux s’insinuait dans chaque fissure du sol granitique du Bohuslän, dessinant un motif baroque dans ce paysage rocheux.
Une femme vêtue d’une longue tunique en lin, d’un surcot et d’une ceinture en cuir était agenouillée au-dessus de la pierre du rituel dans le bosquet sacrificiel, à deux cent cinquante mètres de la porte 23, qui marquait l’entrée du fort de Carlsten. Cela faisait à présent environ huit heures qu’elle se tenait exactement dans la même position. Le vent du sud-ouest rafraîchissait l’atmosphère et agitait doucement les feuilles du hêtre surplombant l’endroit où aurait dû se trouver sa tête. Avant cette nuit-là, le sang n’avait plus coulé sur la pierre du sacrifice depuis plusieurs centaines d’années.
Afficher en entierLe fort de Carlsten trônait au sommet de l’île de Marstrand, au-dessus du Cattégat salé. Le soleil de septembre réchauffait lentement les murs de pierre gris et les ombres commençaient à nouveau à s’étendre dans la cour de la forteresse. De la bruyère aux fleurs bordeaux s’insinuait dans chaque fissure du sol granitique du Bohuslän, dessinant un motif baroque dans ce paysage rocheux.
Une femme vêtue d’une longue tunique en lin, d’un surcot et d’une ceinture en cuir était agenouillée au-dessus de la pierre du rituel dans le bosquet sacrificiel, à deux cent cinquante mètres de la porte 23, qui marquait l’entrée du fort de Carlsten. Cela faisait à présent environ huit heures qu’elle se tenait exactement dans la même position. Le vent du sud-ouest rafraîchissait l’atmosphère et agitait doucement les feuilles du hêtre surplombant l’endroit où aurait dû se trouver sa tête. Avant cette nuit-là, le sang n’avait plus coulé sur la pierre du sacrifice depuis plusieurs centaines d’années.
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