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Extrait ajouté par Kato 2011-04-08T14:48:58+02:00

Ils se posèrent. Le secteur H semblait abandonné. Les murs gris pelaient, ils avaient même l’air fondus par endroits. Le fibrocorail était si usé qu’il était devenu rêche. Le métal, autour des portes, rouillait et s’écaillait. De la graisse ou de l’huile suintait des parois. Le quai H29, comme les coursives voisines, baignait dans la pénombre. Monster alluma la torche de son fusil et prit la tête du groupe. Chat-Lune se plaça derrière lui. Marine le suivit et Orca ferma la marche. Son bouclier activé auréolait les quatre silhouettes d’un halo bleuté.

Les couloirs étaient noirs, pas déserts. Des choses étaient blotties dans les recoins. Des choses vivantes. Quand Monster braquait son fusil et ordonnait aux choses de ne pas bouger, elles reculaient dans des niches humides et noires. Marine vit de gros yeux blancs enfoncés dans une face violette, de longues griffes jaunes et une trompe rouge, une masse grouillante couleur vase qui ressemblait à une anémone de mer, une bouche pleine d’aiguilles qui s’ouvrait et se fermait comme un coquillage sur un rocher.

- Plus attrayant qu’un aquarium! grogna Orca. Monster, sois prudent.

Chat-Lune cracha quand une boule noire et poilue s’approcha de lui. La boule s’enfuit vers un trou percé par la rouille au bas d’un mur.

- Je sais pas ce que ce garçon est venu faire par ici, râla le félin en scrutant le sol humide d’un air dégoûté. Je suis bon pour un bain au retour, et je déteste les bains.

Ils parvinrent à la porte H31. Le deuxième marsouin de l’Epaulard était amarré le long du quai, sas ouvert. Orca pénétra dans l’appareil. Personne.

Ils revinrent dans le couloir. Orca ordonna le silence. Ils entendirent des éclats de voix lointains.

- On dirait Little, chuchota le capitaine. Monster, tu attends ici avec Marine. Je continue un peu avec Chat-Lune. On reste connectés. Vous ne venez qu’à ma demande, c’est bien compris ? Si ça tourne mal, vous évacuez avec ce marsouin (il montra l’appareil de l’androclone).

Monster et Marine protestèrent ensemble.

- Monster, ton boulot est de protéger Marine, trancha Orca. Marine, on s’est mis d’accord : tu ne discutes pas.

Le capitaine et Chat-Lune s’éloignèrent. Monster se posta près de la porte du quai ; Marine s’avança dans le hangar. Elle n’aimait pas cet endroit et elle était inquiète pour Little T. Le marsouin, amarré le long de son quai, était le seul objet familier dans ce décor de fin du monde. Elle attendit, des frissons dans le ventre et le cœur battant.

Elle entendit des exclamations, au loin ; un bruit d’explosion. Monster entendit aussi. Il colla son bracelet à son oreille.

- Viens ! dit-il. Ils sont attaqués ! On va les aider !

- Non, Orca a dit de ne bouger qu’à sa demande !

- Suis-moi, donzelle !

Le Gargantua quitta le hangar, apparemment persuadé qu’elle était derrière lui. Marine entendit ses pas lourds s’éloigner dans le couloir. Elle courut pour le suivre. Quand elle passa la porte à son tour, Monster avait disparu. Elle gémit, terrifiée. Le Gargantua avait oublié qu’elle ne disposait ni de lumière ni de bracelet com. La nuit se referma sur elle. Elle tenta de suivre le géant, dont elle entendait encore les pas. Sa main effleura une coursive. La paroi était froide, poisseuse. Elle gémit de nouveau et s’immobilisa.

Il y avait des bruits dans ce couloir, de drôles de bruits.

Quelque chose rampait. Une autre chose crissait. Une troisième gargouillait.

Elle regretta le couvent. Le couvent était un endroit calme, où la vie était réglée à la minute près. Personne n’avait le droit d’entrer dans le couvent, hormis les pensionnaires et les sœurs, et personne n’avait le droit d’en sortir. Les alarmes étaient très efficaces. Pourquoi avait-elle accepté de suivre ces fous? Que faisait-elle maintenant, perdue dans ce nid puant empli de choses pleines de bave et de dents ? Elle sentit une pression sur son pied et faillit hurler. Au lieu de cela elle envoya voler la chose. Elle entendit un « sploch » sur le mur (ou le plafond?) et recula d’un pas. Elle marcha sur autre chose et il y eut un bruit de fruit pourri écrasé.

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